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TALLEYRAND D'APRES GERARD




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LETTRE

DU PRINCE DE TALLEYRAND

AU

GENERAL SEBASTIANI

MINISTRE DES AFFAIRES ETRANGERES

EN DATE DU

17 AVRIL 1831







Londres, le 17 avril 1831

Monsieur le Comte,

J’ai l’honneur de vous envoyer copie d’un protocole que la Conférence vient d’arrêter, mais qui n’est pas destiné à être rendu public ; ce protocole est relatif aux forteresses de la Belgique, et vous est adressé par les représentants des quatre Cours ; je pense que vous serez satisfait de ses dispositions. Le principe de la destruction des forteresses est établi ; les seules qui devront rester sont les forteresses anciennes que la Belgique jugera utile de conserver, comme Anvers, et peut-être quelques autres ; mais celles de Mons, Charleroi, Marienbourg, etc., seront détruites.

Londres, le 17 mai 1831

Monsieur le comte,

Lord Ponsonby m’a remis la lettre que vous m’avez fait l’honneur de m’adresser le 12 de ce mois. J’ai été extrêmement sensible à cette preuve d’attention et de confiance, et comme je pense que des relations entre nous ne pourraient qu’être utiles au service du Roi, j’attacherais beaucoup de prix à voir continuer habituellement celles que vous avez bien voulu commencer avec moi.

Lord Ponsonby s’est empressé de voir le prince Léopold et l’a fortement engagé à céder aux instances des Belges. Mais ce prince s’est strictement renfermé dans les réponses qu’il a faites, à diverses reprises, aux députés qui sont venus dernièrement à Londres. Je crois superflu, Monsieur le Comte, de vous indiquer ici le sens de ces réponses, parce que vous le connaîtrez nécessairement par les députés eux-mêmes, qui, ayant eu de fréquentes entrevues avec le prince Léopold, se sont bien pénétrés de sa pensée et de ses résolutions.

Cependant je désire, Monsieur le Comte, que vous ne puissiez pas vous méprendre, non plus que le Gouvernement belge, sur les déterminations du prince Léopold ; et j’insiste sur ce point afin qu’il soit bien éclairci. Ce prince n’a nullement repoussé les offres dont on est venu l’entretenir, mais je vous prie de bien remarquer et de faire comprendre autour de vous qu’on ne lui a pas fait d’offres, puisque le Gouvernement de Bruxelles ne lui a rien d’écrit d’officiel, et que les diverses personnes qui sont venues à Londres n’avaient aucun caractère ni aucune autorisation régulière pour traiter un sujet si élevé : ainsi il est bien constaté qu’aucune offre n’a été repoussée, puisqu’aucune offre n’a été faite, et qu’à vrai dire il n’y a eu que des entretiens entre le prince Léopold et des personnes marquantes de Belgique.

Il était important d’éclaircir ce point, afin qu’on ne pensât pas, à Bruxelles, que les Belges sont tout à fait frustrés de l’espoir d’obtenir un souverain. Cette opinion serait d’autant plus inexacte, Monsieur le Comte, que j’ai lieu de croire, d’après les entretiens que j’ai eus aujourd’hui, que plusieurs des difficultés qui, dans ce moment, pourraient entraver le choix d’un prince destiné au trône de Belgique ou qui ne lui permettrait pas d’accepter cette élection, pourront, j’espère, s’aplanir.

Pour vous montrer ce qui donne de la consistance à cette opinion, je crois pouvoir vous annoncer que la Conférence se déterminera à entamer dès à présent, avec le Roi de Hollande, une négociation afin de voir s’il ne serait pas possible d’assurer à la Belgique la possession du Luxembourg moyennant de justes compensations financières de gré à gré entre les parties intéressées ; mais vous sentez, Monsieur le Comte, que pour ouvrir une négociation de cette nature, il est indispensable de connaître les compensations que les Belges pourraient proposer au Roi de Hollande, et c’est un point essentiel que vous pouvez nous aider à éclaircir. Aussi nous comptons beaucoup sur les informations que vous pourrez, ainsi que lord Ponsonby, nous transmettre à cet égard ; vous voudrez bien remarquer que moins il y aura de vague dans les propositions des Belges, et plus il s’offrira des chances de succès pour une négociation si importante pour eux : ainsi, veuillez les engager à mettre dans cette affaire la plus grande netteté et la plus entière franchise.

Vous serez bien aise, je crois, Monsieur le Comte, de pouvoir leur dire que les facilités dont on leur offre aujourd’hui l’expectative sont le résultat, et du séjour des députés belges à Londres, et du voyage que vient d’y faire lord Ponsonby, qui a rendu un compte exact de la situation du Gouvernement de Bruxelles. MM. les députés belges se sont acquis ici de justes droits à l’estime de toutes les personnes qui ont eu des relations avec eux, et ils se sont montrés aussi zélés pour les intérêts de leur pays qu’amis de l’ordre et de la paix : je me plais, en ce qui me concerne, à leur rendre un témoignage que je crois leur être dû.

Nous espérons, Monsieur le Comte, que les intentions bienveillantes des grandes puissances, le patriotisme des Belges vraiment dignes de leur amitié et de leur intérêt, enfin vos efforts unis à ceux de lord Ponsonby, parviendront à amener les affaires de Belgique à un heureux et prompt résultat. Si tant d’avis désintéressés, si les conseils de la raison ne prévalaient pas, si, par exemple, les Belges venaient à attaquer la Hollande, veuillez bien leur faire sentir que dans ce cas ils manqueraient à l’une des conditions auxquelles a été subordonnée l’indépendance de la Belgique, et qu’alors ils forceraient les puissances à défendre le territoire hollandais par tous les moyens dont elles disposent.

J’aime à croire que les Belges sauront prévenir un si fâcheux résultat, et qu’ils préféreront, au contraire, entrer dans la société des puissances européennes, qui ne demandent qu’à les admettre et à donner des preuves de leur bienveillance à un peuple qui sera animé comme elles de l’amour de l’ordre et de la paix.

Recevez, Monsieur le Comte, l’assurance de ma haute considération.

Ch. Mau. TALLEYRAND.

P. S. – Je ne saurais trop vous recommander le secret.


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in CORRESPONDANCE AMBASSADE DE LONDRES 1830-1834










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Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
Membre fondateur
de l'Association " Les Amis de TALLEYRAND "




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