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TALLEYRAND D'APRES GERARD




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LETTRE

DU PRINCE DE TALLEYRAND

AU

MARECHAL MAISON

MINISTRE DES AFFAIRES ETRANGERES

EN DATE DU

18 NOVEMBRE 1830







Londres, le 18 novembre 1830

Monsieur le Marechal,

Les nouvelles combinaisons ministérielles ne sont pas encore arrivées à un dénouement. Ainsi que j’ai eu l’honneur de vous le mander dans ma dépêche précédente, lord Grey est seul chargé par le Roi de composer l’administration. Ses pouvoirs s’étendent jusqu’aux grandes charges de la maison du Roi, dont les titulaires actuels ont tous donnés leur démission, à l’exception du duc de Buckingham. Mais les éléments qui se sont réunis pour renverser l’administration du duc de Wellington, et qui doivent conséquemment entrer dans la formation de la nouvelle, sont de nature diverse et opposée. C’est un ministère de coalition qu’il faut faire sortir de la situation du moment, et une combinaison de ce genre est, on peut à peu près le dire, nouvelle pour le pays.

Le duc de Wellington succombe sous une alliance subite et inattendue, formée entre le parti whig, une fraction du parti whig-tory, et le parti cannigite. Cette dernière désignation s’applique à ceux des amis de M. Canning qui sont restés fidèles à ses principes et à sa mémoire. Lord Grey représente la première dénomination dans le cabinet. L’on suppose que le duc de Richmond exigera que la seconde y soit représentée et lord Palmerston y sera l’expression de la troisième. Mais une administration nouvelle ne se constitue pas ici avant que les principes qui la dirigeront et les mesures principales qu’elle défendera soient convenues et bien arrêtées ; de là des délais et des difficultés.

Pour n’en citer qu’une, il est évident que la chute du duc de Wellington est surtout la conséquence de sa déclaration trop explicite contre toute réforme parlementaire. L’on n’a pas cru que l’opinion publique pût être aujourd’hui aussi directement heurtée sur ce point sans quelque danger. Il faut donc croire qu’une réforme parlementaire partielle devra devenir l’une des mesures du nouveau cabinet. Or (et dans ce pays l’on capitule rarement avec les principes politiques que l’on a une fois professés, et l’on n’y pardonne guère une désertion de parti) l’un des principes de l’administration de M. Canning était une opposition prononcée, positive, à toute réforme parlementaire. Ses amis s’attacheront-ils à cette doctrine dans toute son exclusion ? S’ils composent avec la nécessité des circonstances, ils reproduiront l’exemple du duc de Wellington et de sir Robert Peel dans la question de l’émancipation catholique. Leur conduite alors séparera d’eux leurs anciens et constants amis politiques ; elle leur en amènera, il est vrai, de nouveau ; mais ceux-ci viennent de prouver que leur fidélité n’était que conditionnelle.

Les fonds ont hier encore éprouvé une baisse de 1 pour 100 ; Ce pays, depuis la révolution de 1688, a été tellement accoutumé au gouvernement des torys ; les intervalles de l’administration des whigs ont été si courts, et j’ajouterai, marqués par si peu de succès, que la confiance de la majorité des gens qui comptent par leur position et leurs intérêts ne va pas au-devant d’eux. Le Times, qui a été si longtemps l’organe de leur parti et qui se montre déjà disposé à les soutenir, contient ce matin, à l’article marqué City, c’est-à-dire à l’article qui rend compte des impressions du quartier de Londres où se font les opérations financières et commerciales, une réflexion remarquable que je vous citerai toute entière : « Les sentiments ne sont pas très favorables à un ministère whig, en tant que whig, parce que les hommes de ce parti n’ont pas la réputation d’affaires à laquelle on attache ici un si grand prix ; mais l’on ne voit pas trop quelle autre alternative reste. Tous les gens pratiques sont d’opinion qu’un ministère ne pouvait être appelé au gouvernail à une époque de plus grandes difficultés. »

Voilà où on en est en ce moment la question ministérielle. Vous jugerez, Monsieur le Maréchal, que sa solution peut encore se faire attendre.

Je désire que, dans la composition du ministère, il y ait un homme de poids, parce que l’Europe en a besoin, et le poids d’un homme d’Etat dans ce pays-ci se compose de sa situation sociale, de ses services de plusieurs genres envers son pays, de sa fortune et de sa réputation au dehors. Lord Grey a plusieurs de ces avantages. Ce que j’observe là renferme l’esprit de plusieurs journaux du matin. Les noms qui sont aujourd’hui, à quatre heures du soir, dans la bouche de tout le monde, c’est lord Grey, premier ministre ; M. de Lansdowne, ministre des affaires étrangères ; lord Holland, président du Conseil ; lord Palmerston remplaçant M. Peel ; M. Grant, chancelier de l’Echiquier. L’on n’est pas sûr de s’entendre pour la nomination d’un chancelier. La charge serait alors provisoirement exercée par l’un des hauts officiers judiciaires.

Je ne pense pas que nos rapports avec l’Angleterre doivent être affectés matériellement par le changement survenu. Nous étions bien avec le ministère qui se retire ; et, quand on est bien, il ne faut pas trop céder à la pensée du mieux. Je crois que dans sa politique extérieure l’administration nouvelle adoptera à peu près les principes de l’ancienne. Il peut y avoir pour nous un avantage : ce que nous ferons de concert avec elle, fût-ce exactement ce que nous aurions fait avec l’autre, sera probablement vu avec plus de prédilection en France. L’on parle, pour remplacer lord Stuart à Paris, de lord Granville ou de M. Frédéric Lamb.

