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MAE - ARCHIVES DE NANTES - AMBASSADE DE LONDRES - SERIE K - CARTON 11




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LETTRE

DU PRINCE DE TALLEYRAND

AU

COMTE SEBASTIANI

MINISTRE DES AFFAIRES ETRANGERES

EN DATE DU

4 SEPTEMBRE 1831







4 septembre 1831

Monsieur le comte,

M. Bertin m’a remis les dépêches que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire le 29 août.

Le gouvernement du Roi m’ayant chargé de faire, sans délai, de nouvelles démarches auprès du cabinet anglais pour l’engager à s’interposer avec la France entre la Russie et les Polonais, je me suis empressé de voir, à ce sujet, lord Palmerston.

Je lui ai dit que le gouvernement du Roi, justement alarmé de la position critique des Polonais et de leur capitale, venait faire en leur faveur, au ministère anglais, que les temporisations ne pouvaient plus être que funestes aux malheureux polonais, puisque, resserrés aujourd’hui sous les murs de Varsovie, ils étaient menacés de tous les fléaux et finiraient, peut-être par succomber, malgré tant d’efforts héroïques.

J’ai ajouté que l’Autriche, avertie par l’opinion qui se propage en Hongrie, et par quelques mouvements qui y ont eu lieu, paraissait au moment de parler en faveur des Polonais, et que cette circonstance donnant nécessairement un nouveau caractère aux démarches que nous ferions à Petersbourg, semblerait promettre plus de chances de succès.

J’ai, enfin, fait observer que la Russie, elle-même, était intéressée à terminer promptement cette malheureuse affaire de Pologne car, si les Polonais venaient à avoir un succès, on ne pouvait pas calculer, dans l’état d’agitation où sont maintenant les esprits en Europe, quelle serait la portée des prétentions auxquelles ce succès pourrait donner lieu.

Lord Palmerston m’a répondu : que nous retrouverions plus tard la Cour d’Autriche pour l’exécution des stipulations du Congrès de Vienne, mais qu’il ne croyait pas que le moment pour elle de prendre une résolution fût encore arrivé.

J’ai, de nouveau, pressé lord Palmerston pour que l’Angleterre intervint.

Je lui ai montré avec quel intérêt, avec quelle anxiété, presque tous les peuples de l’Europe suivaient la marche des événements de Pologne et faisaient des vœux pour elle, quels regrets feraient éprouver la défaite des Polonais et la ruine complète de leurs espérances et quelles plaintes s’élèveraient à ce sujet contre les grandes puissances quand le tableau de toute la souffrance des malheureux Polonais, et de la catastrophe qui peut terminer leur belle défense, viendrait échauffer les imaginations. Je lui ai dit que la France ne pouvait pas supporter l’idée d’encourir de pareils reproches : qu’elle ferait tout ce qu’il est possible de faire mais, que, dans l’intérêt même des Polonais, elle désirait vivement que ses démarches fussent concertées avec celles de l’Angleterre et pussent frappées simultanément l’attention du cabinet de Saint Petersbourg.

Lord Palmerston a répliqué que l’on avait encore que des récits contradictoires sur les évènements qui se passent autour de Varsovie : qu’il fallait attendre qu’ils fussent mieux connus et quel résultat ils auraient amené ; alors, m’a-t-il dit, nous pourrions voir quelle détermination nous aurions à prendre.

Je n’ai pas pu faire changer cette disposition et faire sortir lord Palmerston de cette espèce de réserve avec laquelle lui, et ses collègues, faisant cependant des vœux pour les Polonais, envisagent leur inquiétante position. Il n’est que trop évident qu’ils se conduiront d’après le résultat des évènements ; et que, si les derniers efforts qui vont avoir lieu sous les murs de Varsovie, sont favorables aux Polonais, ils interviendront alors auprès du cabinet de Saint Petersbourg. Je pense aussi que, dans le cas contraire, le ministère anglais chercherait à les préserver d’un anéantissement total et de la perte de toute nationalité.

Je crois que c’est ici le moment de renouveler une observation que j’ai faite il y a quelques mois dans plusieurs dépêches. Le ministère anglais aurait pu se prononcer d’une manière moins vague, moins lente en faveur des Polonais, si l’opinion publique, si une majorité dans les chambres s’étaient déclarés pour qu’une intervention fût suivie ; mais vous devez remarquer, M. le comte, que rien de semblable n’a eu lieu ; à la vérité, la presse anglaise est très ardente sur ce sujet et accuse même les autres gouvernements de froideur et d’égoïsme ; mais vous ne voyez dans le Parlement, aucune voix éloquente faire quelque reproche au cabinet de sa réserve vis-à-vis de la cour de Russie et s’emparer de la question polonaise, tout se tait, à l’exception du colonel Evans qui a fait, à ce sujet, une motion qui a passé presque inaperçue et n’a eu aucune suite. Il faut donc reconnaître que l’opinion publique n’indique pas au ministère anglais une autre marche que celle qu’il a adoptée, et qu’il parait croire être obligé de suivre encore, malgré nos vives instances.

Les plénipotentiaires des quatre cours intéressés dans l’affaire des forteresses de Belgique ont eu une conférence à laquelle je n’ai pas été appelé. Le résultat a été que M. van de Weyer, ministre de Belgique à Londres, serait invité à demander à son gouvernement d’envoyer ici un plénipotentiaire chargé de traiter cette question des forteresses ; M. Adair a du faire la même communication à Bruxelles et il a annoncé que ce serait probablement M. Goblet, ancien ministre de la guerre qui aurait cette mission.

J’ai l’honneur de vous envoyer copie du protocole N° 39 que la Conférence a arrêté hier : vous verrez qu’elle invite les plénipotentiaires de Hollande et de Belgique à lui communiquer leurs idées sur les trois points suivants à l’égard desquels s’élèvent les principales difficultés

savoir :

1° _ la démarcation des limites entre la Hollande et la Belgique.

2° _ les arrangements au sujet du grand-duché de Luxembourg.

3° _ la nature de la transaction qui pourrait intervenir relativement au partage des dettes.

Sur ce dernier article, on est porté à croire que la Belgique, en se chargeant d’une somme de rentes, pour sa quote-part de la dette du royaume des Pays-Bas, pourrait créer des rentes jusqu’à concurrence de cette quotité.

Il n’y aura pas de retard pour le couronnement comme on avait semblé le croire. Il reste toujours fixé au 8 de ce mois.

Agréez, Monsieur le Comte, l’assurance de ma haute considération.

Ch. Mau. TALLEYRAND.

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Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
Membre fondateur
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