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MAE - ARCHIVES DE NANTES - AMBASSADE DE LONDRES - SERIE K - CARTON 13




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2è LETTRE

DU PRINCE DE TALLEYRAND

AU

COMTE DE RIGNY

MINISTRE DES AFFAIRES ETRANGERES

EN DATE DU

26 MAI 1834







N° 53

Londres, le 26 mai 1834

Monsieur le comte,

Je m’abstiens en général de vous entretenir des débats parlementaires d’Angleterre qui se rapportent spécialement aux affaires intérieures du pays, parce que je sais que les journaux qui vous sont adressés d’ici vous fournissent à cet égard beaucoup plus exactement et plus promptement que je ne pourrais le faire tous les détails désirables. Je dois cependant vous rendre compte aujourd’hui d’un incident très grave qu’a amené la discussion d’un Bill dans la chambre des Communes.

Ce Bill dont la première lecture a eu lieu il y a plus de quinze jours est relatif au rachat des dîmes du clergé protestant en Irlande. On a calculé que par suite des résultats financiers qu’il produirait, il resterait en définitive un résidu dont il s’agirait de régler l’emploi. L’un des membres du cabinet, lord John Russell qui soutenait le Bill à la chambre des Communes s’était prononcé, peut-être un peu intempestivement, lors de la première lecture, pour que le fonds restant fût employé selon la volonté du gouvernement. Cette proposition excita un très vif dissentiment dans le cabinet, dont plusieurs membres partageant à ce sujet l’opinion d’une partie assez considérable de la chambre des Communes et certainement de la majorité de la chambre des Pairs, déclarèrent ne pouvoir l’adopter. Les ministres, qui s’opposèrent le plus fortement à la proposition de lord John Russell, sont M. Stanley et sir James Graham. Ils voyaient, disaient-ils, une spoliation des biens du clergé anglican, et prétendaient que s’il restait un fonds quelconque après que toutes les opérations du Bill auraient été exécutées, ce fonds devait être remis au clergé anglican d’Irlande qui en règlerait l’usage.

Lord John Russell, de son côté, persistant dans l’opinion qu’il avait émise, avait offert sa démission, si on ne l’adoptait pas. On était parvenu cependant à lui faire retirer sa démission et le cabinet cherchait le moyen de mettre fin à cette difficulté ; lorsqu’une motion que M. Ward doit faire demain à la chambre des Communes, est venue reproduire tous les embarras qu’on avait espéré dissiper. M. Ward proposera que le fonds en question soit employé au profit de l’église dissidente, et de l’église catholique d’Irlande, et il est encore impossible de prévoir l’issue de cette motion.

Quelle qu’elle soit, on prétend qu’elle doit amener la sortie de plusieurs membres du ministère ; si la proposition de M. Ward obtient la majorité dans la chambre, M. Stanley et sir James Graham ont annoncé l’intention positive de se retirer ; dans le cas contraire ce serait lord John Russell, et sans doute d’autres membres du cabinet, qui quitteraient.

Depuis trois jours les conseils de cabinet se succèdent, et sans qu’on ait pu encore trouver le moyen de concilier les opinions divergentes qui y sont exprimées. La retraite de M. Stanley serait une perte bien sensible pour le ministère dont il est le plus solide et sans contredit le plus habile soutien à la chambre des Communes ; celle de lord John Russell pourrait aussi produire quelques conséquences inattendues.

Enfin, Monsieur le comte, vous voyez que le moment est critique, et que s’il ne survient pas quelque accommodement, l’existence du cabinet actuel est compromise.

Vous me permettrez de ne point émettre ici de prédiction sur l’administration qui pourrait être appelée à succéder à celle-ci ; ces prédictions seraient au moins oiseuses en présence de circonstances aussi mobiles et aussi incertaines que celles qui peuvent s’élever d’un instant à l’autre. Je me bornerai donc à vous tenir exactement informé de tout ce qui parviendra à ma connaissance.

Agréez, Monsieur le comte, l’assurance de ma haute considération.

Ch. Mau. TALLEYRAND.

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Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
Membre fondateur
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