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TALLEYRAND D'APRES GERARD




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LETTRE

DU PRINCE DE TALLEYRAND

AU

GENERAL SEBASTIANI

MINISTRE DES AFFAIRES ETRANGERES

EN DATE DU

7 JANVIER 1831







Londres, le 7 janvier 1831, onze heures du soir.

Monsieur le Comte,

J’ai eu une longue conversation avec lord Grey sur le contenu de votre dépêche du 3 janvier.

Lord Grey, après m’avoir écouté sur tous les sujets que renfermait votre lettre, m’a répondu avec un ton assez positif : « M le duc de Nemours ou la réunion à la France sont une seule et même chose, et cette chose-là entraînerait inévitablement la guerre. » J’ai fait valoir avec la force que donne la conviction, la conduite franche du Gouvernement français dans toutes les affaires de la Belgique. Lord Grey en est convenu ; il m’a dit qu’il était le premier à rendre justice à la franchise et à la loyauté de la France dans toute cette grande affaire ; que son opinion pour la paix était une opinion très décidée et très connue, mais qu’il lui était impossible de me dire que l’une des deux choses qui étaient proposées n’amènerait pas la guerre. Alors j’ai pu lui faire le tableau du danger que courraient tous les Gouvernements si la guerre éclatait. Il en a été frappé et m’a témoigné qu’il était de la même opinion que moi, mais que les moyens qui jusqu’à présent étaient proposés par les Belges ne pouvaient pas donner de sécurité.

Nous en sommes restés là, parce qu’il a ajourné la suite de cette conversation après le retour de lord Palmerston et la conférence que nous devions avoir.

Lord Palmerston est revenu aujourd’hui. Nous avons eu une conférence qui a commencé à une heure et qui a fini fort tard. Ce n’est pas qu’il ait été décidé rien d’important, mais c’est l’embarras exprimé par chacun de différentes manières qui nous a fait passer ce matin près de quatre heures ensemble. On a ouvert la séance par donner connaissance de lettres de Bruxelles et de lettres de La Haye ; elles ne sont satisfaisantes ni les une ni les autres. Le but de la Conférence était d’arrêter les hostilités, et les hostilités, malgré les obstacles qu’elle y a apportés, continuent de part et d’autre. Le Roi de Hollande déclare que le blocus d’Anvers ne sera levé que lorsque les conditions qu’il met à la séparation seront agréées : d’un autre côté, les Belges se battent aux environs de Maëstricht, et à Bruxelles on s’occupe de faire un Roi qui vraisemblablement n’aura l’assentiment de personne, s’il ne doit sur le trône qu’entouré de conseillers qui par leurs noms ou leurs relations n’inspirent aucune confiance aux différents cabinets de l’Europe. Nous n’avons pas encore la nouvelle de la détermination qui aura été prise, mais au départ du dernier courrier il était annoncé que le choix tomberait sur le jeune prince Othon de Bavière, qui déjà était destiné au trône de la Grèce, et comme il n’a que quinze ans, c’est M. de Mérode qui devrait être placé près de lui comme faisant les fonctions de régent.

Ce grand parti aura été pris avec une légèreté qui paraît extraordinaire à tout le monde, car premièrement on ne sait pas si le Roi de Bavière y consentirait ; secondement, un royaume nouveau placé dans les mains d’un enfant ne paraît pas très vraisemblable ; troisièmement, une royauté nouvelle qui commence par une régence est susceptible d’être entourée d’intrigues ; quatrièmement, M. de Mérode a eu en France des relations qui, probablement à tort, inquiéteraient quelques puissances.

La lecture des dépêches de Belgique étant terminée, chacun est resté dans le silence, et il n’a été rompu que parce qu’un membre a dit : « Il faut attendre la nouvelle positive de ce qu’on ne regarde encore que comme une chose probable. »

Les propositions que les Hollandais devaient faire et dont je vous ai parlé dans ma dernière lettre ont été officiellement remises à la Conférence. L’envoi en a été fait par M. Zuylen seul, parce que M. Falk était malade. Une copie me sera envoyée demain, je vous la transmettrai par le courrier.

L’objet le plus important des demandes du Roi de Hollande est, sous le prétexte des besoins de Maëstricht, de prendre quelques lieues entre Venloo et Viset ; la largeur serait peu considérable. Venloo, Ruremonde y seraient compris. La disposition des membres de la Conférence serait plutôt favorable aux vœux du Roi de Hollande, et cette limite ne leur paraît pas avoir des inconvénients réels. Vous pouvez la reconnaître plus exactement par les détails que je vous donnerai dans une prochaine dépêche.

Les refus du Roi de Hollande et la rupture de l’armistice par les Belges ont produit une impression pénible sur la Conférence : elle en a été assez offensée pour que chacun de ses membres trouvât plus prudent de remettre à demain à faire connaître son opinion sur les mesures qu’il y aurait à prendre à l’égard des deux parties contendantes. J’aurai soin de vous rendre compte de la discussion qui aura lieu demain et des discours qui en seront la suite.

La conversation que je devais avoir avec lord Palmerston après la conférence d’aujourd’hui n’a produit aucun résultat, parce que personne n’était préparé à la nouvelle inopinée qui était donnée à Bruxelles sur le choix du prince souverain de la Belgique.

Recevez, Monsieur le Comte, l’assurance de ma haute considération.

Ch. Mau. TALLEYRAND.


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in CORRESPONDANCE AMBASSADE DE LONDRES 1830-1834










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Remerciements à Hélène NUE




" Quaero, Colligo, Studeo "









Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
Membre fondateur
de l'Association " Les Amis de TALLEYRAND "




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