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TALLEYRAND D'APRES GERARD




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LETTRE

DU PRINCE DE TALLEYRAND

AU

GENERAL SEBASTIANI

MINISTRE DES AFFAIRES ETRANGERES

EN DATE DU

23 NOVEMBRE 1830







Londres, le 23 novembre 1830

Monsieur le Comte,

Je n’entrerai pas dans des détails sur la séance du Parlement d’hier ; le Times du 23 la rapporte en entier. Il est bon de lire avec attention le discours de lord Grey, qui indique la ligne que le nouveau ministère se propose de suivre ; il donne des assurances de paix et principalement d’accord avec la France ; il se plaît à regarder le Gouvernement des deux pays comme fondé sur le même principe. Ce discours a fait impression.

Les nouveaux ministres n’ont point encore reçu le corps diplomatique ; il paraît que demain, après le lever du Roi, nous devons tous nous y rendre. Cette visite, quoiqu’elle entre dans le cérémonial, puisque nous nous y rendons tous en uniforme, peut avoir quelque importance, si nous avons reçu, comme c’est probable, des lettres de Belgique qui nous indiquent l’impression produite par l’arrivée des commissaires des cinq puissances.

J’ai aujourd’hui la possibilité de répondre à la lettre du 13 que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire relativement à l’île de Samos.

Un des protocoles de la Conférence de Londres en date du 20 février 1830, communiqué à la Porte et accepté par elle, a statué que l’île de Samos serait replacée sous la souveraineté du Grand Seigneur, mais que, néanmoins, les trois Cours s’interposeraient auprès du Grand Turc, à titre d’obtenir dans l’intérêt des Samiotes une protection contre les actes oppressifs et arbitraires, et une sécurité complète. Une instruction jointe à ce protocole, qui en précise l’objet, recommande spécialement l’île de Samos à la sollicitude des représentants des trois Cours ; elle leur prescrit d’engager la Porte à faire jouir cette île d’une administration équitable et douce. Il est à observer en outre que les protocoles qui ont établi l’indépendance de la Grèce renferment des clauses générales dont le bénéfice doit appartenir, de plein droit, aux habitants des territoires ou îles qui ont pris part à l’insurrection grecque, mais qui ne se trouvent pas dans les limites assignées à la Grèce indépendante. Ces clauses générales, dont l’observation est placée sous la garantie de la France, de la Russie et de l’Angleterre, stipulent la liberté de culte, le droit d’émigration et la sureté des biens ainsi que des personnes.

Il est évident que les clauses en question sont applicables à l’île de Samos, puisque cette île a pris part à l’insurrection grecque, et qu’elle est détachée maintenant du territoire de la Grèce. Tel est l’état des conventions relativement à Samos. Il en résulte que Samos ne saurait sous le rapport du droit être assimilée à la Grèce, ni même être placée dans la condition que le traité de Londres devait originairement accorder aux Grecs, puisque ce traité avait pour but de n’établir à leur égard que des relations de suzeraineté avec l’Empire ottoman ; tandis que la souveraineté du Grand Seigneur est formellement établie pour l’île de Samos par les protocoles dont il a été fait mention plus haut. Mais sous le rapport du fait, il ne paraîtrait pas très difficile de procurer aux Samiotes un mode d’existence analogue à celui dont les Grecs devaient jouir en vertu du traité de Londres.

Il est à remarquer, d’abord, qu’avant la révolution grecque les Samiotes ont constamment exercé le droit de s’administrer librement eux-mêmes, sans que le Gouvernement pût s’ingérer directement ou indirectement, civilement ou militairement dans leur régime intérieur. Les Samiotes se bornaient à payer un tribut annuel qu’un officier de la Porte venait prélever.

Ainsi il ne s’agirait au fond, si l’on ne peut faire entrer dans la Grèce indépendante Samos, que d’y rétablir l’ancien état de choses ; car les Samiotes ne sauraient dans aucune hypothèse, ni désirer, ni obtenir plus de liberté pour tout ce qui concerne l’administration de leur île.

Les améliorations qui sembleraient nécessaires, et qui sont entrées dans les vues de la Russie, à la suite des protocoles du 20 février 1830, consistaient :

1° Dans la fixation d’un tribut annuel, équitable, une fois pour toutes ;

2° Dans l’adoption du principe que dorénavant ce tribut serait acquitté par les Samiotes eux-mêmes à Constantinople ;

») Dans la liberté commerciale dont jouiraient les Samiotes, et dans le droit qui leur serait accordé de traverser le Bosphore sous un pavillon que leur donnerait le Gouvernement turc, ou en empruntant, comme cela s’est souvent pratiqué en Turquie, le pavillon d’une des grandes puissances. Peut-être pourrait-on les autoriser à prendre le pavillon ragusais.

Il me semble que, dans les renseignements que j’ai tirés des anciennes correspondances, vous trouverez de quoi donner des instructions à M. le général Guilleminot sur l’affaire des Samiotes, et qu’il lui est aisé, en faisant les mêmes demandes que le Gouvernement russe, d’obtenir pour le sort des Samiotes une grande amélioration. Il y a cependant lieu de croire que l’article du pavillon sera celui qui pourrait offrir quelques difficultés. Cependant, s’il était demandé, ainsi que les autres améliorations, au Gouvernement turc en vertu d’un nouveau protocole, ou bien s’il devenait l’objet d’une négociation amicale dans laquelle les trois Cours réuniraient leurs efforts, on a lieu de croire que la Porte ferait les concessions demandées et leur donnerait le caractère de la déférence qu’elle a constamment témoignée aux trois puissances depuis la paix d’Andrinople.

M. le maréchal Bourmont s’est fait inscrire à l’hôtel de l’ambassade de France ; son projet, à ce que l’on m’a dit, était d’aller en Allemagne. Il n’a dit à personne vers quelle partie de l’Allemagne il se dirigeait.

M. de Bacourt n’est point encore arrivé, et la légation est bien incomplète depuis le départ de M. Bresson pour la Belgique, où il peut être retenu encore plusieurs jours.

Recevez, Monsieur le Comte, l’assurance de ma haute considération.

Ch. Mau. TALLEYRAND.

P. S. – Lord Palmerston est parti pour se faire réélire ; ce qui fait qu’il ne pourra recevoir le corps diplomatique que Vendredi 26.


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in CORRESPONDANCE AMBASSADE DE LONDRES 1830-1834










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" Quaero, Colligo, Studeo "









Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
Membre fondateur
de l'Association " Les Amis de TALLEYRAND "




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