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MAE - ARCHIVES DE NANTES - AMBASSADE DE LONDRES - SERIE K - CARTON 14




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LETTRE

DU PRINCE DE TALLEYRAND

AU

COMTE DE RIGNY

MINISTRE DES AFFAIRES ETRANGERES

EN DATE DU

26 JUIN 1834







N° 69

Londres, le 26 juin 1834

Monsieur le comte,

J’ai reçu la dépêche que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire sous le N° 56, et à laquelle était jointe la copie de celle de M. l »amiral Roussin du 27 mai.

J’ai cherché lord Palmerston ce matin et je viens d’avoir avec lui un entretien dans lequel j’ai appelé son attention sur les différents points traités dans votre dépêche.

Il m’a avoué que M. Morrier, tout en partageant les vues qui dirigeaient notre ambassadeur en Suisse, n’était cependant pas tout à fait d’accord avec M. de Rumigny sur la marche qu’il convenait de faire. M. Morrier pense qu’il faut employer une grande prudence et de l’habileté pour maintenir la Diète helvétique sur le terrain où elle s’est placée vis-à-vis des Puissances limitrophes.

Lord Palmerston en faisant valoir les raisons exposées par M. Morrier, m’a néanmoins dit qu’il comprenait toute l’importance qu’il y avait dans les circonstances actuelles à ce que la France et l’Angleterre se montrassent unies sur toutes les questions. Il désire que vous soyez bien convaincu qu’à cet égard il apprécie les considérations développées dans votre dépêche. Il m’a en même temps donné l’assurance qu’il allait écrire non seulement en Suisse, mais encore aux ministres d’Angleterre à Turin, à Stuttgart et à Munich pour les charger de faire aux gouvernements près desquels ils sont accrédités, des représentations dans le sens que nous désirions. Comme il a cru remarquer, d’après les rapports de lord Minto, que M. Ancillon avait adopté des idées très erronées sur les affaires de Suisse, il se propose de faire arriver aussi à Berlin des observations, qui, il l’espère, pourront produire un bon effet. J’ai lieu de croire que les instructions de lord Palmerston aux différents ministres que je viens d’indiquer seront expédiés par le courrier de demain.

Passant ensuite à l’autre point de votre dépêche relatif à l’Orient, je lui ai donné lecture d’une partie de la dépêche de l’amiral Roussin ; il m’a communiqué à son tour les dernières lettres de lord Ponsomby qui s’accordent presque identiquement avec celles de notre ambassadeur. J’ai pu juger que les nouvelles apportées par ces dépêches préoccupaient fortement le gouvernement anglais et je n’ai pas laissé passer cette occasion favorable sans réitérer encore mes instances pour la conclusion du traité qui me parait plus essentiel que jamais. Lord Palmerston n’a contesté aucun de mes arguments, et je ne crois pas me tromper en pensant qu’il sent autant que nous la nécessité de ce traité, mais qu’il trouve de la résistance à sa conclusion dans le cabinet. Cette réflexion, comme vous le jugez bien, M. le comte, est toute confidentielle et uniquement pour votre information. Il se pourrait que les derniers rapports de lord Ponsomby produisissent quelques effets sur les ministres opposants ; si tel était le cas, je ne laisserai pas échapper une si utile impression, et je n’ai pas manqué de dire déjà à lord Palmerston que je ne tenais pas précisément aux termes du projet de traité que je lui avais proposé ; que j’étais porté à croire que le gouvernement du Roi se montrerait satisfait de tout acte qui constaterait d’une manière évidente que les gouvernements de France et d’Angleterre, unis dans leur intérêt pour l’empire ottoman, étaient déterminés à prendre toutes les mesures convenables pour défendre l’indépendance et l’intégrité de cet empire si elles étaient menacées.

En attendant un résultat plus positif de cette partie de notre conversation, j’ai obtenu de lord Palmerston qu’il transmettrait à Alexandrie des instructions pour qu’on fit comprendre à Mehemet Ali qu’il devait mettre un terme à ses exigences envers la Porte. On aura de la peine à faire entendre raison au vice-Roi, sur la question de l’arriéré que réclame le Sultan , car il parait que rien n’a été écrit à ce sujet dans la convention de Kutahia, et que ce qui était relatif à l’arriéré a été convenu verbalement mais le colonel Campbell sera chargé d’insister sur ce point en même temps que sur celui des districts dont Ibrahim demande la remise.

J’ai prié lord Palmerston de me donner de nouveaux éclaircissements sur les mouvements de la flotte anglaise dans l’archipel et il m’a fait la même réponse que celle que j’ai eu l’honneur de vous transmettre il y a peu de temps. L’Angleterre, m’a-t-il dit, croit qu’il est nécessaire dans l’état présent de l’Orient, d’entretenir un flotte dans l’archipel ; cette flotte qui hiverne à Malte fait tous les étés une course d’exercice, et rien n’a dû être changé cette année à l’usage précédemment établi. Du reste le gouvernement anglais se verrait avec plaisir déchargé de la dépense considérable et de l’entretien de cette flotte ; et il suffirait pour cela qu’on mit fin aux intrigues qui agitent l’Orient.

Les dernières dépêches venues de Lisbonne et qui sont du 9, affirment que les erreurs commises dans les ratifications portugaises du traité du 22 avril, ne sont point l’œuvre de la mauvaise foi, et que nous ne tarderons pas à recevoir de nouvelles ratifications aussi complètes que nous étions en droit de les demander.

Agréez, Monsieur le comte, l’assurance de ma haute considération.

Ch. Mau. TALLEYRAND.

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Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
Membre fondateur
de l'Association " Les Amis de TALLEYRAND "




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