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MAE - ARCHIVES DE NANTES - AMBASSADE DE LONDRES - SERIE K - CARTON 13




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LETTRE

DU PRINCE DE TALLEYRAND

AU

DUC DE BROGLIE

MINISTRE DES AFFAIRES ETRANGERES

EN DATE DU

10 JANVIER 1834







N° 2

Londres, le 10 janvier 1834

Monsieur le duc,

J’ai reçu la dépêche que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire sous le N° 2. Je l’ai lue avec un grand intérêt, ainsi que la copie de celle de M. de Saint-Aulaire, que vous avez bien vous y joindre. Cette dernière renferme des détails curieux et de précieuses indications. J’ai fait usage avec discrétion de quelques-unes d’entre elles dans les entretiens que j’ai eus depuis hier avec lord Palmerston et lord Grey. En insistant près de ces deux ministres pour connaitre d’une manière plus précise encore l’état des relations de ce gouvernement avec celui d’Autriche sur les affaires d’Orient, j’ai provoqué des explications qui me paraissent satisfaisantes.

Il résulte pour moi de ces explications, la conviction entière que depuis trois mois il y a eu beaucoup de pourparlers, de tentatives de rapprochement entre les cabinets de Londres et celui de Vienne, et que la question d’Orient en a fait le principal objet, mais que jusqu’à la conversation entre lord Grey et le prince Esterhazy, dont j’ai eu l’honneur de vous rendre compte par ma dernière dépêche, on n’a pas cherché à donner une forme aux vues qui sont partagées par les deux gouvernements.

En indiquant assez légèrement à lord Palmerston que j’avais connaissance des relations plus intimes qui avaient eu lieu récemment entre sir Frédéric Lamb et le prince de Metternich, je l’ai amené à me communiquer les dernières dépêches de cet ambassadeur, et il a, après note conversation, et devant moi, donné l’ordre que des copies de ces dépêches fussent envoyées à lord Granville qui vous les montrera. Vous y trouverez des récits analogues à ceux de M. de Saint-Aulaire.

Cette démonstration pleine de franchise a été accompagnée de l’assurance réitérée que tout dans cette affaire se ferait complètement de concert avec la France. J’ai reçu à cet égard et séparément la parole de lord Grey, aussi bien que celle de lord Palmerston. Il me parait assez probable que la pièce mentionnée par M. de Saint-Aulaire, comme ayant été portée par sir Frédéric Lamb à l’empereur d’Autriche, doit être la copie des instructions envoyées à lord Ponsomby. On a voulu par-là convaincre l’empereur que les vues de l’Angleterre sur l’Orient se rapprochaient de celles de l’Autriche.

Du reste je serai assez porté à croire que les premières démarches dans cette affaire ont pu venir de Londres, et ce qui me le ferait supposer, ce sont les plaintes qui m’ont été exprimées contre M. de Metternich, et contre la froideur qu’il a longtemps témoignée sur la question d’Orient, dont il paraissait vouloir abandonner toute la direction à la Russie. Il ne serait pas impossible non plus que lord Palmerston, à qui les cabinets reprochent d’avoir eu dans quelques occasions un langage un peu hautain, eût jugé convenable de se rapprocher du cabinet de Vienne qui n’avait pas été un des moins irrités contre le ton de ses communications. Je crois d’autre part que le ministère anglais reconnait la justesse des reproches qui lui sont adressés aujourd’hui sur sa conduite de l’année dernière dans les affaires de Turquie. Il sent que s’il avait adopté le plan que nous lui avions proposé avant l’arrivée des Russes à Constantinople, il aurait empêché beaucoup de mal. Ce plan, comme vous le savez, Monsieur le duc, faisait entrer l’Autriche dans nos efforts communs pour arrêter les malheurs qui menaçaient alors le Sultan. Vous en trouverez les traces dans mes dépêches des 8, 28 et 31 janvier 1833.

J’aime à croire que maintenant le gouvernement anglais, animé par le sentiment de cette faute politique, suivra avec plus de zèle et de persévérance la ligne qu’il a adoptée en Orient.

Les ouvertures faites par lord Grey en réponse aux communications du prince Esterhazy devront nécessairement amener M. de Metternich à s’expliquer nettement sur ses propres intentions. Il appréciera sans doute la valeur de la démarche de l’Angleterre, qui a été dictée par une parfaite convenance. Car lord Grey a dit franchement à l’ambassadeur d’Autriche que l’Angleterre désirait faire passer par le cabinet de Vienne la demande des garanties qu’elle réclame de la Russie, parce que cette voie indirecte ôtait à cette demande toute apparence offensante pour l’amour propre russe.

Il me parait, Monsieur le duc, que nous aurions à nous féliciter si à Pétersbourg on se déterminait à céder sur quelques-uns des points mis en avant par lord Grey, tels que le licenciement de l’armée de Valachie et de Moldavie. Et la dislocation de celle de Crimée. Le gouvernement du Roi trouverait devant les Chambres, aussi bien que le gouvernement anglais devant le Parlement, des moyens de défense dans ces faits, s’il était attaqué ; et d’ailleurs ils nous offriraient un temps de repos pour mieux concerter les mesures que l’état incertain de l’Orient rendra inévitablement nécessaires dans un temps donné.

Dès aujourd’hui je pense que nous ne devons négliger aucune occasion de convaincre la Cour d’Autriche de notre intention d’agir avec elle et la Grande Bretagne dans cette affaire, et ne pas laisser supposer que nous croyons qu’il y a eu quelques propositions de faites à notre insu. La dépêche de M. de Saint-Aulaire présente M. de Metternich comme disposé à entrer dans un concert commun des quatre Cours. Peut-être que plus tard le refus de la Russie, s’il a lieu, de céder sur les garanties qui lui sont demandées en ce moment, amènerait le chancelier d’état à consentir une triple alliance. Nous sommes dans une très bonne voie qui ne peut que s’améliorer.

J’ai fait part à lord Palmerston des réflexions que contenait votre avant dernière dépêche sur l’affaire du Luxembourg ; elles sont entièrement d’accord avec son opinion, et nous sommes bien convenus ensemble que les deux gouvernements n’avaient rien de mieux à faire que de montrer la plus parfaite indifférence à cet égard, en annonçant même l’intention de ne reprendre la négociation du traité définitif avec le roi des Pays-Bas, que quand ce souverain serait décidé à le conclure en quelques jours.

Agréez, Monsieur le duc, l’assurance de ma haute considération.

Ch. Mau. TALLEYRAND.

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Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
Membre fondateur
de l'Association " Les Amis de TALLEYRAND "




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