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MAE - ARCHIVES DE NANTES - AMBASSADE DE LONDRES - SERIE K - CARTON 11




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LETTRE

DU PRINCE DE TALLEYRAND

AU

COMTE SEBASTIANI

MINISTRE DES AFFAIRES ETRANGERES

EN DATE DU

19 AOUT 1831







Londres, le 19 août 1831

Monsieur le comte,

J’ai reçu la dépêche que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire le 14 de ce mois, par laquelle vous m’annoncez que M. de Latour Maubourg se rend à Bruxelles pour y négocier la démolition des forteresses de la Belgique.

L’esprit des membres de la Conférence avec lesquels il nous est si utile de rester amis m’a empêché de lui donner une connaissance complète de l’objet de cette négociation. J’avais eu déjà plusieurs entretiens, à ce sujet avec lord Grey et lord Palmerston et d’après votre dernière dépêche, je les ai vus de nouveau.

J’ai présenté et soutenu tous les arguments qu’elle contient et j’ai particulièrement expliqué, par notre désir de conserver la paix, les mesures militaires que la prudence nous avait conseillé de prendre pour arrêter toutes nouvelles et folles entreprises dans lesquelles la passion pourrait entraîner le roi de Hollande.

Mes efforts ont été sans succès, et j’ai le regret d’avoir à vous annoncer que j’ai rencontré des difficultés qu’il me parait impossible de surmonter. Je persiste à penser que si leur importance n’était pas appréciée, notre position avec l’Angleterre serait totalement changée car selon les ministres anglais « Le pays est au moment de se croire trompé et, alors son amour propre blessé ne laisserait plus de prise aux négociations. »

« Comparez » m’a dit lord Palmerston « la situation de votre gouvernement avec celle du gouvernement anglais. »

«Vous avez été appelé par le roi des Belges pour le garantir de l’agression des Hollandais. Vous vous êtes portés en Belgique avec l’élan généreux qui caractérise si bien la nation française. Aujourd’hui, vous avez atteint le but que vous vous étiez proposez car les Hollandais évacuent entièrement la Belgique et déclarent qu’ils n’y auraient pas pénétré, s’ils s’étaient attendus à lutter à la fois contre les Français et contre la Conférence. Tout garantit et nous pouvons vous l’assurer qu’ils ne renouvelleront pas une semblable agression. Rien ne doit donc plus s’opposer à la retraite de vos troupes puisque vous avez pris l’engagement de les retirer et que cet engagement ne peut donner lieu à aucune interprétation subséquente. »

« Avez-vous l’intention de profiter de votre situation militaire en Belgique pour vous assurer de la démolition des places ? Nous ne saurions le croire car il ne serait pas dans le caractère français de faire servir à des intérêts particuliers les secours donnés à un allié et de faire dégénérer ces secours en exigences impérieuses. »

« L’Angleterre », a ajouté lord Palmerston, « a parfaitement connaissance que la note remise aux ambassadeurs à Paris exprimait toute la pensée du gouvernement français, s’est toujours attendue que la retraite des troupes du Roi, en France, suivrait immédiatement celle du roi de Hollande dans ses états et d’après les ordres qu’elle a donnés elle-même, à son escadre de rentrer à Portsmouth, elle ne juge pas qu’il puisse en être autrement. »

« Quant à la démolition des places fortes, le gouvernement anglais est décidé ; il y a déjà donné son consentement, vous en avez reçu l’assurance et vous pouvez la renouveler. »

