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MAE - ARCHIVES DE NANTES - AMBASSADE DE LONDRES - SERIE K - CARTON 13




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LETTRE

DU PRINCE DE TALLEYRAND

AU

DUC DE BROGLIE

MINISTRE DES AFFAIRES ETRANGERES

EN DATE DU

23 FEVRIER 1834







N° 18

Londres, le 23 février 1834

Monsieur le duc,

J’ai reçu la dépêche que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire sous le N° 15.

J’ai été immédiatement chez lord Palmerston et j’ai cru devoir confidentiellement lui lire la lettre que vous avez écrite à M. Bresson. C’était un jour de cabinet ; il en a parlé à ses collègues réunis de ce qui venait de se passer à Bettembourg. Le cabinet tout entier a exprimé son vif mécontentement de la conduite du général Dumoulin ; je les ai tous trouvés sous cette impression chez M. Stanley chez qui j’ai dîné après le conseil.

Lord Palmerston pense que dans un tel état de choses quelque disposé qu’on puisse être à la conciliation, la patience et la longanimité poussées plus loin, deviendraient une faiblesse inexcusable. Il adopte complètement la ligne de conduite que vous prescrivez à M. Bresson et la dépêche qu’il écrit aujourd’hui même à M. Minto sera conforme à celle que vous avez adressée à notre ministre à Berlin. Il se servira même de plusieurs expressions qui s’y trouvent afin que cette conformité soit plus sensible. Comme son opinion est aussi que le gouvernement prussien peut ne pas être étranger à la conduite du général Dumoulin, lord Minto sera chargé de faire sentir à M. Ancillon qu’il est nécessaire que le cabinet de Berlin agisse, dans cette circonstance, de manière à écarter de lui tout espèce de soupçon.

M. Cartwright, ministre d’Angleterre à Francfort, recevra aussi des instructions qui seront d’accord avec celles que vous aurez pu adresser à M. Alleye de Cyprey. Il lui est prescrit de s’entendre avec notre ministre. Le ministère britannique, je le répète ici, Monsieur le duc, a jugé la circonstance grave ; les représentations seront promptes graves et par leur simultanéité et leur conformité avec celles de la France, elles auront nécessairement de l’autorité (momentanée peut-être) sur le cabinet de Berlin et la Diète germanique.

Du reste, Monsieur le duc, il est à croire que déjà on aura donné satisfaction au gouvernement belge. Le prétexte de l’enlèvement de M. Hanns était qu’il avait outrepassé ses droits en affichant, au nom de son gouvernement, des ordres de recrutement pour la milice du district de Bettembourg. Le gouvernement belge ayant généreusement cru devoir révoquer ces ordres, et le général Dumoulin s’étant engagé à relâcher M. Hanns à cette condition, le prétexte n’existe même plus. On croit généralement ici que M. Hanns est aujourd’hui en liberté ; ce serait un premier acte de justice qui conduirait aux réparations qu’on pourrait croire convenable d’exiger. Il est désirable que cette affaire finisse, car le mouvement national des Belges est si naturel qu’il serait probablement difficile à arrêter.

Je vous remercie, Monsieur le duc, de m’avoir donné communication de la dépêche de M. le maréchal Maison par laquelle il vous rend compte de la nouvelle convention conclue le 29 janvier à Saint-Pétersbourg entre la Porte ottomane et la Russie. Cette convention adoucit certainement, à certains égards, les conditions qui avaient été imposées à la Turquie par le traité d’Andrinople ; mais il est difficile aussi de ne pas reconnaitre que les renonciations de la Russie ne sont pas aussi étendues qu’elles en ont l’apparence. La Turquie est pour elle un créancier insolvable, si elle lui fait une remise de fonds, le sacrifice n’est pas grand. L’évacuation des principautés est incomplète, l’occupation de Silistrie et la route militaire conservée à travers les provinces qui doivent être évacuées sont des garanties qui sont presque équivalentes à celles dont la Russie a fait l’abandon par le traité du 29 janvier. Il n’y a pas dans tout ceci beaucoup de générosité ou d’abnégation. Ce qui est surtout à regretter c’est que le plénipotentiaire ottoman n’ait pas stipulé dans la convention le nombre des troupes qui devront former la garnison de Vilistrie. C’est là un point important que la Porte ottomane et l’Autriche n’aurait pas dû négliger de faire régler selon leur intérêt commun. Vous savez, Monsieur le duc, ce que c’est qu’une occupation de huit ans. L’Autriche parait avoir oublié qu’il y a deux mois elle disait qu’elle ne permettrait jamais que la Russie s’empârat d’un village turc ; elle aurait bien de la peine à trouver dans les archives qu’une occupation de huit années ne soit pas devenue une propriété. Il serait, dans mon opinion, utile et grand pour la politique française et anglaise réunies pour faire faire à la Porte ottomane un emprunt qui la libérât immédiatement et fit rentrer les principautés et la Porte ottomane elle-même dans tous leurs droits de souveraineté. Jamais le crédit de notre pays et de l’Angleterre n’aurait été plus noblement et plus politiquement employé.

Agréez, Monsieur le duc, l’assurance de ma haute considération.

Ch. Mau. TALLEYRAND.

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Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
Membre fondateur
de l'Association " Les Amis de TALLEYRAND "




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