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TALLEYRAND D'APRES GERARD




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LETTRE

DU PRINCE DE TALLEYRAND

AU

MARECHAL MAISON

MINISTRE DES AFFAIRES ETRANGERES

EN DATE DU

10 NOVEMBRE 1830







Londres, le 10 novembre 1830

Monsieur le Ministre,

Le supplément d’instructions que vous avez la bonté de me donner dans votre lettre du 6 novembre me sera très utile, et je m’y conformerai exactement. J’aurais pour faciliter les affaires préféré que le prince d’Orange vînt d’Anvers à Londres au lieu de passer par La Haye. Ce voyage à La Haye, après ses déclarations aux Belges et l’espèce d’opposition qu’il avait montré à son père, fera croire aux esprits ombrageux qu’il n’a pas été de bonne foi dans la manifestation des sentiments qu’il avait dernièrement exprimés en Belgique.

Je ne prendrai l’initiative sur rien, et lorsque, sur les questions décisives, il faudra avoir une opinion, je ne ferai connaître la mienne qu’après avoir demandé les ordres du Roi.

Je vous ai mandé dans ma dépêche du 5 novembre le discours que tint le duc de Wellington à la Chambre des pairs, dans lequel il se déclare opposé à toute espèce de réforme. Cette déclaration déplut généralement, d’abord à son parti qu’elle entraînait, sans aucune préparation, dans une discussion ouverte au moment où il semblait si nécessaire d’ôter aux esprits tout sujet d’irritation ou de mécontentement, puis au parti modéré que la gravité des circonstance portait à se rallier à son administration. Cette manifestation si positive du duc de Wellington vint dans un moment d’autant plus inopportun, que quatre jours après devait avoir lieu à la Cité une fête où le Roi avait promis de se rendre, et qui par la foule qu’elle devait réunir donnait au peuple un point de ralliement et l’occasion de faire connaître son opinion sur le ministère.

Les ministres sentirent alors la position difficile dans laquelle ils étaient placés et dans laquelle se serait trouvé le Roi. Ils lui conseillèrent de ne point se rendre à la fête de la Cité, et pour ôter tout motif de troubles, ils suspendirent, chose inouïe dans les annales de la Cité, l’installation du lord-maire et la cérémonie où il a l’habitude chaque année d’entrer en possession de ses pouvoirs.

Le mécontentement augmenta, l’inquiétude fut générale, et les fonds tombèrent d’une façon marquée. Le jour même il s’éleva dans les deux Chambres de vives discussions. L’opposition attaqua violemment le ministère ; elle insista sur ce qu’il avait compromis par cette mesure la popularité du Roi pour couvrir sa propre impopularité. Le duc de Wellington ne put éviter ce reproche, et dit que c’était en effet pour éviter au Roi le spectacle du désordre et de la confusion qu’un complot contre les ministres pourrait motiver, qu’il l’avait engagé à y renoncer.

Cette réponse fut loin de diminuer l’irritation. On pensait déjà à un changement de ministère, mais tous les efforts de l’opposition s’ajournèrent à la discussion qui doit avoir lieu le 16 sur la proposition de M. Brougham, dont l’objet est de traiter est de traiter de la question de la réforme parlementaire.

Dans la soirée du même jour, le prince d’Orange fut invité par le Roi à un grand dîner, auquel assistaient les personnages les plus considérables. On remarqua que le duc de Wellington fut l’objet des attentions particulières du Roi ; tandis qu’au contraire, dans une autre partie du salon, les princes manifestaient leur mécontentement.

Le duc de Wellington, de son côté, déclara de nouveau qu’il était résolu à ne pas être le premier à battre en brèche la constitution du pays, et qu’il ne voulait pas que son nom fût attaché à des concessions qui, dans son opinion, en seraient la ruine.

On attend maintenant la discussion du 16. La Cité est tranquille ; les esprits mécontents, mais nullement agités ; les fonds remontent, parce que l’inquiétude cesse ou du moins qu’elle se reporte à une date fixe, et les esprits travaillent seulement à s’expliquer le motif qui a pu déterminer le duc de Wellington à produire dans ce moment-ci une opinion aussi décisive.

En général on pense qu’il a prévu que s’il adoptait les idées de réforme, il s’aliénerait tout son parti et serait obligé pour se reconstituer une majorité de se jeter en entier dans le parti libéral. Il a préféré se rallier, par une opposition marquée à toute idée de réforme, les torys qui, lors de l’émancipation catholique, s’étaient séparés de lui ; et se fondant sur la gravité des circonstances qui fait désirer à chacun de soutenir le pouvoir, il se croit assuré de la majorité. Son nom et la confiance qu’il inspire à la haute aristocratie du pays peuvent lui donner beaucoup de chances.

Telle est l’opinion générale. La discussion du 16 sera décisive, je vous tiendrai au courant de tout ce qu’elle aura d’intéressant, et des résultats qu’elle pourra amener.

Recevez, Monsieur le Ministre, l’assurance de ma haute considération.

Ch. Mau. TALLEYRAND.

P. S. – D’après les ordres du Roi, j’ai pressé lord Aberdeen de faire continuer les conférences ; elles reprennent demain.

Il est positif, quoiqu’en disent les gazettes, que M. de Bourmont est en Angleterre.

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in CORRESPONDANCE AMBASSADE DE LONDRES 1830-1834










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Remerciements à Hélène NUE




" Quaero, Colligo, Studeo "









Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
Membre fondateur
de l'Association " Les Amis de TALLEYRAND "




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