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MAE - ARCHIVES DE NANTES - AMBASSADE DE LONDRES - SERIE K - CARTON 14




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LETTRE

DU PRINCE DE TALLEYRAND

AU

COMTE DE RIGNY

MINISTRE DES AFFAIRES ETRANGERES

EN DATE DU

25 JUILLET 1834







N° 85

Londres, le 25 juillet 1834

Monsieur le comte,

C’est seulement ce matin que j’ai reçu la dépêche que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire le 21 de ce mois sous le N° 67.

J’avais vu hier lord Palmerston et dans un assez long entretien que nous avons eu ensemble sur la situation présente de l’Espagne, je lui ai fait pressentir toutes les difficultés que cette question entraînait pour le gouvernement du Roi, au moment où la réunion des chambres l’obligerait à s’expliquer sur la conduite politique qu’il tiendrait dans les affaires de la péninsule. J’ai dit, en même temps, qu’il nous était absolument nécessaire de connaitre l’opinion du cabinet anglais sur la valeur qu’il attachait au traité du 22 avril et de savoir si, d’après ce que lui, lord Palmerston, m’avait dit deux jours auparavant, le gouvernement français se trouvait autorisé à déclarer solennellement que la France et l’Angleterre reconnaissaient toutes deux que le but du traité n’étant point atteint, il y avait quelque nouvelle mesure à prendre pour pourvoir à son exécution du traité du 22 avril, il serait peut-être possible de me faire connaitre dès aujourd’hui et avant même que les demandes de secours du cabinet de Madrid nous aient été communiquées, quels sont les moyens que l’Angleterre croirait devoir proposer pour servir la cause de la Reine d’Espagne.

Lord Palmerston auquel j’avais développé toutes les raisons qui me faisaient désirer des réponses catégoriques, si non sur tous ces points au moins sur celui qui était relatif à la valeur qu’on devait attacher au traité du 22 avril, me promit de soumettre mes observations aux autres membres du cabinet aujourd’hui dans la matinée et c’est le résultat de cette conférence avec ses collègues qu’il vient de me communiquer à l’instant et que je m’empresse de vous transmettre parce qu’il me parait répondre d’une manière assez satisfaisante à votre dépêche N° 67.

Le gouvernement anglais croit que dans le discours d’ouverture des chambres, on peut introduire une phrase à peu près comme celle-ci.

« L’Angleterre pense avec nous que le but du traité du 22 avril n’est pas atteint et dans ce moment-ci les quatre Puissances signataires de ce traité s’occupent à fixer les mesures qui doivent être prises dans les circonstances actuelles ».

Telle est, M. le comte, la phrase que j’ai rédigé devant lord Palmerston et qu’il a approuvé dans tout son contenu. Le gouvernement du Roi n’est pas astreint cependant à s’en tenir aux termes mêmes de cette phrase, mais il ne pourrait pas s’écarter de l’esprit sans s’exposer à aller au-delà de ce que le gouvernement anglais approuverait.

Quant aux mesures à prendre, lord Palmerston m’a répété qu’on ne pouvait pas s’en occuper avant d’avoir reçu les demandes du cabinet de Madrid et qu’il serait inutile de discuter d’une intervention armée de notre part, avant que le développement des événements dans la péninsule ait rendu nécessaire une si importante démarche.

Je n’ai pas voulu insister davantage, parce qu’il m’a paru que, pour le moment la phrase que je viens d’avoir l’honneur de vous indiquer répondait suffisamment aux exigences imposées au gouvernement du Roi. En effet, s’il s’élève une discussion à la chambre des Députés sur les conséquences du traité du 22 avril, on pourra se borner à dire que les Puissances signataires ont reconnu que l’objet de ce traité n’étant point atteint, elles devaient s’occuper des mesures ultérieures à prendre, mais que ces mesures était le sujet d’une négociation dont il ne serait pas convenable de dévoiler les détails.

Je pense, M. le comte, que vous partagerez mon opinion à cet égard et j’attendrai impatiemment votre réponse à cette dépêche.

Je dois ajouter que lord Palmerston m’a exprimé en son nom et en celui de ses collègues le vif désir qu’une phrase de notre discours d’ouverture rappelât l’union de la France et de la Grande Bretagne : il serait facile, je crois, de la lier à celle qui est relative aux événements de la péninsule.

M. Triconpi, ministre de Grèce à Londres, m’a fait part de quelques propositions qui lui auraient faites, il y a peu de jours, par le nouveau chargé d’affaires de Russie au nom de son gouvernement. L’une de ces propositions tendrait à faire demander par le gouvernement grec lui-même aux trois Cours de l’alliance une déclaration par laquelle la neutralité du royaume de la Grèce serait reconnue. M. Triconpi, en se chargeant probablement de transmettre cette ouverture à son gouvernement m’a dit qu’il avait répondu à M. le comte de Medem qu’une déclaration, telle qu’il la proposait devait sans doute mettre le gouvernement grec dans la nécessité, en cas de guerre, de fermer ses ports aux bâtiments anglais et français.

La seconde proposition était relative au Roi Othon auquel le cabinet russe désirerait voir embrasser la religion grecque ou du moins à déclarer sa ferme intention d’élever ses enfants dans cette religion. M. Triconpi doit avoir répondu que le Roi Othon, n’ayant pas atteint sa majorité, n’était pas obligé de s’expliquer sur ce point ; que dans tous les cas c’était une affaire de conscience qui ne pouvait être décidé par un traité et que quant à ce qui se rapportait à la religion des enfants du jeune Roi, il était inutile de s’en occuper puisqu’il n’en avait et qu’il n’était pas même marié.

Agréez, Monsieur le comte, l’assurance de ma haute considération.

Ch. Mau. TALLEYRAND.

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Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
Membre fondateur
de l'Association " Les Amis de TALLEYRAND "




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