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MAE - ARCHIVES DE NANTES - AMBASSADE DE LONDRES - SERIE K - CARTON 13




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LETTRE

DU PRINCE DE TALLEYRAND

AU

DUC DE BROGLIE

MINISTRE DES AFFAIRES ETRANGERES

EN DATE DU

22 FEVRIER 1833







N° 67

Londres, le 22 février 1833

Monsieur le duc,

J’ai l’honneur de vous transmettre, par le portefeuille d’aujourd’hui, plusieurs dépêches qui me sont parvenues de La Haye ; elles sont d’une date déjà assez ancienne, mais les vents contraires ont retardé dans ces derniers jours tous les arrivages du continent.

Nous n’avons encore reçu aucune réponse de La Haye à notre note remise le 14 février à M. le baron de Zuylen ; nous en attendons une à chaque instant.

Il parait que la nouvelle dont il a été question dans les Chambres et dans les journaux belges n’était point exact. Le gouvernement des Pays-Bas n’a pas établi jusqu’à présent de nouvelles restrictions à la navigation de l’Escaut. J’ai eu l’honneur de vous mander, par ma dépêche N° 66, que rien d’officiel n’avait été encore publié à ce sujet, et les journaux hollandais, jusqu’à la date du 20, qui sont arrivés à Londres, nient l’existence de l’arrêté du 31 janvier, par lequel le roi des Pays-Bas aurait remis en vigueur un tarif de 1814, sur les droits à payer par les bâtiments naviguant dans l’Escaut.

J’ai du remarquer, Monsieur le duc, que les chargés d’affaires de France et d’Angleterre à La Haye annonçaient, dans leurs dernières dépêches, que l’esprit public avait fort changé en Hollande depuis quelque temps et qu’on devait s’attendre à ce que ce changement agirait nécessairement sur les déterminations du gouvernement. Ils assurent que l’embargo, dont les effets se font sentir chaque jour d’une manière plus pénible pour le commerce (1), pourrait, dans un temps donné, obliger le roi Guillaume à négocier franchement avec les Cours de France et d’Angleterre. Les deux chargés d’affaires indiquent aussi plusieurs moyens de hâter cet événement et vous aurez pu observer, Monsieur le duc, que parmi ces moyens on croit que le plus puissant serait celui de publications faites par la voie des journaux hollandais. MM. d’Eyragues et Terningham pensent qu’on soulèverait bientôt par-là l’opinion publique contre le roi et qu’on trouverait un appui à cet égard près de quelques membres de l’opposition dans les Etats-généraux.

J’ai beaucoup réfléchi sur cette question, et si je place quelque confiance dans les effets de l’embargo et des autres mesures de coercition que les deux Cours seront peut-être dans le cas d’adopter, je craindrais d’autre part une action directe sur l’opinion publique du genre de celle dont parlent MM. d’Eyragues et Terningham. Car si, comme des informations assez sûres le démontrent, le renversement de la royauté en Hollande, et la substitution du Stathoudérat, qu’on trouverait plus économique pouvaient être la conséquence du mécontentement trop prolongé de la nation hollandaise, on devrait redouter extrêmement un pareil résultat. Dans l’état actuel de l’Europe, un tel événement serait effrayant, moins pour la Hollande, peut-être, que pour les pays voisins dont les gouvernements en seraient certainement ébranlés. A part même cette considération, qui, à mes yeux est d’un très grand poids, on doit être convaincu que la politique générale de l’Europe subirait une modification immédiate par l’établissement du Stathoudérat en Hollande. Les Cours de Berlin et de Saint-Pétersbourg, pour lesquelles les liens de famille ont encore aujourd’hui toute l’importance qu’ils ont dans des pays gouvernés despotiquement, ne consentiraient que bien difficilement à reconnaitre un état de choses qui aurait amené la chute de la Maison de Nassau. Je ne crois pas avoir besoin d’insister davantage sur ces considérations, Monsieur le duc ; le gouvernement du Roi appréciera mieux que moi tout ce qu’elles ont de grave.

J’ai reçu ce matin seulement la dépêche N° 24, que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire le 18 de ce mois. L’exposé que vous voulez bien m’adresser sur les dispositions nouvelles de la Russie vient de m’être confirmé par le prince de Lieven, que j’ai vu au lever du Roi, et qui m’a exprimé dans les termes les plus convenables, le désir de son gouvernement d’entretenir de bons rapports avec la France. Le prince de Lieven doit me montrer ce soir la dernière dépêche qu’il a reçue de Saint-Pétersbourg, et qui est probablement dans le même sens que celle qui vous a été communiquée par le comte de Medem.

Avant le lever du Roi, j’ai eu l’honneur d’être reçu en audience particulière par S. M., qui m’a longuement entretenu de son attachement pour le Roi des Français ; de la satisfaction qu’elle éprouvait des heureux succès de son gouvernement, et de la confiance toute particulière qu’elle plaçait en vous, Monsieur le duc. En tout je n’ai eu qu’à me louer et de l’accueil et du langage bienveillant de S. M.

(1) – On a eu aujourd’hui ici la nouvelle qu’un bâtiment hollandais de 344 tonneaux venant de Batavia, avait été arrêté.

Agréez, Monsieur le duc, l’assurance de ma haute considération.

Ch. Mau. TALLEYRAND.

P. S. 10 H. du soir. Je reçois à l’instant de nouvelles dépêches de La Haye, qui portent la date du 19 et que j’ai l’honneur de vous envoyer. Il parait que la note du 14 a été bien calculée sur la situation des esprits en Hollande. J’espère que vous en jugerez de même.

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Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
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