Vous trouverez jointe à cette dépêche copie d’une lettre n° 1) adressée par les plénipotentiaires des cinq puissances à nos commissaires MM. Cartwright et Bresson, de deux protocoles ( n° 2 et 3) de notre conférence du 17 novembre, l’un patent et l’autre secret, et de la réponse de Sa Majesté le Roi des Pays-Bas au protocole du 4 novembre.

J’ai eu l’honneur de vous envoyer (dépêche n° 33) copie de la réponse du Gouvernement provisoire belge à ce même protocole et du rapport de nos commissaires à leur retour à Londres. L’ambassadeur des Pays-Bas leur a remis des observations confidentielles sur les limites ; je vous les adresse également, pour que vous ayez sous les yeux l’ensemble des documents qui appartiennent à cette importante négociation. Vous remarquerez que dans le protocole patent, nous prenons pour point de départ une acceptation pure et simple des deux parties, sans nous arrêter ni aux observations du Roi des Pays-Bas, qui n’aurait pas mieux demandé que de susciter des difficultés, ni à celle du Gouvernement provisoire belge, qui est contradictoire et tombe d’elle-même. L’instruction, donnée à nos commissaires par le protocole secret, de chercher à obtenir la limite demandée par le Roi de Hollande, est une satisfaction qu’on lui donne ; mais comme il y aura très certainement des objections, c’est à la base du protocole du 4 novembre qu’ils devront revenir et s’attacher. Il ne s’agit pas effectivement d’une démarcation définitive ; elle n’est pas plus préjugée par l’armistice que les autres questions qui naissent des événements de la Belgique. Il s’agit de prendre de part et d’autre une position provisoire. Le but de l’armistice est d’arrêter les désordres et les malheurs, et de donner aux passions le temps de se calmer. Lorsqu’on traitera de la séparation des deux pays, l’on devra alors peser davantage les convenances des Gouvernements et les prédilections des peuples.

Nos commissaires ne sont point autorisés à laisser entrevoir, d’une manière officielle, au Gouvernement ou au Congrès belge, les désirs des puissances sur une constitution future ou le choix d’un souverain pour la Belgique. Comme individus, ils exprimeront avec mesure leur opinion, et, dans des conversations particulières, ils parleront dans le sens de votre dépêche du 6 novembre, qui m’a fourni les moyens de donner une instruction confidentielle à M. Bresson et dont son collègue n’a point connaissance.

Relativement à la question du grand-duché de Luxembourg, j’ai fait apercevoir à l’ambassadeur d’Autriche et au ministre de Prusse le danger qu’il y aurait à appliquer au grand-duché, trop précipitamment et sans des provocations flagrantes de la part des Belges, la résolution de la Diète du 28 octobre dernier. Ils ont compris mes raisonnements, et ils en écriront à leurs Cours. D’un autre côté, nos commissaires devront au besoin avertir les Belges du danger où ils se précipiteraient en intervenant dans l’administration intérieure d’un Etat de la Confédération germanique, sur lequel ils n’ont aucune espèce de droits à faire valoir. Ainsi je puis vous donner l’assurance que les instructions de votre dépêche du 12 novembre sont, sur cet objet, remplies conformément à vos désirs.

M. Bresson part ce soir. Il vous porte cette dépêche jusqu’à Calais. Je l’ai autorisé à y prendre Deleuze fils, courrier surnuméraire, qui lui servira pour l’envoi de ses dépêches de Bruxelles à la frontière de France. M. Cartwright emmène un courrier de cabinet anglais pour les communications avec La Haye. M. Bresson sera dimanche, dans la matinée, à Bruxelles. Conformément à vos ordres, il correspondra avec vous. Il se mettra également en rapport avec la légation du Roi à La Haye. Aussitôt qu’il aura rempli sa mission, il reviendra à Londres. Les plénipotentiaires pensent qu’il ne serait pas convenable que les commissaires prolongeassent leur séjour en Belgique, dans un autre but que celui pour lequel ils y sont envoyés. Si vous désiriez donc avoir sur les lieux une personne qui pût vous transmettre des informations sur les mouvements des partis, vous ne devriez pas arrêter votre pensée sur M. Bresson ; mais vous pourriez envoyer un agent secret, qui serait assez homme du monde, de voyage et de curiosité, pour que son apparition à Bruxelles n’étonnât pas trop.

Je vous redemande encore M. de Bacourt, qui me serait ici très utile.

Recevez, Monsieur le Maréchal, l’assurance de ma haute considération.

Ch. Mau. TALLEYRAND.

P. S. – Vous remarquerez que nous avons voulu laisser signer M. Falk dans le protocole secret, parce qu’il y est dit que si les observations du Roi de Hollande, qui certainement ne seraient pas acceptées, étaient de plano rejetées, cela n’arrêterait en aucune manière la négociation, parce qu’ils avaient le pouvoir de passer outre.


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in CORRESPONDANCE AMBASSADE DE LONDRES 1830-1834










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Remerciements à Hélène NUE




" Quaero, Colligo, Studeo "









Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
Membre fondateur
de l'Association " Les Amis de TALLEYRAND "




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