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TALLEYRAND D'APRES GERARD




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LETTRE

DU PRINCE DE TALLEYRAND

AU

GENERAL SEBASTIANI

MINISTRE DES AFFAIRES ETRANGERES

EN DATE DU

17 MARS 1831







Londres, le 17 mars 1831

Monsieur le Comte,

J’ai eu hier avec M. le prince de Lieven, la conversation que je vous annonçais dans ma dernière dépêche. Il m’a donné lecture d’une lettre de M. le comte de Nesselrode, en date du 19 janvier, dont je vais avoir l’honneur de vous rapporter sommairement le contenu.

Dans cette lettre, le ministre rapporte d’abord que le désir de la Russie a toujours été de voir adopter la ligne de Volo à Arta comme limite entre l’Etat grec et l’Empire turc ; qu’elle n’a cédé sur ce point que par suite de l’opposition du cabinet britannique ; qu’ainsi la nouvelle proposition faite à la Conférence de Londres, au mois de décembre dernier, pour une augmentation du territoire grec, a été accueillie par elle avec une véritable satisfaction. Aujourd’hui, poursuit le comte Nesselrode, que les vœux unanimes des cabinets alliés nous ramènent vers notre but primitif et tendent à rétablir les frontières de la Grèce telles que nous les avons cru désirables, la politique du cabinet impérial est trop persévérante pour désavouer une opinion qu’elle a ouvertement professée et trop franche pour repousser une offre qui, lors même qu’elle paraît inattendue, n’en est pas moins faite pour être vivement appréciée.

Quelque réelles que soient les difficultés que présente un arrangement dont le succès aurait pu ne pas être douteux à une autre époque, l’Empereur autorise son ambassadeur à Londres à concerter avec ses collègues les démarches à faire auprès de la Porte afin d’obtenir d’elle, de gré à gré, une amélioration des frontières septentrionales de la Grèce, moyennant une compensation pécuniaire à fournir par le nouvel état.

Cette amélioration devrait tendre à la meilleure ligne de frontières connue, c'est-à-dire celle déterminée par la Conférence au mois de décembre dernier, et qui réunirait à la Grèce l’Etolie, l’Acarnanie et le Patradjik.

Si cette concession rencontrait des obstacles invincibles, l’arrangement à proposer à la Porte amènerait encore un résultat désirable, s’il assurait à la Grèce la possession de l’Acarnanie et de la haute Etolie. Dans cette dernière hypothèse, la frontière grecque s’étendrait depuis les Thermopyles jusqu’au mont Oeta, telle qu’elle est indiquée au protocole du 3 février, et suivrait de là une chaîne de montagne qui aboutit à la côte méridionale du golfe d’Arta.

Mais pour les démarches des plénipotentiaires à Constantinople puissent être considérées comme convenables par leur forme et utiles par leur résultat, elles devraient se trouver d’accord avec des considérations qu’on doit exposer sans la moindre réserve.

Afin de ne point compromettre le succès de la proposition projetée, il faut qu’elle se présente aux yeux du Gouvernement ottoman comme une compensation en argent entièrement à son propre avantage et nullement comme une combinaison destinée à acquitter ses engagements pécuniaires avec la Russie.

Il est donc essentiel que l’initiative de cette proposition soient réservée aux représentants des deux cabinets qui n’ont aucune réclamation pécuniaire à élever contre la Porte. Le ministre de Russie, en se joignant alors à ses collègues, ne paraîtra pas agir sous l’influence d’un intérêt exclusif de son Gouvernement, mais plutôt guidé par cet esprit d’union et de concorde que la Porte a déjà eu occasion des reconnaître dans la conduite que le Gouvernement russe a tenue précédemment à l’égard de l’exécution des actes de la Conférence de Londres.

Cette marche semblerait la plus sûre, parce qu’elle ne paraîtrait pas inusitée aux yeux du Divan. En effet, lorsqu’il s’est agi, au mois d’avril dernier, de mettre en vigueur les clauses du protocole du 3 février, la Porte a vu le ministre de Russie s’abstenir de faire valoir les stipulations directes d’un traité récemment conclu et de se réunir à ses collègues pour proposer la reconnaissance de la Grèce indépendante, mais avec des limites plus restreintes.

Par une conséquence naturelle de la même marche, c’est aux ambassadeurs d’Angleterre et de France qu’il appartient aujourd’hui de porter les premiers la parole, afin de démontrer au Gouvernement de sa Hautesse que les limites grecques, telles que le protocole du 3 février les a établies, ne répondent pas en réalité au but qu’on s’est proposé, savoir : celui de couper court à toute complication future ;

Que les peuples qui habitent l’Etoile, l’Acarnanie et le Patradjik continueront à nourrir des intentions hostiles contre la Porte ;

Que son intérêt bien entendu lui conseille de ne pas reprendre possession de ces territoires dont elle ne retirera jamais aucun revenu et qui ne serviront qu’à compromettre son repos ;

Enfin, qu’elle trouverait, à tous égards, un avantage réel à accepter, en échange de ces territoires, une compensation pécuniaire dont le montant serait déterminé ultérieurement.

Ces conseils, exposés avec franchise par les deux ambassadeurs, seront entendus par la Porte, si ce n’est avec docilité, du moins sans prévention, tandis que, si le ministre de Russie prenait l’initiative pour lui donner les mêmes avis, elle croirait y entrevoir un désir mal déguisé de revenir sur les arrangements déjà conclus, soit pour remettre les affaires de la Grèce en question, soit pour ouvrir au trésor du Sultan une ressource momentanée qui tournerait entièrement au profit de la Russie.

Je vous ai donné ce long extrait de la lettre de M. de Nesselrode, parce qu’il me paraît expliquer le langage que la Russie a tenu, depuis quelque temps, sur les affaires de la Grèce, et répondre aux observations contenues dans votre dépêche du 7 de ce mois.

Le reste de la lettre traite des difficultés que pourra éprouver la négociation que les plénipotentiaires vont suivre à Constantinople ; les différentes chances de succès ou de non-réussite y sont bien appréciées, et on doit rendre justice à la sollicitude que le cabinet russe témoigne en cette occasion pour la Grèce.

Le comte de Nesselrode termine en annonçant qu’il vient de transmettre au ministre de Russie à Constantinople des instructions éventuelles afin qu’il se trouve muni, d’avance, des pouvoirs nécessaires en attendant les instructions que la Conférence de Londres adressera aux représentants des trois Cours, et pour éviter les retards inséparables des longues distances.

Vous jugerez sûrement, Monsieur le Comte, que pour ne pas retarder les travaux de la Conférence des trois puissances, au moment où elle s’occupera de cette affaire, il devient nécessaire de me transmette bientôt des instructions.

Je dois vous dire que les plénipotentiaires russes et anglais regardent toujours le choix du prince Othon de Bavière comme chose arrêtée entre les trois Gouvernements. Je suis porté à croire que vous en jugerez de même en vous rappelant ce qui a été convenu au mois de juin dernier.

Recevez, Monsieur le Comte, l’assurance de ma haute considération.

Ch. Mau. TALLEYRAND.


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in CORRESPONDANCE AMBASSADE DE LONDRES 1830-1834










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Remerciements à Hélène NUE




" Quaero, Colligo, Studeo "









Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
Membre fondateur
de l'Association " Les Amis de TALLEYRAND "




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