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MAE - ARCHIVES DE NANTES - AMBASSADE DE LONDRES - SERIE K - CARTON 13




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LETTRE

DU PRINCE DE TALLEYRAND

AU

COMTE DE RIGNY

MINISTRE DES AFFAIRES ETRANGERES

EN DATE DU

13 AVRIL 1834







N° 36

Londres, le 13 avril 1834

Monsieur le comte,

Lord Palmerston m’avait invité à passer chez lui ce matin pour m’entretenir d’une affaire qui, m’écrivait-il, méritait tout notre intérêt. Je sors de cette entrevue qui a été assez longue et je m’empresse d’avoir l’honneur de vous en rendre compte.

Lord Palmerston m’a annoncé qu’il avait reçu il y a quelques jours une note du nouveau ministre d’Espagne, le comte de Florida-Blanca ; cette note qu’il m’a montrée contient un exposé de l’état actuel de l’Espagne et une invitation au gouvernement anglais de s’unir au gouvernement espagnol pour faire cesser l’agitation qui s’est répandu dans la péninsule par une guerre active faite en commun contre dom Miguel et dom Carlos. C’est la demande formelle d’une intervention armée de l’Angleterre en Portugal.

Lord Palmerston, après m’avoir fait lire cette pièce, a ajouté que le ministre de Portugal à Londres, M. de Sarmento, avait appuyé cette démarche du cabinet de Madrid, verbalement à la vérité, mais en insistant aussi fortement sur la nécessité de l’intervention armée de l’Angleterre.

« En présence de cette demande simultanée de l’Espagne et du Portugal, m’a dit lord Palmerston, le gouvernement de S. M. britannique a cru ne pouvoir pas tarder à prendre un parti qui lui est commandé par les circonstances et je suis chargé de répondre aux ouvertures du comte de Florida-Blanca et de M. de Sarmento, par un projet de traité à signer entre l’Angleterre, l’Espagne et le Portugal. Par ce traité, l’Espagne s’engagerait à poursuivre activement et par tous les moyens en son pouvoir l’expulsion de dom Carlos et de Dom Miguel du Portugal et de se retirer du territoire portugais aussitôt que ce but serait atteint.

Le gouvernement de Dona Maria de son côté prêterait les mains à l’entreprise de l’Espagne et consentirait à accorder une amnistie générale en Portugal et une dotation convenable à l’infant dom Miguel à l’expiration de la lutte. L’Angleterre enfin s’engagerait à envoyer des vaisseaux sur les côtes de Portugal et d’Espagne pour seconder l’armée espagnole et celle de dom Pedro, mais sous la restriction néanmoins qu’elle ne pourrait jamais être appelée à faire débarquer des troupes anglaises sur aucun point de la péninsule.

Le projet de ce traité qui est déjà rédigé, a continué lord Palmerston, renferme, en outre, un article par lequel il est entendu que les trois Puissances se concerteront pour proposer à la France d’y adhérer et c’est pour cela que je vous ai prié de passer chez moi afin de connaitre votre opinion sur cette proposition et de savoir si vous seriez disposé à donner votre adhésion au traité dont il est question. »

Je n’ai pas hésité un seul instant, Monsieur le comte, à répondre à lord Palmerston que mon gouvernement ne se refuserait point à adhérer un tel traité, si l’Angleterre consentait elle à en signer un du genre de celui que je lui avais proposé à la fin du mois de décembre dernier et du quel tous les autres ne seraient plus à l’avenir qu’une conséquence naturelle. Mais que, pour mon compte, je ne croyais l’un possible sans l’autre et que je ferais tout mon possible pour détourner le gouvernement du Roi de donner son adhésion à un acte qui le placerait relativement dans une position inférieure.

Sur cette observation lord Palmerston m’a dit que nous ne pouvions pas ignorer que la situation de l’Angleterre vis-à-vis du Portugal différait entièrement de la nôtre, qu’elle était liée par des traités particuliers avec le Portugal et que c’était ce motif qui expliquerait la part différente que nous prendrions dans cette transaction.

Mais je lui ai fait remarquer à mon tour qu’il en était de même dans nos rapports avec l’Espagne, que nous avions des intérêts communs de voisinage de frontières, de famille avec ce pays et que nous les compromettrions évidemment en jouant un rôle qui sous aucun point de vue ne pourrait convenir ni à notre dignité ni à notre influence en Europe.

J’ai alors fait valoir de nouveau près de lord Palmerston toutes les considérations puissantes qui devraient déterminer le gouvernement anglais à signer avec la France un traité général d’alliance défensive dont il serait si facile de faire découdre un arrangement complet et définitif pour la pacification de la péninsule. Il a voulu vainement se retrancher dans le danger que courrait l’Angleterre en se liant par un engagement avec notre cabinet dont l’existence n’était pas, disait-il, encore assuré et qui pourrait peut-être ne pas se maintenir après les prochaines élections. Je lui ai répondu que le danger était le même pour nous qui pourrions plus tard avoir affaire à une autre administration anglaise mais que d’ailleurs le gouvernement français, tel qu’il était constitué aujourd’hui, ne pouvait changer de politique envers l’Angleterre et que s’il subissait une modification dans sa forme, le gouvernement anglais se trouverait libéré par ce fait même d’engagements qu’il aurait contractés sous l’empire d’autres circonstances. C’est ainsi que j’ai combattu cette dernière objection qui me parait aussi futile en apparence qu’en réalité.

Ne voulant pas cependant repousser complètement les ouvertures de lord Palmerston et laisser arriver à Madrid que c’était nous qui nous opposions à un arrangement à l’aide du quel on pouvait espérer obtenir la pacification de la péninsule, j’ai fini par lui proposer un terme moyen entre les quatre Puissances, la France, la Grande Bretagne, l’Espagne et le Portugal. Je lui ai fait sentir qu’il serait possible de rédiger cet acte de façon à ce que chacune des Puissances conservât la part d’action qui lui appartient.

C’est sur ces termes que notre conversation a fini. Il allait se rendre à un conseil de cabinet et m’a promis d’y faire un exposé exact de ce qui s’était dit entre nous ; il ne m’a pas dissimulé toutefois qu’il avait personnellement beaucoup d’objections à faire un traité d’alliance défensive comme je l’avais conçu. Je lui ai répondu que je le regrettais d’autant plus vivement que je craignais que chaque jour ne vînt confirmer la nécessité dont ce traité aurait été pour la paix de l’Europe.

Cette dépêche vous sera remise, Monsieur le comte, par mon neveu le comte Louis de Noailles, attaché à l’ambassade du Roi en Angleterre, et que j’ai autorisé à se rendre à Paris pour y assister au mariage de son frère.

Agréez, Monsieur le comte, l’assurance de ma haute considération.

Ch. Mau. TALLEYRAND.

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" Quaero, Colligo, Studeo "









Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
Membre fondateur
de l'Association " Les Amis de TALLEYRAND "




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