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MAE - ARCHIVES DE NANTES - AMBASSADE DE LONDRES - SERIE K - CARTON 11




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LETTRE

DU PRINCE DE TALLEYRAND

AU

COMTE SEBASTIANI

MINISTRE DES AFFAIRES ETRANGERES

EN DATE DU

9 SEPTEMBRE 1831







9 septembre 1831

Monsieur le comte,

J’ai reçu la dépêche que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire le 3 de ce mois. Vous y indiquez quelle est la pensée du gouvernement du Roi sur les points principaux qui doivent trouver place dans le traité définitif entre la Hollande et la Belgique.

Je ne doute pas, M. le comte, que les arrangements à intervenir entre ces deux pays, s’ils étaient conçus dans l’esprit des stipulations que vous voulez bien m’indiquer, ne plaçassent la La pensée des amis de la paix, et la Conférence dès le mois de novembre s’est attachée à cette idée que cette séparation devait être effectuée de manière à ce que chacun des deux pays reprît exactement ce qui lui appartenait en 1790 et les deux pays étaient alors très prospères ; et c’est, je dois le dire, parce que telle a toujours été ma pensée, et la direction que j’ai constamment suivie, que la Conférence s’est montrée sans défiance pour nous et que malgré tout ce qui pouvait troubler la paix nous sommes restés unis pour faire ce qui était indispensable pour la conserver.

La Conférence sait que la situation réciproque des territoires, et un grand nombre de détails de localité commandent des échanges et des règlements particuliers mais elle pense qu’ils doivent être opérés plus tard, de gré à gré, lorsque l’irritation et l’inimitié des deux peuples étant apaisée permettront aux vrais intérêts de se faire jour et d’être convenablement appréciés ; mais, je le répète, nous devons craindre, lorsque j’insisterai auprès d’elle, comme je vais le faire, qu’elle ne soit attachée à l’idée qu’il serait dangereux de vouloir atteindre un autre but que l’adoption d’une séparation qui remette les choses dans l’état où elles étaient.

Du reste, ma direction sera toujours, dans mes communications, de me rapprocher le plus possible, de ce que désire le gouvernement du Roi. Je vous prie, cependant, que nous ne sommes pas dans des circonstances pour faire, mais seulement dans des circonstances pour éviter. En évitant, en nous abstenant, nous arriverons à la paix ; nous y arriverons peut-être aussi en faisant mais c’est moins sûr, et, de plus, nous refroidissons la Puissance avec laquelle nous avons le plus d’intérêt à conserver de bonnes relations.

Vous m’avez fait l’honneur de me parler, dans plusieurs de vos dépêches, de la force de l’armée hollandaise si peu en rapport avec la situation politique qui doit être l’état réel du pays.

Je trouve, ainsi que vous, M. le comte, que cette force militaire est hors de proportion ; mais je crois aussi qu’en demandant qu’elle fût considérablement réduite nous blesserions le gouvernement hollandais de manière à faire de ce gouvernement qui n’est encore que mécontent un ennemi nuisible à tous nos intérêts commerciaux.

Le gouvernement anglais qui est convaincu qu’il n’y a aucune espèce de danger, aujourd’hui du côté de la Hollande, et qui est décidé à ne pas permettre une agression quelconque de la part de cette puissance ne lui demanderait pas, avant la fin de l’armistice, le désarmement que nous désirons ; je ne crois pas que je ne l’amènerai, sous ce rapport, à aucune démarche parce qu’il a résisté, jusqu’à présent, à toutes les demandes que je lui ai faites à cet égard mais je ne persisterai pas moins à faire valoir les considérations que vous m’avez indiquées dans vos différentes dépêches.

On s’occupe maintenant du projet de traité ; je dois croire qu’il sera fini dans les six semaines de l’armistice ; l’Angleterre le croit aussi et c’est cette conviction qui lui fait penser qu’elle ne doit faire aucune demande à la Hollande excepté sur ce qui pourrait toucher, d’une manière quelconque, à l’inviolabilité de l’armistice.

Le couronnement du Roi et de la Reine d’Angleterre a eu lieu, hier, dans l’église de l’abbaye de Westminster. Cette cérémonie a été fort belle et fort imposante et le moment où les Pairs ont placé sur leur tête la couronne en même temps que le Roi recevait la sienne des mains de l’archevêque de Canterbury a offert un spectacle qui appartient plutôt aux temps féodaux qu’au nôtre mais qui reçoit des souvenirs un effet qui frappe l’imagination. Plus tard chacun des Pairs a reçu du Roi l’accolade et est venu placer la main sur la couronne qui était sur sa tête ; ce geste voulait exprimer qu’ils étaient son soutien et qu’ils la défendraient toujours.

On a remarqué, avec peine, que la duchesse de Kent et la jeune princesse Victoria, sa fille, n’assistaient pas à la cérémonie ; elle en a été blâmée sévèrement dans plusieurs journaux.

Pendant cette cérémonie, et en oubliant un peu trop, à mon avis, la majesté du lieu, et la solennité du jour, des applaudissements se sont faits entendre quand le duc de Wellington, lord Hill, lord Grey et lord Brougham se sont approchés du Roi et, comme Pairs, ont touché de la main sa couronne. Les deux partis, pour ou contre la réforme, ont saisi cette occasion pour manifester leurs opinions réciproques.

Je joins ici une relation imprimée des cérémonies de Westminster. Malgré un assez mauvais temps, le peuple remplissait toutes les rues par lesquelles devaient passer le Roi et la Reine : ils ont été fort applaudis ; mais, au total, la cérémonie de l’église qui était la même que celle du dernier couronnement a été froide et embarrassée.

Personne ne savait bien ce qu’il avait à faire ; il n’y avait pas assez de musique et plusieurs tribunes n’étaient pas assez remplies. Il y a eu quelques moqueries fort déplacées, de la part de la chambre des Communes, mais c’est l’esprit du temps, même en Angleterre.

Agréez, Monsieur le Comte, l’assurance de ma haute considération.

Ch. Mau. TALLEYRAND.

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