« Je dois vous faire observer, » a-t-il ajouté, « que si la France venait à s’emparer de ces places par la force, ou à les faire détruire par quelque arrangement auquel nous n’aurions pas pris part, notre position serait changée, nous perdrions gratuitement l’influence que les traités nous donnent, l’amour propre national anglais serait vivement blessé, les vieilles jalousies se réveilleraient et qui sait le moyen d’en arrêter les effets ? Ne perdons pas en un jour la position dans laquelle nos deux pays sont enfin parvenus à se placer l’un vis-à-vis de l’autre. Ne forçons pas toutes les opinions à se confondre dans un seul sentiment ; je rendrai cela bien sensible en vous disant que M. Munt, lord Londonderry et lord Grey parleraient et agiraient dans le même sens ; d’ailleurs, je le répète, le gouvernement anglais a pris vis-à-vis de vous relativement à la démolition des places de Belgique un engagement qu’il veut remplir ; en agissant vous-même vous montreriez que vous n’avez aucune confiance dans sa parole, dans ses promesses ! Et cependant il vous a prouvé, il y a bien peu de jours à quel point il en avait dans les vôtres ! »

Lord Palmerston m’a fait observer, de plus, que ces places n’appartenaient pas uniquement à la Belgique ; qu’elles avaient été élevées par les Puissances et qu’elles avaient, même, un droit de réclamation sur leur matériel, droit qu’elles feraient ou ne feraient pas valoir.

Vous voyez, M. le comte, la susceptibilité anglaise, les préjugés nationaux peut-être, se sont emparés de cette question ! j’ai retrouvé la même disposition partout ; chez les ministres, chez leurs amis, parmi les membres de l’opposition : aucun d’eux ne supporte l’idée de voir le gouvernement français prétendre obtenir, par la présence de ses armes, la démolition des places qui lui est assuré par le consentement de ses alliés.

Je vois enfin de mauvais symptômes ; les couleurs s’assombrissent et la susceptibilité se montre davantage dans un moment où la position des ministres devient plus difficile, car vous aurez remarqué que dans la séance d’hier, ils ont perdu la majorité sur une question relative à la réforme, question peu importante à la vérité, mais qu’ils soutenaient.

En dernière analyse, je dois vous dire, M. le comte, qu’il a fallu les soins les plus soutenus pour faire tolérer au gouvernement anglais l’entrée de nos troupes en Belgique et que les stipulations du protocole N° 31 ont pu seules amener à résultat, mais que si le gouvernement du Roi cherchait à faire servir son expédition à un autre but que celui qu’il a annoncé, cette marche pourrait faire naître entre les deux pays les plus sérieuses difficultés.

Il serait peut-être possible de les diminuer en bornant la mission de M. de Latour Maubourg à la demande d’une convention qui serait la réalisation de l’engagement pris par le prince Léopold dans une lettre dont j’ai envoyé copie au département et qu’il m’adressa sur ma demande au moment de se rendre en Belgique.

J’ai l’honneur, M. le comte, de vous envoyer, M. le comte, une copie du protocole N° 33, que la Conférence a arrêté hier : il donne acte de la déclaration que j’ai faite au nom du gouvernement de S. M. relativement au rappel de 20 mille hommes faisant partie de l’armée de M. le maréchal Gerard et à la position que le reste de ses forces prendra derrière Nivelles.

On vient d’apprendre, ici, d’une manière certaine, que le 1er de ce mois le comte de Villa Flor avait débarqué à Saint Michel avec 1 500 hommes. Le 2 il était maître de l’île quoique le gouverneur eût 2 000 hommes de troupes régulières et 1 500 de milice, ainsi qu’une belle artillerie. Toutes les Açores sont maintenant au pouvoir du parti de la reine Dona Maria et l’on comptait sur 5 000 hommes de troupes disponibles pour l’expédition contre le Portugal.

Vous serez bien aise d’apprendre cette nouvelle à don Pedro.

Agréez, Monsieur le Comte, l’assurance de ma haute considération.

Ch. Mau. TALLEYRAND.

P. S. Je viens de recevoir votre dépêche télégraphique du 17 à 5H1/2 du soir et je vous en remercie.

La grande majorité qui a voté à la chambre des députés pour l’adresse et la manière dont S. M. se proposait d’y répondre relativement à la Belgique ne peuvent manquer de faire ici une bonne impression.

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Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
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