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MAE - ARCHIVES DE NANTES - AMBASSADE DE LONDRES - SERIE K - CARTON 13




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LETTRE

DU PRINCE DE TALLEYRAND

AU

COMTE DE RIGNY

MINISTRE DES AFFAIRES ETRANGERES

EN DATE DU

11 MAI 1834







S. N.

Londres, le 11 mai 1834

Monsieur le comte,

J’ai effectivement reçu l’année dernière, le jour de mon départ pour le continent, la dépêche N° 105, que M. le duc de Broglie m’avait écrite sous la date du 13 septembre, et par laquelle il recommandait à mon attention les différents points que vous m’avez fait l’honneur de m’indiquer dans votre lettre chiffrée du 5 de ce mois. Mon absence de quelques mois et les affaires qui m’ont occupé depuis mon retour m’avaient empêché de communiquer à M. le duc de Broglie les observations que vous voudrez bien me permettre de vous soumettre aujourd’hui.

Vous désirez, Monsieur le comte, que je transmette périodiquement au département des Affaires étrangères des notions détaillées sur les ressources financières et militaires de l’Angleterre. Je comprends parfaitement l’utilité d’un tel travail, s’il pouvait être bien fait, mais je dois vous faire remarquer les difficultés d’exécution qui existent pour un ambassadeur résidant dans ce pays. Il se publie chaque année en Angleterre, outre les débats quotidiens des deux chambres, une immense quantité de documents parlementaires, de rapports, d’ouvrages périodiques et spéciaux sur l’état militaire et financier du pays ; c’est évidemment là la source à laquelle je puiserais et à laquelle on doit puiser pour arriver à la connaissance des renseignements que le département des Affaires étrangères se propose d’acquérir ; mais vous sentirez certainement, Monsieur le comte, qu’avec les travaux habituels d’une ambassade, dont le nombre d’employés est assez restreint, il est à peu près impossible de se livrer à des recherches étendues, qui exigeraient beaucoup de temps pour arriver à un résultat complet et utile. Les nombreuses publications qui se font ici rendraient cette tâche beaucoup trop pénible pour qu’elle pût être bien faite par l’ambassade. J’envoie chaque année au département la série des papiers parlementaires ; il reçoit en outre les meilleures revues périodiques, et j’ai indiqué plusieurs fois dans ma correspondance les ouvrages les plus importants qui ont paru dans ces dernières années, tel que celui de sir H. Parnell et d’autres. Ces matériaux doivent fournir au département tous les faits intéressants à connaître et qu’il lui est beaucoup plus aisé de coordonner qu’il ne pourrait l’être pour nous ici, au milieu de la préoccupation journalière des affaires politiques et des négociations que j’ai été chargé de suivre pour le gouvernement du Roi.

Pour ce qui est relatif aux informations que vous voulez obtenir « sur les hommes qui, par leurs antécédents, leur position actuelle, leurs qualités personnelles, les fonctions administratives diplomatiques ou militaires qu’ils exercent ou ont exercées, sont en possession d’une certaine importance individuelle en Angleterre », j’avoue que je me trouverais fort embarrassé de remplir vos intentions à cet égard.

Dans un pays tel que celui-ci et dont les relations sont étendues sur toutes les parties du globe, où il existe un Parlement nombreux, et où la liberté de la presse met tant de personnages en évidence, je ne concevrais un travail du genre de celui que désire le département des Affaires étrangères que sous la forme d’une vaste biographie contemporaine, ou pour mieux dire, de l’histoire de la Grande Bretagne pendant les quarante dernières années.

Si l’on arrête un moment sa pensée sur le grand nombre d’hommes qui dans ces derniers temps ont été successivement appelés par les circonstances et l’influence des partis à jouer un rôle politique en Angleterre ; qui ont rempli des fonctions publiques et ont dû les abandonner pour les reprendre plus tard, selon le parti auquel ils se sont attachés, on comprendra qu’essayer de donner des portraits fidèles et complets de ces hommes, serait une entreprise difficile en soi, et dans laquelle il serait impossible pour un ministre étranger de ne pas échouer.

En effet ou l’agent diplomatique est récemment arrivé, et alors il est mal instruit des faits qui ont précédé son arrivée, ou s’il a résidé assez longtemps pour acquérir les notions qui lui seraient nécessaires, comment pourra-t-il en vérifier l’exactitude ? Comment saura-t-il démêlé la vérité au travers de l’animosité ? Ne sera-t-il pas exposé à reproduire dans les portraits qu’il tracera les traits inspirés par la malignité, la vengeance, la flatterie ? Ne pourra-t-il pas alors devenir libellique ou mensonger en cédant involontairement aux jugements et aux opinions de ceux qui lui auront donné des informations que sa qualité d’étranger l’empêchait de se procurer par lui-même.

Je pourrais faire ressortir beaucoup d’autres inconvénients qui se rencontreraient dans un travail comme celui que vous me demandez sur l’Angleterre, Monsieur le comte ; mais j’ai lieu d’espérer que ceux que je viens d’indiquer suffiront pour me justifier de ne pas l’entreprendre.

Je comprendrais jusqu’à un certain point que le désir du département des Affaires étrangères fût plus aisément réalisable dans d’autres pays, dont la forme de gouvernement, ou la moindre étendue territoriale, rendrait possible de saisir l’ensemble des hommes influents. Ainsi en Russie, en Autriche, en Espagne avant la dernière résolution, on peut connaitre les hommes qui composent la Cour et le ministère ; on sait facilement quels sont ceux qu’ont joué ou qui sont appelés à jouer des rôles importants ; l’agent diplomatique, limitant ses recherches dans un cercle aussi restreint, peut se procurer des informations plus positives. Et encore échappera-t-il difficilement aux embarras que je signalais plus haut, et laissera-t-il souvent ses passions, ses préjugés exercer sur son jugement une influence qui nuira à son impartialité. Il me parait qu’il y a là un écueil dangereux pour tous les agents politiques, et il suffit de lire les anciennes correspondances diplomatiques, pour reconnaitre ce que j’avance ici n’est fondé que sur l’expérience car l’histoire est venue plus d’une fois rectifier les portraits infidèles ou hasardés qu’on trouve dans ces correspondances.

Je le répète, Monsieur le comte, un travail de ce genre, s’il est exact, doit nécessairement participer de la nature du libelle, et j’éprouverais une invincible répugnance à attacher mon nom à quelque chose de semblable.

Agréez, Monsieur le comte, l’assurance de ma haute considération.

Ch. Mau. TALLEYRAND.

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Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
Membre fondateur
de l'Association " Les Amis de TALLEYRAND "




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