Optimisé pour
Espace de téléchargement





TALLEYRAND D'APRES GERARD




RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL / HOME PAGE
RETOUR AU CHAPITRE I : BIOGRAPHIE
RETOUR AU CHAPITRE II : ECRITS
RETOUR AU CHAPITRE III : TRAITES
RETOUR AU CHAPITRE IV : TEXTES, MEMOIRES ET OPINIONS
RETOUR AU CHAPITRE V : REPRESENTATIONS
RETOUR AU CHAPITRE VI : COLLECTION COMBALUZIER
RETOUR AU CHAPITRE VII : DOCUMENTS ET CARTES POSTALES
RETOUR AU CHAPITRE VIII : EVENEMENTS CONTEMPORAINS










LETTRE

DU PRINCE DE TALLEYRAND

AU

COMTE MOLE

MINISTRE DES AFFAIRES ETRANGERES

EN DATE DU

11 OCTOBRE 1830







Londres, le 11 octobre 1830

Monsieur le Comte,

J’ai présenté, hier, M. Bresson à lord Aberdeen. J’ai profité de cette occasion pour ramener la conversation sur les affaires de Portugal. Lord Aberdeen m’a nettement expliqué la position de l’Angleterre. Des intérêts commerciaux d’une importance majeure pour le pays commandent de grands ménagements, et l’existence du Gouvernement de Tercera est jugée ici trop incomplète et trop précaire pour devoir gêner le cabinet dans ses combinaisons. La reconnaissance de Dom Miguel paraît donc être arrêtée dans l’esprit de ses membres, et par quelques autres cabinets européens, qui se sont entendus à ce sujet avec lui. L’on y attache seulement des conditions qui doivent atténuer l‘effet de la mesure dans tout ce qu’elle a d’odieux.

La première serait une amnistie pleine et entière dont les dispositions s’étendraient à tous les délits politiques, couvriraient les personnes et les propriétés de tous les accusés ou fugitifs, et leur laisseraient toute liberté de rentrer dans le pays ou de résider au dehors, de vendre ou de conserver leurs biens, le tout sous la garantie des puissances qui accorderaient leur reconnaissance. Vous voyez que l’on sent ici de même l’inconvénient de sanctionner en quelque sorte tous les actes d’un aussi mauvais homme, et qu’on cherche à le racheter.

Je vous rappellerai, Monsieur le Comte, que les premières paroles sur cette reconnaissance datent de l’époque où M. de Polignac était ambassadeur à Londres. Un changement de système chez nous est suffisant pour nous permettre de faire ce que nous voudrons ; et nous sommes souvent obligés d’user de cette latitude, car nous trouvons sans cesse sur notre chemin des paroles ou des engagements de l’ancien ministère. Ce que nous voudrons sûrement, ce sera de ne pas reconnaître un gouvernement qui, quoique gouvernement de fait, a pour chef un prince qui, par sa férocité, s’est placé hors de l’état social actuel.

Le cabinet anglais comprend la différence de notre position, et il ne nous regarde pas comme astreints à suivre, sur cette question, une même marche que la sienne. Il établira ses relations à sa manière, et les nôtres continueront comme vous l’entendrez. Au reste, les conséquences commerciales de ce rapprochement seront pour nous peu sensibles. Depuis la diminution des droits sur nos vins, le pays a pris du goût pour eux, et ce goût augmente. Cette première diminution en a doublé la consommation ; de 750,000 bouteilles, elle s’est élevée à 1,500,000 environ. La diminution a cependant porté, dans une proportion égale, sur les vins de Portugal, les traités antérieurs y obligeaient le Gouvernement anglais. Les droits sont aujourd’hui de 7 shilings 3 pence par gallon pour nous et de 4 shillings 10 pence pour les Portugais. Nous devons penser à nous mettre sur un même niveau, et je vous soumets cette idée avec d’autant plus de confiance que, le Gouvernement anglais ne se considérant plus comme lié par les traités avec le Portugal, vous êtes placé de manière à pouvoir proposer une égalité de droits qui doubleraient de nouveau notre importation. Il faudrait s’attendre seulement à une demande d’équivalent. Je me suis étendu un peu sur cet article parce que je crois qu’il est dans notre intérêt de faire à cet égard quelque proposition dont le succès plairait à tous les pays vignobles, qui dans ce moment-ci sont ou se croient fort en souffrance, et contribuerait à diminuer leurs plaintes.

