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MAE - ARCHIVES DE NANTES - AMBASSADE DE LONDRES - SERIE K - CARTON 13




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LETTRE

DU PRINCE DE TALLEYRAND

AU

DUC DE BROGLIE

MINISTRE DES AFFAIRES ETRANGERES

EN DATE DU

7 JANVIER 1834







N° 1

Londres, le 7 janvier 1834

Monsieur le duc,

Je suis revenu hier de Brighton où j’avais été faire ma cour au Roi, et à mon arrivée ici j’ai trouvé la dépêche que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire le 2 de ce mois sous le N° 1.

Lord Palmerston n’est à Londres que depuis ce matin, et je n’ai pu le voir encore, mais je sors de chez lord Grey, avec lequel j’ai eu un assez long entretien sur la question d’Orient, et particulièrement sur les rapports de l’Autriche et de l’Angleterre à l’égard de cette question. Ce dernier point est celui que vous aviez bien voulu m’indiquer spécialement par la dépêche du 2 de ce mois.

Lord Grey m’a dit qu’effectivement le prince Esterhazy était venu plusieurs fois dans ces derniers temps et notamment il y a dix jours pour l’entretenir, au nom de sa Cour, de l’importante affaire qui occupe si vivement tous les cabinets de l’Europe en ce moment, et lui avait tenu à ce sujet un langage très satisfaisant en l’assurant que M. de Metternich n’avait pas d’autre but que celui de l’Angleterre, c’est-à-dire le maintien de l’empire ottoman.

Le prince Esterhazy ayant ajouté qu’il était à craindre que dans cette occasion le cabinet anglais ne se montrât trop soupçonneux envers la Russie, lord Grey lui aurait répondu qu’il était peut-être aussi à craindre que l’Autriche de son côté ne se montrât trop confiante ; que d’ailleurs le gouvernement anglais pourrait être incessamment questionné devant le Parlement sur les affaires d’Orient, et que l’opinion publique s’était prononcée d’une manière tellement violente en Angleterre contre les projets ambitieux de la Russie, que lui, lord Grey, aurait besoin de témoignages bien évidents de cette Puissance, pour calmer une irritation dont il reconnaissait que la cause n’était pas sans fondement.

Sur cette réponse le prince Esterhazy ayant demandé quels seraient les témoignages qui pourraient donner de la valeur aux assurances répétées du cabinet de Pétersbourg, lord Grey, sans vouloir les déterminer tous spécialement aurait indiqué, m’a-t-il dit, l’évacuation immédiate et complète de la Moldavie et de la Valachie, et l’abandon de la part de la Russie de ce qui lui reste du par la Turquie par suite du traité d’Andrinople.

Le prince Esterhazy a promis de faire connaitre à M. de Metternich les détails de cette conversation, et a même ajouté qu’il espérait que son gouvernement entrerait dans des idées qui lui paraissaient si raisonnables. Le courrier du prince Esterhazy, qui portait ces informations à Vienne, est parti il y a plusieurs jours.

On a reçu depuis des dépêches de sir Frédéric Lamb, qui, d’après ce qu’il m’a été dit, sont entièrement conformes au langage tenu par cet ambassadeur à M. le comte de Saint-Aulaire, et dans ces dépêches il annoncerait que, dans une conversation qu’il avait eue avec M. de Metternich, celui-ci, tout en lui répétant les assurances de modération tant de fois renouvelées par la Russie, lui aurait cependant que l’Autiche était irrévocablement décidée à ne pas consentir la cession d’un simple village qui pourrait être faite par la Turquie à la Russie. Cette déclaration me parait, Monsieur le duc, avoir beaucoup de valeur dans la bouche de M. de Metternich, si surtout, comme l’aurait écrit sir Frédéric Lamb, elle a été faite du ton le plus positif.

Je dois ajouter que dans tour ceci il n’y a pas eu la moindre pensée de séparer la France de l’Angleterre., et que s’il a été fait moins souvent mention du gouvernement du Roi, c’est parce que le cabinet de Vienne a paru assuré de son concours dans tout ce qui tendrait au maintien d’une paix honorable, et qu’enfin c’était à Londres que dans ces derniers temps l’irritation sur les affaires d’Orient s’était montrée d’une manière plus marquée. Mais, je le répète, on n’a pas exprimé une seule fois la pensée de nous séparer de l’Angleterre.

Lord Grey m’a fait part aussi des dépêches qu’il a reçues il y a quelques jours de M. Bligh, ministre d’Angleterre à Pétersbourg. Il parait que ce ministre a été fort recherché dans ces derniers temps par l’empereur, M. de Nesselrode et les principaux personnages influents ; qu’on l’a prié d’exprimer à Londres les assurances du désintéressement absolu de l’empereur dans la question d’Orient. On a répété à cette occasion les déclarations précédemment faites au sujet du traité du 8 juillet, qui n’avait jamais été sollicité par la Turquie, et que toutes les pensées de l’empereur avaient pour but le maintien de l’existence de l’empire ottoman.

M. le prince de Lieven, que j’ai vu fréquemment pendant mon séjour à Brighton m’a tenu absolument le même langage, et j’ai pu remarquer que la Cour de Russie attachait beaucoup d’intérêt en ce moment à rassurer la France et la Grande Bretagne sur les projets d’envahissement qu’on lui attribue.

IL me semble qu’on peut conclure de tous ces faits, Monsieur le duc, que sans partager la confiance aveugle de M. de Metternich dans la Russie, il serait convenable de ne pas repousser les avances que cette Puissance essaie de faire.

Du reste, M ; de Lieven ne m’a pas caché qu’il redoutait beaucoup l’effet que produiraient à Pétersbourg les articles récemment publiés dans les journaux anglais et français contre la Russie. Il m’a dit à ce sujet : « L’empereur est jeune et peu accoutumé à supporter des injures de ce genre. Il se sera peut-être trouvé à Moscou quand ces journaux lui seront parvenus, et comme c’est dans cette ville qu’existe le foyer le plus puissant du parti qui pousse à la guerre, il est à craindre que les injures de ces journaux n’aient créé de grandes difficultés au parti raisonnable à la tête duquel se trouve le comte de Nesselrode, qui s’efforce toujours de ramener à la modération. »

Je n’ai pu que regretter, avec M. de Lieven, qu’en Russie on comprit si mal les effets de la liberté de la presse, sur lesquels on devrait, si on était juste, voir que les gouvernements constitutionnels ont bien peu d’influence.

Je partage entièrement votre opinion, Monsieur le duc, sur la convenance qu’il y a pour la France et l’Angleterre de ne laisser apercevoir que de l’indifférence au sujet de l’affaire de Luxembourg. Je m’exprimerai dans ce sens avec lord Palmerston lors de notre première entrevue.

Agréez, Monsieur le duc, l’assurance de ma haute considération.

Ch. Mau. TALLEYRAND.

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Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
Membre fondateur
de l'Association " Les Amis de TALLEYRAND "




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