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MAE - ARCHIVES DE NANTES - AMBASSADE DE LONDRES - SERIE K - CARTON 13




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LETTRE

DU PRINCE DE TALLEYRAND

AU

DUC DE BROGLIE

MINISTRE DES AFFAIRES ETRANGERES

EN DATE DU

26 AOUT 1833







S. N.

Confidentielle et secrète

Londres, le 26 août 1833

Monsieur le duc,

J’ai reçu les dépêches que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire sous les N° 92 et 93, ainsi que la copie de votre dépêche du 23 de ce mois à M. le comte de Rayneval et le paquet destiné à M. de Lurde. J’expédierai après-demain le courrier Teisset pour Falmouth, d’où le paquebot d’Oporto et de Lisbonne part ordinairement le vendredi de chaque semaine.

Les instructions que vous adressez à M. de Lurde me paraissent rédigées dans un excellent esprit, qui s’applique à des prévisions sagement méditées aussi bien qu’aux faits qui nous sont déjà connus.

Je dois féliciter de plus en plus le gouvernement du Roi du système politique qu’il a adopté avec l’Espagne et dont votre dépêche à M. de Rayneval me fournit une nouvelle preuve. Je suis porté à croire avec vous, Monsieur le duc, que les ouvertures de M. de Zéa à notre ambassadeur à Madrid ont été faites avec l’intention d’y donner suite et d’assurer de commun accord avec la France et l’Angleterre le repos de la péninsule. Que ce langage nouveau de la part du cabinet de Madrid lui ait été dicté par les craintes que lui causent les derniers événements de Lisbonne ou par tout autre sentiment, je pense qu’il ne faut pas s’en laisser trop préoccuper. Aussi n’ai-je négligé aucun argument pour faire prévaloir dans l’opinion des ministres anglais la nécessité de nous entendre avec l’Espagne pour régler d’une manière avantageuse à tous l’avenir du Portugal.

J’ai eu l’honneur de vous faire connaitre le mauvais effet qu’avaient produit ici les derniers rapports de M. Addington, mais je ne crois pas cependant que ce soit à ces rapports seuls qu’il faille attribuer les dispositions peu favorables du cabinet anglais envers le gouvernement espagnol, car on va jusqu’à supposer qu’il est surtout dominé par un esprit d’animosité contre M. de Zéa, qui pourrait amener de bien fâcheuses complications. La nomination récemment faite de M. Georges Villers parait ici un peu empreinte de cet esprit, et quoiqu’on y rende justice au caractère honorable de ce nouvel envoyé, on s’effraie de ses opinions beaucoup plus prononcées que celles de M. Addington, dans un sens qui ne peut s’accorder avec la politique du cabinet de Madrid. La nomination de M. de Villers est d’autant plus inopportune que M. de Zéa exprimait, il y a peu de temps encore, le désir de conserver M. Addington à Madrid.

Je dois citer aussi, comme un fait à l’appui des reproches qu’on adresse au gouvernement anglais, la publication des lettres interceptées à Lisbonne, publication que je n’ai pas moins déploré que vous, Monsieur le duc, et dont le ministère anglais aura bien du mal à se justifier. On eût pu tirer un utile parti de ces lettres soit auprès des membres du parlement anglais, soit auprès des gouvernements étrangers qui y sont plus ou moins compromis, et auxquels la crainte de révélations indiscrètes, aurait certainement inspiré plus de retenue et de ménagement. Ce qui doit aussi, ce me semble, faire regretter aujourd’hui cette imprudente publication, c’est que le gouvernement anglais n’ait pas su profiter du seul avantage qu’elle pouvait lui procurer, en se prononçant énergiquement dans les affaires de Portugal. Il aurait pu se regarder comme autorisé d’après ces lettres à intervenir à Lisbonne pour en expulser dom Pedro et faciliter le rapprochement du gouvernement de Dona Maria avec celui d’Espagne. Il lui aurait été aisé de dissimuler cette intervention dans les affaires intérieures du pays sous une forme quelconque, et d’ailleurs, dans ces sortes d’affaires, le succès justifie tout. Il satisfaisait par là à tous les cabinets ; il imposait silence au parti Tory dans le Parlement ; et la tranquillité rétablie en Portugal, même avec la suspension de la constitution de 1826, jusqu’à la majorité de Dona Maria par exemple, lui offrait de puissants moyen de défense contre la fraction du Parlement qui soutient les opinions les plus exagérées.

Ainsi que vous m’y aviez autorisé je viens de communiquer à lord Palmerston les instructions que vous adressez à M. de Lurde. Il s’est montré très sensible à cette marque de confiance et m’a chargé de vous dire qu’il approuvait ces instructions dans toute leur étendue, et qu’il allait écrire à lord William Russell pour l’engager à se concerter en général dans ses démarches avec M. de Lurde.

Agréez, Monsieur le duc, l’assurance de ma haute considération.

Ch. Mau. TALLEYRAND.

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Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
Membre fondateur
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