Lord Aberdeen m’a parlé de deux bâtiments de guerre français Qui se sont présentés dernièrement dans le Tage. L’on trouve que deux bâtiments pour protéger le peu de Français qui résident à Lisbonne, c’est beaucoup. Je dois faire, toutefois, observer que cette réflexion n’avait pas une forme désobligeante. Il paraîtrait que les officiers, sans faire précisément un appel aux mécontents du pays, se sont montrés à eux comme une sorte de point d’appui. Dans une circonstance antérieure des pamphlets ont même été imprimés à bord d’une frégate française, selon ce que m’a dit lord Aberdeen. L’effet de pareilles choses a été assez mauvais puisqu’inutile. L’on n’a rien trouvé dans le pays qui fût en mesure de répondre à ces provocations. Mais lorsqu’on sort soi-même d’une révolution, l’on est porté à la supposer chez les autres plus prochaine qu’elle ne l’est souvent en réalité.

Ce qui n’était que probabilité relativement à la détermination de l’Autriche dans la question belge est devenu certitude. Elle agira comme je vous ai mandé et comme je vous confirme qu’agira la Prusse, et la Prusse agira comme l’Angleterre. Nous apprendrons probablement bientôt que la Russie s’est arrêtée à une même résolution. Les puissances de l’Europe viennent ainsi, l’une après l’autre, se placer derrière la Grande-Bretagne. Les choses ont bien changé à cet égard depuis dix-huit mois.

Lord Aberdeen n’avait pas d’autres nouvelles de la Belgique que celles que je vous ai transmises par le dernier courrier. On apprenait qu’il se formait plusieurs partis à Bruxelles et à Gand. Si cela se confirme, vous aurez plus de facilité à suivre le plan quelconque que vous voulez adopter.

M. Challaye, dont je n’ai qu’à me louer ici, est un peu malade ; cela ne l’empêchera pas dans quelques jours de partir pour Paris et d’y prendre vos ordres pour se rendre à son consulat de Smyrne, où je crois que son bon esprit vous sera utile.

Lord Aberdeen enverra par les premiers paquebots les dépêches que vous m’avez adressées pour les consuls de Mexico, Bogota, Montevideo et Buenos-Ayres.

Cette dépêche vous sera transmise par M. le comte de Vaudreuil que je recommande à votre intérêt et à votre bienveillance.

Recevez, Monsieur le Comte, l’assurance de ma haute considération.

Ch. Mau. TALLEYRAND.

******************************************


in CORRESPONDANCE AMBASSADE DE LONDRES 1830-1834










RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL / HOME PAGE
RETOUR AU CHAPITRE I : BIOGRAPHIE
RETOUR AU CHAPITRE II : ECRITS
RETOUR AU CHAPITRE III : TRAITES
RETOUR AU CHAPITRE IV : TEXTES, MEMOIRES ET OPINIONS
RETOUR AU CHAPITRE V : REPRESENTATIONS
RETOUR AU CHAPITRE VI : COLLECTION COMBALUZIER
RETOUR AU CHAPITRE VII : DOCUMENTS ET CARTES POSTALES
RETOUR AU CHAPITRE VIII : EVENEMENTS CONTEMPORAINS





© EX-LIBRIS réalisé pour ma collection par Nicolas COZON - Gravure au Burin sur Cuivre
Tirage réalisé par les Ateliers CAPPELLE à Sannois - Val d'Oise -
Remerciements à Hélène NUE




" Quaero, Colligo, Studeo "









Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
Membre fondateur
de l'Association " Les Amis de TALLEYRAND "




Optimisé pour
Espace de téléchargement