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MAE - ARCHIVES DE NANTES - AMBASSADE DE LONDRES - SERIE K - CARTON 13




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LETTRE

DU PRINCE DE TALLEYRAND

AU

COMTE DE RIGNY

MINISTRE DES AFFAIRES ETRANGERES

EN DATE DU

22 AVRIL 1834







N° 41

Londres, le 22 avril 1834

Monsieur le comte,

Il m’a été impossible de vous transmettre hier par le portefeuille le traité que j’ai l’honneur de vous envoyer aujourd’hui. La transcription des quatre originaux chacun en quatre langues a exigé beaucoup de temps et il y a une heure seulement que nous avons pu signer.

Vous connaissez à peu près par ma correspondance quelles ont été les difficultés de la négociation de ce traité ; je pense qu’il faut maintenant les livrer entièrement à l’oubli et ne plus s’occuper que des résultats.

Je suis convaincu, Monsieur le comte, que le gouvernement du Roi apprécie les avantages du traité qui vient d’être conclu entre les quatre Puissances, mais vous voudrez bien me permettre de vous exposer succinctement les raisons qui m’ont déterminé à nous faire entrer dans cette alliance. Je l’ai envisagée sous ses différents points de vue, et c’est après y avoir mûrement réfléchi que j’ai pensé qu’elle nous offrait des avantages réels sans danger.

Cette quadruple alliance-ci ne peut manquer certainement de faire quelque bruit en Europe ; je ne prétends pas qu’elle n’excite un peu de jalousie de la part des grandes Puissances du Nord. Mais en réalité je ne crois pas qu’elles s’en préoccupent au point de nous causer plus d’embarras qu’elles ne le font depuis trois ans. Je serais plutôt disposé à penser qu’elles mettront plus d’ardeur à nous séparer de l’Angleterre et par conséquent à se montrer favorables envers nous. Ce n’est pas notre traité qui contribuera à resserrer les liens qui unissent les cabinets de Vienne, de Pétersbourg et de Berlin ; nous avons pu voir récemment que ces liens étaient aussi forts que possible. Il nous sera aisé de justifier près d’eux les principes et le but de la quadruple alliance, puisque l’état de la péninsule est une question plus particulièrement du ressort de la politique anglo-française. En tout je ne puis pas me persuader que l’alliance que nous venons de conclure qui resserre notre intimité avec l’Angleterre et qui place pour ainsi dire dans notre dépendance l’Espagne et le Portugal ne soit pas destinée à inspirer quelque respect aux cabinets du Nord.

Ils pourront ajouter dans leur pensée La Belgique et peut-être la Suisse au cercle de notre alliance, et dans le cas où ils ne voudraient voir dans tout ceci que la réunion des peuples agités en ce moment par l’esprit révolutionnaire, ils ne craindront sans doute que davantage de provoquer les attaques d’une masse assez formidable, par elle-même, et par les sympathies qu’elle entretient avec les autres peuples.

En considérant le traité spécialement dans ses rapports avec l’Espagne, nous pouvons nous rendre la justice de n’avoir pas compromis les intérêts de cette Puissance qui nous étaient plus particulièrement confiés. En effet le traité ne stipule que des conditions utiles et honorables pour l’Espagne, et si ces conditions ne devaient pas avoir le résultat que nous en attendons (ce qui est fort possible dans l’état actuel de l’Espagne) ce n’est pas à nous qu’on reprochera d’avoir attisé un fléau de plus sur ce malheureux pays en ajoutant la guerre étrangère à la guerre civile. Le territoire espagnol restera inviolable et cela doit être un des principes fixes de notre politique dans la péninsule.

Si nous jugions l’importance que le cabinet anglais attache à notre participation à ce traité par les difficultés qu’il a suscitées sur sa forme, nous devrions la croire assez grande, et il me semble que nous ne nous tromperions pas. Car aujourd’hui il est évident que le ministère anglais a soumis à notre contrôle toute sa politique dans la péninsule, et, quand même elle ne le serait pas dans la réalité autant qu’elle le croit, il nous suffit pour l’opinion publique qu’elle le soit en apparence.

IL y avait encore un point de vue sous lequel on ne devait pas négliger d’examiner le traité, c’était celui que je considérais comme le plus essentiel, celui enfin de son influence sur la France. J’avoue qu’il me parait à cet égard aussi irréprochable que sous les autres rapports. S’agit-il de nos intérêts matériels ? Nous ne sommes engagés à rien par le fait, car si nos alliés nous appellent à concourir à l’exécution du traité (et nous pouvons douter au moins qu’ils le fassent, l’Angleterre consentant) nous restons maîtres de nos résolutions et de refuser de prendre part à toute intervention armée dont les mauvaises chances sont incalculables. S’il ne s’agit que de l’amour propre national, peut-il jamais être blessé d’un traité dans lequel nous jouons politiquement un rôle égal à celui de l’Angleterre, sans mettre sur pied un homme de plus et sans débourser un sou.

Je le répète, Monsieur le comte, je ne vois rien dans le traité de la quadruple alliance qui ne soit justifiable et honorable auprès de nos ennemis et de nos amis ; si par ses résultats il n’a pas toute l’utilité que nous en espérons, il ne pourra du moins jamais être reproché au gouvernement du Roi et vous remarquerez que les ratifications doivent être échangées dans le terme d’un mois, ou plus tôt si faire se peut ; il ne faudra pas oublier qu’il est nécessaire d’envoyer trois ratifications dans les trois langues espagnole, anglaise et portugaise.

J’expédie aujourd’hui même une copie de la convention à M. le comte de Rayneval à Madrid et une autre à M. le baron Mortier à Lisbonne.

Agréez, Monsieur le comte, l’assurance de ma haute considération.

Ch. Mau. TALLEYRAND.

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Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
Membre fondateur
de l'Association " Les Amis de TALLEYRAND "




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