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MAE - ARCHIVES DE NANTES - AMBASSADE DE LONDRES - SERIE K - CARTON 13




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LETTRE

DU PRINCE DE TALLEYRAND

AU

DUC DE BROGLIE

MINISTRE DES AFFAIRES ETRANGERES

EN DATE DU

25 AVRIL 1833







N° 99

Londres, le 25 avril 1833

Monsieur le duc,

J’ai eu l’honneur de recevoir la dépêche que vous avez bien voulu m’écrire le 22 de ce mois. J’ai lu avec un vif intérêt la lettre de M. Bresson, du 14 avril, dont elle était accompagnée, et j’avoue que je fonde beaucoup d’espoir sur les résultats de la présence du comte Matuszewic à Berlin. Il ne conviendrait pas, je crois, en ce moment au succès de l’affaire hollando-belge de témoigner de la défiance sur les démarches du cabinet russe, et il faut au contraire en tirer tous les avantages qu’elles peuvent nous offrir. Ma vieille expérience m’a appris qu’il est des circonstances où la confiance même un peu hasardée devient de l’habileté. Cette opinion prend plus de force et de valeur encore, lorsque l’on trouve un gage de sécurité dans les intérêts bien fondés et bien distincts de ceux à qui on se confie.

C’est également sur ce principe que j’établis la nécessité pour la France, pour l’Angleterre et surtout pour l’Autriche de réclamer le concours de la Russie dans les affaires d’Orient, parce que je suis persuadé qu’il entre dans les véritables intérêts de la Russie de rassurer l’Europe, pour le présent sur les projets ambitieux qu’on lui suppose. Le langage conciliant et rempli d’abnégation que M. de Lieven n’a pas cessé de tenir ici, n’a pu que me confirmer dans cette opinion.

Les dernières nouvelles de Constantinople parvenues à Londres y ont causé des alarmes peut-être exagérées, et qui tiennent surtout, je pense, à ce qu’on n’était pas préparé à la marche si rapide des événements. Il y a eu évidemment imprévoyance de la part des gouvernements, et c’est à une prompte réparation de cette imprévoyance qu’il faut pourvoir aujourd’hui.

Le ministère anglais, qui jusqu’à présent s’était assez légèrement occupé de cette grave question, commence enfin à l’apprécier à sa juste valeur. Lord Grey et lord Palmerston m’ont parlé tous les deux avec inquiétude de l’état de l’Orient, avant même l’arrivée de lord Granville. Je ne doute pas que la présence de cet ambassadeur à Londres ne contribue à éveiller davantage encore l’attention du cabinet britannique sur ce point.

J’ai beaucoup réfléchi, Monsieur le duc, sur ce qu’il y aurait de plus utile à faire pour le Levant, et il est très difficile de former des combinaisons sur des événements aussi compliqués et aussi incertains que ceux qui se passent en Asie, il est possible du moins de se tenir en mesure d’atténuer leurs conséquences fâcheuses en prévenant pour un avenir rapproché de dangereuses collisions, ou bien de sanctionner les résultats de ces événements, s’ils offrent vraiment quelque garantie aux gouvernements européens.

Les dernières circonstances ayant rendu à chacun son indépendance, mes réflexions m’ont affermi dans l’idée que pour finir aujourd’hui les affaires d’Orient et d’une manière quelque peu rassurante pour l’Europe, le concours des quatre Puissances est absolument nécessaire. Ce concours devrait être exprimé par une transaction quelconque qui contiendrait l’engagement formel de la part des Puissances contractantes de ne recevoir aucune augmentation territoriale des débris de l’empire ottoman. Cet engagement n’aurait rien d’inusité ; il a même récemment encore été appliqué à la question grecque lorsque les trois Puissances signataires du traité du 6 juillet 1827, ont promis de ne faire porter le choix du prince souverain de la Grèce sur aucun des membres des familles régnantes en France, en Russie et en Angleterre.

Nous n’éprouverions aucun embarras à l’égard d’Alger par un pareil engagement ; le principe de notre expédition ayant reçu dans le temps l’approbation pleine et entière de la Russie et de l’Autriche. Il suffirait d’ailleurs pour nous mettre parfaitement à couvert de choisir une époque qui ne pourrait pas laisser le moindre doute sur notre droit d’une occupation permanente du territoire d’Alger.

J’ai communiqué à lord Palmerston l’avis que je viens d’avoir l’honneur de vous exposer. Il sera soumis ce soir à un conseil de cabinet et j’espère être demain en état de vous faire connaitre une résolution définitive.

Agréez, Monsieur le duc, l’assurance de ma haute considération.

Ch. Mau. TALLEYRAND.

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Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
Membre fondateur
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