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MAE - ARCHIVES DE NANTES - AMBASSADE DE LONDRES - SERIE K - CARTON 13




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LETTRE

DU PRINCE DE TALLEYRAND

AU

COMTE DE RIGNY

MINISTRE DES AFFAIRES ETRANGERES

EN DATE DU

18 MAI 1834







N° 49

Londres, le 18 mai 1834

Monsieur le comte,

En réfléchissant attentivement au projet de déclaration dont il est question à l’Art. V du traité du 22 avril, et que M. Martinez de la Rosa voudrait qui fût faite par un acte collectif signé par les quatre plénipotentiaires, j’y ai reconnu plusieurs inconvénients que je dois vous indiquer, comme je l’ai déjà fait pressentir à lord Palmerston. J’y vois d’abord le fait d’une intervention directe dans les affaires purement intérieures de la péninsule, et nous nous engageons, ce me semble, dès le premier pas, plus en avant que ne nous y oblige le traité lui-même. Car dans cet acte j’ai tenu à ce que nous ne fussions que les garants des conditions de l’Art. V, mais que nous ne fussions point chargés de leur exécution. Si par les conséquences inévitables d’une guerre telle que celle qui se fait dans la péninsule, il arriverait que dans les villes ou places successivement occupées par les deux partis, la déclaration des quatre Cours subit toutes les mauvaises chances d’un acte rédigé au nom d’une des deux parties combattantes, la dignité de la France et de la Grande Bretagne ne se trouverait-elle pas compromise par des insultes qui tomberaient directement sur une déclaration émanée d’elles. Je ne reconnais pas d’ailleurs la nécessité de la démarche réclamée par le cabinet de Madrid dans cette circonstance. Il me parait qu’il devrait lui suffire qu’à la suite de la publication du traité, le gouvernement portugais fît la déclaration mentionnée et garantie par l’Art. V.

Telles sont les observations dont j’ai fait part à lord Palmerston et sur lesquelles j’attire votre attention, M. le comte. Vous aurez le temps de me faire connaitre votre opinion définitive à ce sujet, car on ne pourra s’occuper de la forme de la déclaration qu’après l’échange des ratifications, qui ne se fera que dans quelques jours.

Le ministre d’Angleterre en Suisse aura ordre d’appuyer les démarches de l’ambassadeur de France dans le sens que vous m’exprimez par votre dépêche N° 40.

J’ai l’honneur de vous transmettre les copies de deux pièces qui m’ont été remises par le ministre de Suède à Londres avec prière de vous les faire parvenir. Vous avez déjà certainement connaissance d’une de ces deux pièces, mais je n’ai pas voulu me refuser à la demande du comte de Bjornstjerna qui y a mis beaucoup d’insistance et je m’acquitte de ma promesse.

Lord Palmerston m’a dit qu’il allait positivement envoyer à Copenhague les instructions nécessaires pour terminer la négociation relative à la traite des nègres.

Je viens de recevoir, Monsieur le comte, les dépêches que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire sous les N° 41 et 42.

Vous aurez déjà appris quand cette lettre sera entre vos mains, que le cabinet anglais avait prévenu vos désirs relativement aux affaires de Francfort. Lord Granville a dû vous communiquer la dépêche que lord Palmerston a écrit au ministre d’Angleterre dans cette ville pour le charger de faire des représentations sur les derniers événements qui s’y sont passés et sur les projets qu’on attribue à la Diète. J’ai trouvé la lettre de lord Palmerston rédigée dans des termes un peu trop vifs et je crains qu’elle ne dépasse le but. Je voudrais qu’elle vous eût produit la même impression qu’à moi et que le gouvernement du Roi, restant dans les idées sages que vous m’exprimez si bien par votre dépêche N° 42, se bornât à faire des réserves sur un ton assez modéré pour ne pas causer d’irritation. Nous devons autant que possible ménager la susceptibilité des petits états d’Allemagne, et témoigner de notre force par notre modération même envers eux. Vous n’ignorez pas que dans ces derniers temps le ton quelquefois provoquant des agents anglais en Allemagne n’y a pas utilement servi nos intérêts.

Je réfléchirai mûrement, comme vous me le recommandez, Monsieur le Comte, aux vues exposées dans la dépêche que vous m’avez bien voulu m’écrire sous le N° 41 sur les affaires d’Orient. Je me rends aujourd’hui à la campagne chez le duc de Bedford, où je dois passer quatre jours avec lord Grey, le Chancellier et plusieurs autres membres du cabinet. Je profiterai de cette circonstance pour juger si le moment est favorable pour mettre en avant un des deux projets dont vous me faites l’honneur de m’entretenir, et j’aurai soin de vous rendre compte du résultat de mes observations.

J’accueillerais avec plaisir M. Bourjot que vous voulez bien m’adresser ; son nom, appuyé de votre recommandation, sera pour moi le meilleur passeport possible.

Agréez, Monsieur le comte, l’assurance de ma haute considération.

Ch. Mau. TALLEYRAND.

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Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
Membre fondateur
de l'Association " Les Amis de TALLEYRAND "




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