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TALLEYRAND D'APRES GERARD




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LETTRE

DU PRINCE DE TALLEYRAND

AU

COMTE MOLE

MINISTRE DES AFFAIRES ETRANGERES

EN DATE DU

3 OCTOBRE 1830







Londres, le 3 octobre 1830

Monsieur le Comte,

Ce matin, lord Aberdeen est venu chez moi ; il avait à me parler des affaires de la Belgique, dont un courrier venait de lui apporter des nouvelles. Aucune ne m’ayant été transmise, je ne savais encore que ce que les journaux ont appris à tout le monde. Après m’avoir instruit de tout ce dont il venait d’être informé, il m’a annoncé qu’il chargeait lord Stuart d’en conférer avec vous. Le courrier par lequel il lui écrit partant cette nuit, il me paraît essentiel de vous rendre compte immédiatement de ce qu’il m’a dit, afin que vous soyez préparé à la communication qui doit vous être faite, et je vous envoie à cet effet en courrier extraordinaire M. Chodron, l’une des personnes attachées à l’ambassade française.

Lord Aberdeen, après avoir déploré les résultats de la marche des affaires dans les Pays-Bas, m’a dit qu’il était à présent démontré que le Roi était dans l’impossibilité d’y rétablir l’ordre, et cependant qu’il était du plus grand intérêt pour l’Europe que les choses ne restassent pas dans l’état où elles sont aujourd’hui.

« Nous ne pouvons pas, me di-il, et vous ne pouvez assurément pas plus que nous, rester insensible à ce qui se passe.

Vous avez raison, Mylord, c’est un sujet de grande sollicitude pour mon Gouvernement, et ce qui complique vos embarras aussi bien que les nôtres, c’est que la doctrine de l’intervention a été répudiée par vous dans plusieurs circonstances, comme elle l’est irrévocablement par le nouveau gouvernement que s’est donné la France.

Cela est vrai, me dit-il ; mais il faut que nous trouvions ensemble le moyen d’empêcher les Etats qui craignent de voir se propager chez eux l’esprit d’insurrection, de prendre des mesures violentes qui rendraient la guerre inévitable. En repoussant toute idée d’intervention, ne pourrait-on pas essayer par d’utiles conseils de ménager un rapprochement avantageux aux deux pays, et tel que chacun, en faisant quelques sacrifices, obtiendrait la partie essentielle de ce qu’il a le droit d’exiger ? Donner des conseils n’est pas intervenir, lorsque celui qui les donne n’élève pas la prétention de contraindre à les suivre. En se bornant à ce rôle amical, on ne blesse point l’indépendance de l’Etat à qui ces conseils s’adressent, et aucun autre gouvernement ne saurait en prendre d’ombrage. »

Revenant ensuite à l’intérêt pressant qu’a toute l’Europe à la pacification des provinces belges :

« Vous vous rappelez sûrement, me dit-il, que l’existence du royaume des Pays-Bas date des premières conférences tenues en 1814 et du traité conclu à Vienne en 1815 en exécution de ce qui avait été arrêté l’année précédente. Toute l’Europe a concouru à la formation de ce royaume ; il est bien difficile d’espérer que si le déchirement est complet, la paix de l’Europe ne soit pas troublée. Ce serait s’abuser étrangement. Le Roi, votre maître, connaît trop bien l’Europe pour ne pas partager cette opinion. »

De toutes ces considérations, lord Aberdeen a tiré la conséquence que c’est un devoir pour les puissances qui peuvent exercer quelque influence auprès du Roi des Pays-Bas d’en faire aujourd’hui usage, mais seulement par la voie de la persuasion et en évitant toute démarche qui pourrait présenter un autre caractère, pour engager les deux parties à faire franchement, sans tergiversations, sans arrière-pensées, des concessions à la faveur desquelles un rapprochement puisse être opéré, et comme la France et l’Angleterre sont les seules qui soient à portée d’agir, et de le faire immédiatement, comme l’urgence des circonstance l’exige, il pense que c’est à elles de faire entendre leurs conseils. Il va, en conséquence, vous faire faire par lord Stuart la proposition que les deux Gouvernements se concertent à cet effet sans retard.

Les considérations que, dans cet entretien, a fait valoir lord Aberdeen ne sont pas sans force, et ce qui leur en donne davantage, c’est que les intentions du Gouvernement anglais sont droites. Ce qu’il propose est dans son intérêt. Il désire, il a besoin de se concerter avec nous sur le terrible événement qui occupe aujourd’hui toute l’Europe.

Comme j’ai déjà eu l’honneur de vous le dire, je n’ai pas cessé un moment de mettre en avant le principe de non-intervention et j’ai épuisé tous les lieux communs qu’il fournit. Mais à présent il ne conviendrait plus peut-être de se retrancher dans la généralité de ce principe pour éviter de répondre à la proposition qui vous sera faite, et vous jugerez par les détails dans lesquels je viens d’entrer, et mieux encore par la connaissance que vous avez de la situation des choses, qu’une attitude purement passive ne saurait être prolongée sans danger et ferait perdre au Gouvernement une partie de l’influence que l’on désire ici lui voir.

Recevez, Monsieur le Comte, l’assurance de ma haute considération.

Ch. Mau. TALLEYRAND.

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in CORRESPONDANCE AMBASSADE DE LONDRES 1830-1834










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Remerciements à Hélène NUE




" Quaero, Colligo, Studeo "









Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
Membre fondateur
de l'Association " Les Amis de TALLEYRAND "




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