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MAE - ARCHIVES DE NANTES - AMBASSADE DE LONDRES - SERIE K - CARTON 13




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LETTRE

DU PRINCE DE TALLEYRAND

AU

COMTE DE RIGNY

MINISTRE DES AFFAIRES ETRANGERES

EN DATE DU

19 AVRIL 1834







N° 40

Londres, le 19 avril 1834

Monsieur le comte,

J’ai reçu hier la dépêche télégraphique que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire le 17 et ce matin votre dépêche N° 32, à laquelle était joint le projet modifié du traité entre les quatre Puissances.

J’avais hier avec votre dépêche télégraphique contenu à grande peine l’impatience des plénipotentiaires des trois Cours qui s’étaient persuadés que votre consentement n’était pas douteux.

Aussitôt après l’arrivée de mon courrier ce matin j’envoyai à lord Palmerston le paquet de lord Granville qui lui était adressé et je lui demandais un rendez-vous dans la matinée. Il me répondit une heure après par la lettre dont j’ai l’honneur de vous transmettre une copie (N° 1), afin que vous jugiez de la nature de l’opposition que je devais rencontrer. Je me rendis chez lui à l’heure indiquée, et quelque préparé que je fusse à le trouvé animé sur cette affaire, il l’était encore plus cependant que sa lettre ne me l’avait laissé pressentir. Une difficulté à laquelle je ne pouvais pas m’attendre augmentait mon embarras ; on écrivait de Paris que le gouvernement du Roi approuvait le traité tel que je l’avais envoyé, et qu’on pouvait compter que les objections que je ferais venaient de moi seul. C’est alors que je dus faire usage de votre dépêche N° 32 ; j’en lus une partie à lord Palmerston, et en développant les considérations qu’elle renferme, je me retranchai nettement dans la résolution de ne signer qu’aux conditions que vous m’avez imposées.

Quant à l’observation qui m’était personnelle, je fis remarquer qu’elle ne pouvait point être exacte attendu que tout ce qui dans ce traité se rapportait à la France était du ressort de l’opinion publique, je n’avais pu, placé comme je l’étais en juger les inconvénients, et que c’était le gouvernement du Roi qui seul était en état de les apprécier.

Lorsque je quittais lord Palmerston, il se rendait au Conseil, où j’ai su que la discussion avait été très vive, et où on n’avait pas facilement admis nos observations. A l’issue de ce conseil je me suis rendu successivement chez lord Palmerston et chez lord Grey ; ils étaient fort éloignés de se montrer convaincus de l’importance de nos objections, mais après une conversation de plus de deux heures j’obtins enfin que des changements notables seraient faits à la rédaction du traité. La lettre de lord Palmerston que je reçus dans la soirée et dont je vous envoie aussi une copie (N° 2) avec celle de la note qui y était jointe, vous donnera une idée du progrès que j’avais déjà fait. Il n’y avait plus qu’un seul préambule dans lequel la France et la Grande Bretagne étaient placées sur la même ligne à l’égard de l’Espagne, ce qui à mes yeux, comme aux vôtres je pense, Monsieur le comte, était le point essentiel. Mais il restait encore deux autres difficultés ; l’article qui nous concerne dans le traité était rejeté à la fin, après les articles relatifs à l’amnistie en Portugal et à la dotation de l’infant dom Carlos ; mais ce qui est plus grave, on voulait que cet article fût rédigé ainsi qu’il suit :

« S. M. le Roi des Français s’engage à fournir, pour atteindre le but qu’on se propose par le présent traité, tel secours qui sera déterminé d’un commun accord entre lui et les trois autres parties contractantes, et lorsqu’elle sera invité par elles à le faire ».

Je viens d’écrire à lord Palmerston, en lui renvoyant son projet de traité, pour lui demander le retranchement des mots : « et lorsqu’elle sera invité par elles à le faire », comme formant une répétition de la même idée, dans le même article. J’ai réclamé aussi plusieurs autres rectifications. Je ne pourrai avoir sa réponse que demain matin car il est onze heures du soir, et je me décide à retarder le départ de mon courrier afin de vous faire connaitre le résultat définitif de la négociation qui sera très probablement terminée dans la journée de demain.

Le 20 avril.

J’ai reçu ce matin de lord Palmerston le billet, dont la copie est jointe (N° 3), et je me suis empressé de lui répondre que j’insistais pour le retranchement des mots que j’avais demandé hier ou du moins pour une autre rédaction de l’article. Il vient de m’envoyer celle que vous trouverez dans la copie du traité qui accompagne cette dépêche ; je l’ai adoptée parce qu’elle m’a paru sans inconvénient, et que j’étais au terme des difficultés que décemment il m’était permis de faire. Vous pouvez, Monsieur le comte, regarder le traité comme arrêté tel que je vous l’envoie. Il faut qu’il soit soumis à l’approbation du Roi qui est à Windsor et copié dans les quatre langues, ce qui me fait craindre qu’il ne puisse être encore signé demain. Je vous l’enverrai aussitôt qu’il le sera ; mais ne l’ébruitez pas de peur qu’il ne soit connu à Madrid avant que le ministre d’Espagne ait eu le temps de l’y faire parvenir. J’aime à croire que le gouvernement du Roi en sera satisfait.

Je dois vous faire remarquer, Monsieur le comte, que je ne vous ai communiqué les trois lettres de lord Palmerston que pour vous donner une connaissance précise de la marche de la négociation. Il est très essentiel que ces trois lettres restent entièrement secrètes ; la moindre révélation indiscrète dans ce sens compromettrait nos relations avec l’Angleterre, et rendrait ma situation ici extrêmement désagréable et difficile. Je m’en rapporte à vous pour anéantir ces trois lettres quand vous les aurez lues.

Agréez, Monsieur le comte, l’assurance de ma haute considération.

Ch. Mau. TALLEYRAND.

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Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
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