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TALLEYRAND D'APRES GERARD




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LETTRE

DU PRINCE DE TALLEYRAND

AU

GENERAL SEBASTIANI

MINISTRE DES AFFAIRES ETRANGERES

EN DATE DU

1ER DECEMBRE 1830







Londres, le 1er décembre 1830

Monsieur le Comte,

Je me suis rendu ce matin au lever du Roi, pour remettre la lettre de S. M. la Reine des Français, qui m’avait été envoyée. Sa Majesté britannique m’a parlé du Roi dans des termes qui exprimaient une franche amitié, et m’a témoigné son profond respect pour la Reine, qu’il connaît moins.

J’ai rencontré tous les ministres au lever du Roi ; le marquis de Lansdowne m’a dit qu’au conseil du matin lord Palmerston avait rapporté la conversation qu’il avait eue avec le prince de Lieven, et que le conseil s’était montré fort satisfait des assurances qui avaient été données par l’ambassadeur de Russie. J’ai pu juger par la manière dont le marquis de Lansdowne s’est exprimé, de la fidélité du compte que je vous ai rendu de cette conversation dans ma lettre d’hier.

J’ai entretenu ensuite lord Grey, qui m’a annoncé avoir eu de son côté une entrevue avec le prince de Lieven, dans laquelle lord Grey a fait part à cet ambassadeur des inquiétudes qu’inspiraient les développements de forces de la Russie, qu’ils donnaient lieu de croire à des intentions hostiles, au moment où on devait au contraire chercher à tranquilliser les esprits. Le prince de Lieven a répondu que la Russie se trouvait engagée par les traités à soutenir le Roi des Pays-Bas, dans le cas où il réclamerait ses secours ; que les événements de la Belgique avaient paru pouvoir amener ce cas, et que telle était la cause des armements de la Russie, mais qu’il pouvait assurer en même temps que son Gouvernement se prêterait, d’accord avec les cinq puissances, à tout ce qui tendrait au maintien de la paix.

Lord Grey m’a dit que ces assurances lui avaient paru sincères, et qu’il avait, en outre, l’espoir que ses observations seraient connues du Gouvernement russe, quoique le prince de Lieven ne le lui ait pas dit formellement.

Lord Palmerston désirerait vivement qu’on s’occupe le plus promptement possible de la question du grand-duché du Luxembourg. Il pense, et à cet égard je partage son opinion, qu’il serait très utile de dégager les affaires de la Belgique de tous les embarras qui s’y rattachent, et qu’en déterminant tout de suite ce qui concerne le grand-duché de Luxembourg, on satisferait la Prusse qu’il est si nécessaire d’appeler à nous.

Si vous avez l’intention, Monsieur le Comte, de traiter à Paris l’affaire du grand-duché de Luxembourg, je vous engage à l’entamer immédiatement. Si le Roi jugeait plus convenable de m’en confier la direction, il faudrait que Sa Majesté ne tardât pas à m’envoyer ses instructions. Vous ne négligerez pas non plus d’y joindre une carte explicative, sur laquelle seraient fixés les points des frontières qu’on aurait arrêtés.

Le prince de Metternich vient d’envoyer à Londres, pour y prendre part à nos conférences, le baron de Wessenberg, dernièrement nommé ministre d’Autiche en Hollande. Il a sans doute jugé que ce diplomate aura acquis, pendant son séjour à La Haye, des notions qui le rendront un utile collègue pour le prince Esterhazy.

Madame la duchesse de Berry a quitté Londres aujourd’hui pour se rendre en Ecosse.

Recevez, Monsieur le Comte, l’assurance de ma haute considération.

Ch. Mau. TALLEYRAND.

P. S. – Au moment où je finissais cette lettre, je viens de voir le prince de Lieven ; voici la substance de la conversation que j’ai eue avec lui : - « Permettez-moi, mon prince, de vous demander quel est l’objet des armements que vous faites et qui inquiètent toute l’Europe.

- Les armements, m’a-t-il dit, que nous avons faits, ont été occasionnés par la première demande de notre allié le Roi des Pays-Bas, et ils n’ont eu pour objet que de montrer des forces qui seraient réunies, si les circonstances l’exigeaient. Mais je puis vous dire avec autorité, parce que j’en ai le pouvoir, que nos troupes n’agiront et ne pourraient agit que d’accord avec les cinq puissances ; sans leur aveu elles ne passeront pas les frontières ; je vous le déclare, et vous pouvez le déclarer à votre Gouvernement. J’ai dit la même chose, m’a-t-il ajouté, à lord Grey et à lord Palmerston. »

- J’ai pu lui répondre que je savais que lord Grey lui avait indiqué que des forces aussi considérables devaient donner des inquiétudes et en donnaient à la France ; que ces inquiétudes, le Gouvernement russe devait chercher à les faire cesser, tandis que le retard des lettres de créance de l’ambassadeur de Russie à Paris ne pouvait que les augmenter. J’ai ajouté qu’il connaissait trop bien l’Europe pour n’avoir pas remarqué qu’il y avait aujourd’hui dans les peuples une susceptibilité qui avait besoin d’être ménagée, et que la manière la plus sûre d’y parvenir était de détruire tous les motifs d’inquiétude.

- « Je suis certain, m’a-t-il dit, que l’ambassadeur de Russie à Paris recevra incessamment les lettres de créance dont vous me parlez, si déjà elles ne sont pas arrivées ; mais du reste, mon prince, je suis bien aise d’avoir trouvé cette occasion de vous faire personnellement la déclaration tranquillisante que je viens de vous donner. »


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in CORRESPONDANCE AMBASSADE DE LONDRES 1830-1834










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Remerciements à Hélène NUE




" Quaero, Colligo, Studeo "









Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
Membre fondateur
de l'Association " Les Amis de TALLEYRAND "




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