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MAE - ARCHIVES DE NANTES - AMBASSADE DE LONDRES - SERIE K - CARTON 11




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LETTRE

DU PRINCE DE TALLEYRAND

AU

COMTE SEBASTIANI

MINISTRE DES AFFAIRES ETRANGERES

EN DATE DU

29 SEPTEMBRE 1831







29 septembre 1831

Monsieur le comte,

J’ai remis, hier, la lettre que S. M. a écrite au roi d’Angleterre à l’occasion de son couronnement. Le roi m’a chargé de faire parvenir à S. M. l’expression de sa reconnaissance. Il a ajouté qu’il partageait bien sincèrement les désirs de S. M. pour le maintien de la paix : que, de son côté, il y contribuerait de tout son pouvoir : qu’il désirait vivement et espérait qu’avec ses efforts et ceux du gouvernement français, on parviendrait à conserver la tranquillité de l’Europe.

Nous avons chaque jour des conférences de plusieurs heures ; sur les affaires de Hollande et de Belgique et chaque jour il nous est montré davantage qu’il y a une impossibilité absolue à concilier des demandes si divergentes ; vous en aurez acquis la preuve en lisant les pièces qui composaient ma dernière expédition.

La Conférence se verra donc forcée de rapprocher, elle-même, les parties et de se charger d’œuvre que les gouvernements hollandais et belge ne pourraient pas, certainement, parvenir sans son secours. Elle se dirigera, dans ce travail, difficile, d’après les principes de la plus stricte équité et, en ne perdant pas de vue que pour arriver à un résultat il faut que les droits, et non les prétentions de chaque partie, soient parfaitement respectés ; qu’il faut aussi, relativement à la Hollande que l’on s’arrête à une ligne passée laquelle il y aurait impossibilité de vaincre la résistance du roi Guillaume dont l’humeur parait excessive.

J’ai fait valoir, avec le plus grand soin, toutes les considérations que vous m’avez indiquées, M. le comte, afin que la limite de la Belgique, du côté de la Flandre néerlandaise, soit assez reculée pour qu’elle devint maîtresses des écluses et des digues par lesquelles on peut répandre sur elle de si terribles inondations. J’ai représenté que cette cession, qui ne comprend que 12 lieues carrées et une population d’environ 8 000 âmes, assurerait la tranquillité de la Belgique en l’affranchissant des craintes trop fondées que lui inspirent des inondations dévastatrices.

Il m’a été répondu, unanimement, que cette cession ne pouvait pas être admise parce qu’elle ne serait plus d’accord avec le principe que la Conférence a adopté dès l’origine des affaires de Belgique et, d’après lequel la Hollande, et elle, doivent se trouver placées dans la position de 1790 et que le roi Guillaume ne pouvait pas consentir à abandonner plusieurs places qui forment des espèces de têtes de pont auxquelles il tenait d’une manière essentielle.

J’ai insisté, en disant, qu’il y avait aussi un autre principe : c’est qu’on voulait faire une œuvre solide et par conséquent ne rien admettre qui pût entretenir des craintes et des haines entre deux pays aussi voisins.

Tout en reconnaissant, comme moi, qu’il vaudrait mieux que les digues et les écluses ne fussent au pouvoir de la Hollande les autres membres de la Conférence ont pensé qu’on pouvait faire usage de moyens politiques pour écarter le danger que la Belgique pouvait courir à cet égard. Ces moyens avaient été employés, et l’avaient été toujours avec succès, quand la Belgique appartenant à l’Espagne comme lorsqu’elle eut passé sous la domination de l’Autriche. Les articles des anciens traités ont été relus et on serait porté à reprendre quelques-unes de leurs dispositions en y ajoutant des garanties qui les fortifieraient encore.

Il faut bien se convaincre, M. le comte, que le roi de Hollande qui voit aujourd’hui son existence politique presque effacée et la population de son royaume réduite à 2 millions 200 000 habitants est parfaitement résolu à ne consentir aucune cession de territoire. C’est d’après cette disposition qu’il annonce une volonté formelle de repousser toute transaction pour le grand-duché de Luxembourg si elle ne devait lui offrir comme compensation qu’une indemnité pécuniaire dont personnellement il sent peu le besoin ; mais, il y a lieu de croire qu’il céderait une partie considérable du duché par échange avec des portions du Limbourg qui appartiennent à la Belgique et l’arrangement serait fait de telle manière que les Belges acquerraient un accroissement de population assez considérable ; cette partie du Luxembourg qui leur appartiendrait ainsi, ne serait pas lié, comme vous le désirez, à la Confédération germanique. La forteresse continuerait de faire partie des possessions de cette confédération avec un territoire qu’on déterminerait mais j’aurai bien de la peine, malgré tous mes efforts, à faire réduire ce territoire au rayon qui était indiqué dans la carte que vous m’avez envoyée et je pense, même, qu’il me sera impossible de réussir. On trouve que ce ne serait pas laisser une population suffisante autour de la forteresse et qu’elle serait trop isolée.

J’aurai l’honneur, M. le comte, de vous faire connaître successivement et avec la plus grande exactitude les résolutions auxquelles la Conférence pourra s’arrêter.

L’affaire qui nous touche directement, celle des forteresses, sera réglée par le traité. Le général Goblet espère réussir sur les points dont il est convenu avec vous.

Nous pensons que nous pourrons avoir terminé pour le 10 octobre : cependant, s’il en était autrement on ne craint pas ici que les Hollandais profitent de l’expiration de l’armistice pour reprendre les hostilités. Il a été fait quelques démarches auprès du roi Guillaume pour arrêter les dispositions que son ressentiment qui ne faiblit pas pourrait lui faire adopter.

Les personnes qui s’intéressent ici à la cause de Dona Maria remarquent, avec peine, que les partisans de don Miguel sont exactement informés des projets qui se préparent à Paris, dans l’intimité de l’Empereur : on craint qu’il ne soit pas apporté assez de discrétion dans la discussion et dans l’adoption de ces projets et on ajoute que le fils du violent Rubichos de Paris est chargé de travailler à la défense du Tage.

Sir Robert Gordon revient de Constantinople ; il sera remplacé par M. Stratford Caning qui y a été déjà ambassadeur ; il partira sous peu de jours, avec une mission spéciale sur les affaires de la Grèce.

Lord Grey n’est pas revenu de la campagne ; son absence est motivée par la mort de son petit-fils qu’il aimait tendrement : il ne rentrera en ville que lundi. Le jeune homme qui est mort est celui dont le portrait a été exposé et fort remarqué à Paris ; cette circonstance retarde la lettre que je devais vous écrire sur les dispositions du gouvernement anglais relativement à la Pologne.

Agréez, Monsieur le Comte, l’assurance de ma haute considération.

Ch. Mau. TALLEYRAND.

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" Quaero, Colligo, Studeo "









Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
Membre fondateur
de l'Association " Les Amis de TALLEYRAND "




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