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MAE - ARCHIVES DE NANTES - AMBASSADE DE LONDRES - SERIE K - CARTON 11




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LETTRE

DU PRINCE DE TALLEYRAND

AU

COMTE SEBASTIANI

MINISTRE DES AFFAIRES ETRANGERES

EN DATE DU

23 JUILLET 1831







Londres, le 23 juillet 1831

Monsieur le Comte,

J’ai l’honneur de vous envoyer la réponse de lord Palmerston à la note que je lui ai adressée le 20 de ce mois, conformément aux ordres contenus dans votre dépêche du 18 ; Si cette réponse a éprouvé deux jours de retard, c’est qu’il a été apporté beaucoup de soin à sa rédaction et qu’en raison de son importance, elle a été soumise à l’approbation du Roi qui est en ce moment à Windsor.

Vous verrez, M. le Comte, par cette réponse que le gouvernement anglais exprime le désir d’entretenir avec la France les relations les plus amicales surtout quand elles ont pour but d’assurer le maintien de la paix, et qu’il est dans ses vues, comme dans celles du gouvernement du Roi que les Polonais ne soient pas privés de l’existence nationale et politique qui leur a été assurée par les traités de Vienne, il a même déjà fait à ce sujet des représentations à la cour de Petersbourg.

Quant à la proposition faite par le gouvernement de S. M. de demander à la Russie, de concert avec l’Angleterre, une cessation immédiate des hostilités qui permit ensuite de travailler au rétablissement de la paix, le cabinet anglais fait d’abord remarqué que les démarches déjà faites par le gouvernement du Roi dans ce but n’ont eu jusqu’à ce moment aucun succès, que cependant si l’Angleterre pensait aujourd’hui que l’empereur de Russie fut disposé à accepter les bons offices des deux cours, elle y consentirait volontiers ; mais qu’au contraire il existe des motifs pour craindre que cette offre ne soit refusée et le gouvernement anglais croit par conséquent qu’il y aurait de l’inconvénient à faire cette proposition, car, dit-il, si elle était écartée, ce refus placerait les deux gouvernements soit dans la nécessité de supporter ce refus, soit de soutenir leur proposition par des mesures d’une intervention plus effective. Le gouvernement britannique déclare qu’il n’est pas préparé à prendre ce dernier parti.

Vous remarquerez que le gouvernement anglais ajoute qu’il n’a d’ailleurs aucun sujet de plainte contre la Russie, et qu’il se plait à reconnaitre au contraire que cette puissance a rempli envers lui tous les devoirs d’un allié fidèle et que dans les négociations relatives à la Belgique et à la Hollande, la Russie a consenti à donner la coopération la plus franche aux efforts des quatre autres cours.

Le cabinet anglais s’afflige sincèrement des malheurs de la Pologne, mais il ne pense pas que le moment utile soit encore arrivé de faire en faveur de ce pays une démarche qui aujourd’hui, bien qu’elle soit conciliante, alarmerait certainement un souverain jaloux de ses droits et de ce qu’il appelle l’honneur national.

Il annonce donc qu’il se trouve donc dans la nécessité de décliner la proposition du gouvernement français, mais il ajoute qu’il suivra attentivement les progrès de la lutte engagée entre les Polonais et les Russes et que, s’il se présente une occasion favorable, il prêtera son appui aux démarches qui auraient pour but d’assurer le rétablissement de la paix.

Vous voyez, M. le Comte, que l’Angleterre ne trouve pas que la lutte des Polonais ait encore amené des événements assez décisifs pour qu’elle puisse intervenir d’une manière convenable et qu’elle attend ces événements pour se prononcer.

La manière dont l’Angleterre parle de ses relations avec la Russie doit nous faire croire que si les Polonais avaient de grands avantages, elle se présenterait pour lui donner les conseils que la situation des choses pourra indiquer ; que si au contraire ils étaient défaits, l’Angleterre pourrait encore intervenir afin de leur faire conserver l’existence politique et nationale qui leur a été assurée par le Congrès de Vienne.

Le gouvernement du Roi aura été sans doute préparé aux observations que fait aujourd’hui le cabinet anglais par les dépêches que je vous avais successivement adressées sur ce point particulièrement par celle du 14 mai dernier N° 141

Depuis trois jours, nous avons eu des conférences pour entendre la lecture d’un long mémoire où le Roi de Hollande a fait discuter les dix huit articles préliminaires proposés par la conférence et pour prendre connaissance du rapport de M. de Wessenberg. On ne prendra de détermination à cet égard que dans une conférence qui aura lieu après demain.

D’après la lettre que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire le 14 de ce mois, j’ai cherché à obtenir des éclaircissements sur les intrigues d’un comité formé à Londres dans les intérêts de Madame la duchesse de Berry. Je me suis assuré que 675.000 cartouches avaient effectivement été livrées à M. Bainbridge de la maison Puget Bainbridge et Co. Demeurant St Paul’s Church Yard N°12 à Londres et payées par lui ; mardi j’en saurai, je crois, davantage. Cette circonstance me fait désirer plus vivement que jamais que le gouvernement envoie à Londres un homme exercé qui puisse suivre ici avec activité les intrigues de ce genre qui peuvent s’y former. Si vous n’avez personne sur qui vous puissiez fixer votre choix, je vous dirai qu’il y a ici M. Picault qui a été employé autrefois par M. Malouet pour des affaires de marine et qui parait pouvoir remplir cette mission. Il connait bien l’Angleterre, il n’est pas répandu dans la première société ; mais il a de nombreuses liaisons avec les autres classes ; vous devez trouver sur lui des renseignements dans vos bureaux. Si vous le choisissiez, vous voudriez bien me faire connaître le traitement qui lui serait accordé en le mettant sur la ligne des agents secrets.

Je viens d’être informé ce matin que 12.000 fusils ont été achetés ici par des agents de trouble. C’est un radical qui a reçu des ordres de Paris qui a fait cette commande. Je tiens cette information d’un des ministres anglais. Vous remarquerez, sans doute, que cette circonstance fait sentir davantage le besoin d’avoir ici un agent chargé de ce genre de surveillance.

M. le duc de Bragance part aujourd’hui pour Portsmouth d’où il se rend à Cherbourg ; il va y chercher l’impératrice qu’il vient conduire en Angleterre. Ce prince qui m’a fait l’honneur de dîner chez moi hier avec plusieurs membres du cabinet anglais m’a témoigné un désir très vif de recevoir une réponse à la demande dont j’ai eu l’honneur de vous faire part le 18 de ce mois.

Je ne serai pas étonné, quoiqu’il ne me l’ait pas dit d’une manière positive que M. le duc de Bragance fit une course de 24 heures à Paris pour faire sa cour au Roi. J’ai plutôt remarqué cette intention dans le mouvement de la conversation que dans aucun projet positif.

Agréez, Monsieur le Comte, l’assurance de ma haute considération.

Ch. Mau. TALLEYRAND.

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Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
Membre fondateur
de l'Association " Les Amis de TALLEYRAND "




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