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MAE - ARCHIVES DE NANTES - AMBASSADE DE LONDRES - SERIE K - CARTON 13




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2è LETTRE

DU PRINCE DE TALLEYRAND

AU

DUC DE BROGLIE

MINISTRE DES AFFAIRES ETRANGERES

EN DATE DU

2 AOUT 1833







N° 150

Londres, le 2 août 1833

Monsieur le duc,

Vous êtes déjà informé de la nouvelle qui est parvenue aujourd’hui à Londres, et dont j’ai connaissance à l’instant. On vient d’apprendre que le traité entre la Russie et la Porte ottomane avait été signé à Constantinople, et quoiqu’on annonce qu’il est purement défensif (ce que même nous ne pourrions pas admettre) l’expérience prouve qu’en pareil circonstance un traité défensif est bien près, si cela convient, de devenir offensif.

Un tel évènement réclame toute l’attention du gouvernement du Roi, et c’est parce que je sens l’importance d’une action vive et prompte que je ne balance pas à vous communiquer quelques réflexions qui me sont suggérées par la situation.

Il me semble que la France doit agir de concert avec l’Angleterre, et vous jugerez sans doute convenable de faire connaitre vos vues à cet égard à lord Granville. De mon côté je ferai usage de toutes les directions que vous voudrez bien me donner.

D’après ce qu’on écrit de Constantinople les ratifications du traité ne doivent être échangées que dans deux mois ; c’est un temps précieux dont il faut tirer parti.

Dans l’état actuel des choses la France et l’Angleterre ont à choisir entre Pétersbourg, la Bohème, où se trouve M. de Metternich, et Constantinople, pour y employer toute leur influence afin d’empêcher la ratification du traité récemment conclu.

A Pétersbourg il est très probable qu’on ne s’est décidé, qu’après de mûres réflexions et en conséquence d’une politique persévérante, à entrainer la Porte dans cette alliance ; il y a donc tout lieu de craindre que les démarches des deux Cours resteraient sans effet près d’un cabinet arrêté dans ses résolutions, et qui d’ailleurs ne montre pas habituellement des dispositions très bienveillantes pour la France et pour l’Angleterre.

Quand à M. de Metternich, par le langage qu’il a tenu à M. de Saint-Aulaire et à sir Frédéric Lamb, on doit le croire, ou trompé, ou voulant nous tromper ; dans le premier cas on perdrait beaucoup de temps à le désabuser, et dans le second il ne chercherait qu’à augmenter notre embarras par les moyens tortueux de la politique qu’il a adoptée. Sans compter beaucoup sur l’efficacité des tentatives qui pourraient être faites près de lui, je crois cependant qu’elles ne devraient pas être totalement négligées.

Mais c’est à Constantinople qu’il faut par-dessus tout porter tous nos moyens d’action ; c’est là qu’il faut que les ambassadeurs de France et d’Angleterre représentent au Sultan le danger dans lequel il se précipite, qu’ils l’implorent, qu’ils le menacent au besoin, et surtout qu’ils recherchent l’appui du parti considérable qui dans le Divan et parmi les ministres a repoussé l’alliance russe. Il n’est pas possible de croire qu’au moment où les troupes russes viennent de quitter Constantinople, et où le Sultan a par conséquent recouvré une sorte d’indépendance, la voix unie de la France et de l’Angleterre ne se fasse pas entendre avec succès, notre seul but doit être d’empêcher la ratification du traité et dans mon opinion le moyen d’y parvenir est une déclaration prompte et énergique des deux Puissances, en état d’assurer à la Porte qui peut lui être devenu nécessaire par la faute à laquelle elle s’est laissée entrainer. Il me parait que les représentants d’Angleterre et de France ont prudemment agi en ne faisant aucune démarche avant le départ du comte Orloff et des troupes russes.

Agréez, Monsieur le duc, l’assurance de ma haute considération.

Ch. Mau. TALLEYRAND.

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Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
Membre fondateur
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