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TALLEYRAND D'APRES GERARD




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UN DERNIER MOT

SUR

LES MEMOIRES

DE TALLEYRAND

PAR

F.-A. AULARD




En tête du tome V et dernier des Mémoires de Talleyrand, M. le duc de Broglie a publié un avertissement où il essaye de défendre encore la complète authenticité du texte dont il s’est fait l’éditeur. Aux objections que nous lui fîmes jadis ici même, il répond : 1° qu’il y a des erreurs dans des Mémoires authentiques ; 2° que M. de Bacourt était un honnête homme. Il ne veut pas comprendre qu’il y a erreur et erreur, et qu’il ne faut pas confondre la défaillance de mémoire d’un homme âgé qui écrit sa vie, avec la lourde méprise d’un interpolateur trop zélé. De même, il ne veut pas comprendre qu’il y a honnête homme et honnête homme, en ce sens qu’aujourd’hui les consciences d’éditeur ont été rendues plus scrupuleuses par les progrès de l’esprit critique. Du temps de M. de Bacourt, c’était devoir pieux de parer un mort ; aujourd’hui, ce serait improbité littéraire. M. de Bacourt a fort bien pu interpoler et mutiler en toute sécurité, -- de conscience et précisément par cela même qu’il était, à la mode de son temps et de son monde, un honnête homme, -- tout ainsi que les premiers et infidèles éditeurs de Pascal furent de très honnêtes gens.

Aux questions essentielles que nous lui avions posées, M. de Broglie ne répond rien, ou répond à côté.

-- Où est, lui demandions-nous, le texte original des Mémoires ?

Il répond :

-- Le texte original ?... Qu’est-ce que cela ? Il n’y a jamais eu d’original, mais seulement un originaire.

-- Eh bien, original ou originaire, où est-il, ce texte sans lequel votre publication incohérente n’offre aucune garantie d’authenticité ?

Réponse de M. de Broglie :

-- Avez-vous les originaux des lettres de Mme de Sévigné ?

-- Non, sans doute. Mais les lettres de Mme de Sévigné ne sont pas incohérentes. Votre texte me semble un monstrueux et disparate assemblage de vrai et d’inventé. Où est l’original ?

-- L’original ? À quoi bon en parler ? La loyauté de M. de Bacourt est un plus sûr garant. Si on avait l’original sous les yeux, on n’y gagnerait rien (textuel).

-- Et pourquoi ?

-- Parce que, dans l’original, il y avait beaucoup de dictées.

-- Mais enfin, ces dictées primitives, on pourrait les comparer avec le texte de M. de Bacourt et voir de la sorte si tout ce texte est bien de Talleyrand.

-- Alors vous doutez de la bonne foi de M. de Bacourt ?...

On le voit : la conversation n’est pas aisée avec un éditeur si chatouilleux sur l’honneur de son ami (lequel honneur n’est pas en jeu) qu’il oublie d’expliquer ses propres contradictions, de dire pourquoi, après avoir imprimé qu’il possédait tous les papiers de Talleyrand, il a imprimé qu’il ne possédait pas l’original ou originaire des Mémoires. Cela, après tout, c’est son affaire : la nôtre est de constater que nos questions essentielles sont restées sans réponse, et la nullité de la réplique dernière de M. le duc de Broglie confirme tous nos doutes et engagera les historiens à ne consulter cette étrange publication qu’avec la plus extrême défiance.

Il y aurait d’ailleurs de la cruauté à insister davantage, et nous laisserons là cette polémique, qui serait divertissante si ce n’était pas, en somme, une chose triste de constater que la pensée d’un homme comme Talleyrand a été défigurée après sa mort. Mais rien ne peut altérer la sérénité de M. le duc de Broglie. Quand l’évidence et un peu sa propre faute (qui diable le forçait à éditer ?) l’ont mis dans l’impossibilité de faire aucune réponse qui se tienne, c’est avec un parfait contentement de soi que, sans voir les sourires de la galerie, il écrit cette phrase :

« Heureusement, la discussion à laquelle cette controverse même a donné lieu a déjà suffi pour dissiper tous les doutes. »

N’est-ce pas là un trait de comédie qui désarmerait jusqu’à la colère de feu Talleyrand, s’il pouvait sentir l’injure posthume qu’on lui a faite en mutilant, en défigurant ses Mémoires ? Non, il n’y a point eu, dans toute cette affaire, de déloyauté ni même d’habileté. Il y a eu candeur de la part de tous, candeur de M. de Broglie, si ingénu et si content… Mais pour qu’un texte soit vrai suffit-il que les éditeurs soient candides ?



F.-A. AULARD






FIN



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LA REVUE BLEUE

du 30 avril 1892








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Remerciements à Hélène NUE




" Quaero, Colligo, Studeo "









Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
Membre fondateur
de l'Association " Les Amis de TALLEYRAND "




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