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MAE - ARCHIVES DE NANTES - AMBASSADE DE LONDRES - SERIE K - CARTON 11




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LETTRE

DU PRINCE DE TALLEYRAND

AU

COMTE SEBASTIANI

MINISTRE DES AFFAIRES ETRANGERES

EN DATE DU

1 SEPTEMBRE 1831







1er septembre 1831

Monsieur le comte,

Vous m’avez fait l’honneur de me mander, par votre dépêche du 27 août, que le Roi, et son conseil, avaient éprouvé beaucoup d’étonnement en prenant connaissance du protocole N° 34 et que le gouvernement ne pouvait pas rappeler ses troupes sur la seule foi des assurances de paix que l’on puiserait dans ce protocole.

Je vous assure, M. le comte, qu’en relisant, avec la plus grande attention, le protocole dont il s’agit et en le faisant lire aux personnes qui prennent ici un intérêt véritable à la France, il a été impossible de découvrir comment il avait pu exciter, à un si haut degré, les appréhensions du gouvernement.

Le protocole est simplement un acte dans lequel on arrête le moyen de pouvoir s’occuper d’un traité définitif entre la Hollande et la Belgique.

Ce moyen, c’est un armistice de six semaines, mais les plénipotentiaires n’ont pas eu pour but de déterminer par là un état quelconque pour les deux pays, remettant toutes les questions aux négociations qui vont s’ouvrir et au traité qui en sera la suite ; et surtout les plénipotentiaires n’ont pas eu la pensée de prendre une disposition, même implicite, relativement au séjour des troupes françaises en Belgique ; au contraire, ils se sont strictement abstenus, comme vous pouviez le désirer, d’insérer aucune stipulation à cet égard ; je ne vois pas même qu’on puisse en lire la moindre induction dans un sens ou dans un autre, et je dois dire, ici, que, dans mon opinion, ce silence est ce qui nous convient le mieux.

Vous vous étonnez, M. le comte, que ce protocole n’ai jeté aucun blâme sur la conduite du cabinet de La Haye.

Je répondrai à cette observation que l’on n’a voulu porter aucun regard en arrière, parce que, dans toutes les affaires, il ne faut considérer que le but auquel on veut arriver ; et que tout ce qui ne dérange pas de cette route ; que l’on n’a même pas voulu remarquer ni le succès des Hollandais ni la faiblesse qu’ont montrée les Belges après six mois de jactance.

Vous faites observer, M. le comte, qu’on ne peut pas prendre confiance dans le gouvernement hollandais quoique ses troupes soient maintenant retirées derrière les lignes de leur frontière, parce que ayant une fois rompu l’armistice, rien ne garantit qu’il ne pourra pas commettre, de nouveau, la même infraction.

Je crois pouvoir répondre à cette remarque qu’aujourd’hui le roi de Hollande est lié positivement, par son acceptation de l’armistice de six semaines qui vient de lui être proposé ; tandis qu’auparavant, il pouvait croire qu’il n’était lié que jusqu’au 1er juin, expiration des delais qui avaient été accordés aux Belges. Ce qui fait qu’en tenant une conduite qui a été blâmée par tout le monde le roi Guillaume a pu penser, cependant, par une fausse appréciation de sa position, qu’il était libre à cette époque, tandis qu’il ne peut pas penser qu’il le soit aujourd’hui.

J’ajouterai, de plus, qu’on ne peut pas appeler intérêt le sentiment opposé à celui qu’ont inspiré les Belges dans cette circonstance ; qu’il n’a été nullement question de rappeler un prince de la Maison de Nassau en Belgique ; et que les choses en sont encore ici au point que l’on préfèrerait plutôt un partage, que cependant le gouvernement anglais n’aime pas à une restauration qu’aujourd’hui il repousserait. Le ministère actuel est un ministère Whig et il s’en tient à l’axiome de M. Fox : « La pre de toutes les révolutions c’est une restauration. »

Vous me faites l’honneur de m’écrire, M. le comte, que le Roi désire que ses alliés adhèrent, par un protocole spécial, à ce qu’une partie des troupes françaises reste en Belgique, conformément à la demande qu’en a faite le roi Léopold.

Les difficiles conversations que j’ai eues sur cet objet, d’après vos ordres, avec le ministère, me font croire que je ne pourrai pas obtenir ce résultat, en en faisant l’objet d’une proposition formelle. Si vos convenances particulières, si la position du ministère en France lui font trouver des avantages à ce qu’un acte positif vienne autoriser le maintien d’une certaine force en Belgique, d’un autre côté le ministère anglais voit, pour lui, les inconvénients les plus graves à ce qu’un acte quelconque soit passé à cet égard parce que, du moment où cet acte existerait, il se retrouverait dans l’embarras de questions qui, comme vous pouvez le voir, lui sont faites perpétuellement dans le Parlement.

La seule manière, je crois, de concilier ces deux positions, serait de ne faire aucune proposition au gouvernement anglais et à la Conférence, de profiter des dispositions conciliantes de l’administration actuelle, du silence qu’elle a voulu garder par le protocole N° 34 et de gagner du temps, c’est-à-dire, de faire rentrer lentement, et progressivement les troupes de manière qu’il y en ait encore au moment où se signera le traité définitif.

L’administration ici serait à portée de répondre à toutes les interpellations si nos journaux lui fournissait le moyen de dire : « Les troupes françaises rentrent graduellement dans le royaume. Tel et tel corps est maintenant dans telle position. »

En définitive, M. le comte, je pense que par ces moyens adoucis et en usant toujours de ménagements pour le ministère anglais, nous obtiendrons le résultat que se propose le gouvernement du Roi, celui d’assurer par un traité définitif la séparation de la Hollande et de la Belgique, et, par conséquent, le maintien de la paix générale, objet de la mission de haute confiance que le Roi m’a donnée et qui, jusqu’à présent, a été heureusement atteint.

Agréez, Monsieur le Comte, l’assurance de ma haute considération.

Ch. Mau. TALLEYRAND.

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Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
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