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MAE - ARCHIVES DE NANTES - AMBASSADE DE LONDRES - SERIE K - CARTON 13




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LETTRE

DU PRINCE DE TALLEYRAND

AU

COMTE DE RIGNY

MINISTRE DES AFFAIRES ETRANGERES

EN DATE DU

28 AVRIL 1834







N° 43

Londres, le 28 avril 1834

Monsieur le comte,

J’ai reçu la lettre que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire sus le N° 34.

Lord Palmerston est pour deux ou trois jours à Windsor ; c’est ce qui m’empêche de l’entretenir aussitôt que je l’aurais voulu de ce qui dans votre dépêche se rapporte à la question du Luxembourg et à la conduite du gouvernement prussien envers le général Goblet. Aussitôt après le retour du ministre des Affaires étrangères, je le verrai pour lui faire part de vos observations sur ces deux points, et pour concerter avec lui les mesures qu’il est convenable pour les gouvernements de France et d’Angleterre de prendre dans cette circonstance.

Le procédé du gouvernement prussien me parait, comme à vous, Monsieur le comte, inexplicable ; je dirai même plus intolérable. Nous ne pouvons pas le laisser inaperçu sans nous exposer à voir se reproduire chaque jour quelque nouvelle injure gratuite ou non contre la Belgique et qui, en définitive, retomberaient sur les deux gouvernements qui la protègent plus spécialement. Le choix du général Goblet pour la mission de Berlin a pu être maladroit, mais alors c’était avant son départ de Bruxelles, qui a été connu longtemps à l’avance, que le gouvernement prussien aurait dû indiquer la répugnance qu’il éprouverait à le recevoir. Dans l’état actuel des choses, on ne peut reconnaitre au cabinet de Berlin le droit de repousser l’envoyé belge sous un prétexte aussi insultant que celui qu’il met en avant, quand surtout il y a à Bruxelles un ministre prussien accrédité et toujours traité avec considération par le gouvernement belge.

Je ne puis encore prévoir quel sera le parti que lord Palmerston adoptera à cet égard, mais je le presserai d’en prendre un promptement.

Quant aux propositions d’un nouvelle arrangement dans l’affaire de Luxembourg qui ont été faites par la Prusse et l’Autriche, je ne pense pas qu’il nous convienne d’y entrer. Elles modifieraient, comme vous le remarquez très bien les traités de 1815, et auraient de plus l’inconvénient de renouveler les discussions sur la question territoriale du traité hollando-belge, question qu’il nous importe de considérer, et de faire considérer par les autres Puissances, comme irrévocablement résolue et terminée par le traité du 15 novembre.

Je puis vous rassurer sur l’envoi à Madrid du traité conclu à Londres entre les quatre Puissances. Le courrier espagnol qui en était porteur a dû passer par Perpignan et arrivera en toute sûreté à sa destination. Le courrier de lord Palmerston, qui portait une copie de ce même traité, passera par Bayonne, mais il parait qu’aucun courrier anglais n’a encore été arrêté par les bandes carlistes.

Je suis convaincu que nous avons très bien fait de garder pour notre part le secret du traité ; on ne peut que blâmer la publication prématurée qui en a été faite par les journaux anglais. Il y a toujours en pareil cas beaucoup plus de convenance à ne point avoir d’indiscrétion à se reprocher. Je suppose que les journaux sur lesquels le gouvernement du Roi exerce quelque influence seront chargés de faire valoir l’utilité morale et politique de ce traité pour la France, lorsque le temps sera venu de le publier.

J’ai l’honneur de vous transmettre par le portefeuille de ce jour deux dépêches de l’ambassade de France en Russie, qui me sont parvenues par un courrier anglais.

Agréez, Monsieur le comte, l’assurance de ma haute considération.

Ch. Mau. TALLEYRAND.

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Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
Membre fondateur
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