Optimisé pour
Espace de téléchargement










MAE - ARCHIVES DE NANTES - AMBASSADE DE LONDRES - SERIE K - CARTON 13




RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL / HOME PAGE
RETOUR AU CHAPITRE I : BIOGRAPHIE
RETOUR AU CHAPITRE II : ECRITS
RETOUR AU CHAPITRE III : TRAITES
RETOUR AU CHAPITRE IV : TEXTES, MEMOIRES ET OPINIONS
RETOUR AU CHAPITRE V : REPRESENTATIONS
RETOUR AU CHAPITRE VI : COLLECTION COMBALUZIER
RETOUR AU CHAPITRE VII : DOCUMENTS ET CARTES POSTALES
RETOUR AU CHAPITRE VIII : EVENEMENTS CONTEMPORAINS










LETTRE

DU PRINCE DE TALLEYRAND

AU

DUC DE BROGLIE

MINISTRE DES AFFAIRES ETRANGERES

EN DATE DU

31 JANVIER 1833







N° 59

Londres, le 31 janvier 1833

Monsieur le duc,

Vous aurez été sans doute surpris de ne pas connaitre plutôt le résultat de la communication que vous m’aviez chargé de faire auprès du gouvernement anglais ; j’éprouve le besoin de vous donner des explications à ce sujet.

Il ne faut pas perdre de vue qu’ici les affaires intérieures du pays passent avant toutes les autres, quelque intérêt que puisse d’ailleurs avoir ces dernières. En ce moment le Parlement vient de s’assembler ; le cabinet doit lui proposer des mesures qui le préoccupent fortement ; l’état de l’Irlande, les dîmes du clergé, les finances réclament sa plus sérieuse attention, et il m’est souvent impossible de la détourner au milieu de ce conflit d’intérêts si pressants, pour la ramener sur des questions de politique extérieure. Depuis huit jours tous mes efforts tendent à faire comprendre ce que la question d’Orient exige de célérité, pour ne pas rendre notre intervention ridicule ; on promet de s’en occuper le jour même, et chaque jour on remet la question au lendemain. Vous jugerez mieux que personne, Monsieur le duc, que ces retards sont la conséquence de la position où on se trouve.

Je vous ai annoncé par ma dépêche du 28 de nouveaux détails sur la conversation que j’ai eue avec lord Palmerston au sujet de notre médiation.

Comme j’ai déjà eu l’honneur de vous le dire, le système des ministres anglais se posait sur leur désir d’arrêter la politique envahissante de la Russie, tout en conservant avec elle des apparences de bonne intelligence ; ils croyaient que l’adjonction de cette Puissance à notre médiation atteindrait ce but.

J’ai du, en m’opposant à un pareil système, faire sentir tous les dangers qu’il présentait. J’ai fait remarquer que la rapidité d’exécution était la première condition du succès de notre entreprise ; que nous nous en priverions en nous mettant dans l’obligation d’attendre la réponse de la Cour de Russie, et que la conséquence inévitable serait d’arriver trop tard à Constantinople et à Alexandrie ; que cette question de temps aurait de plus l’immense inconvénient d’empêcher la France et l’Angleterre d’agir, puisqu’elles se trouveraient, par le fait même de leur proposition à la Russie, obligées à ne faire aucune démarche avant de connaître la réponse de cette Puissance, tandis que le cabinet de Pétersbourg, libre de tout engagement pendant un certain temps encore, ne manquerait pas de mettre ce retard à profit ; que d’ailleurs par suite de la mission du général Murawieff près du Sultan, la Cour de Russie avait pris le rôle d’alliée de la Turquie, et que dès lors le Pacha d’Egypte serait en droit de lui refuser le caractère de médiateur.

J’ai enfin fait valoir de lord Palmerston une considération qui pour un ministre anglais est toujours d’un très grand poids, c’est celle du côté constitutionnel de la question qui nous occupe ; j’ai pu lui dire à ce sujet qu’une médiation établie seulement par deux pays soumis à des gouvernements constitutionnels trouverait une approbation plus générale dans le parlement anglais et dans les chambres françaises, que si on voyait la Russie y prendre part. Cette considération a fait assez d’impression sur lui, pour qu’il ait cru devoir revenir sur la décision prise dans le conseil de cabinet ; et comme ici tout finit par se résoudre en questions parlementaires, il est probable que c’est par la considération que je viens d’indiquer, que le cabinet anglais a été amené à changer sa première détermination.

Mais si on est décidé sur la médiation en elle-même, on n’a pu en arrêter, ni la forme de cette médiation, ni la marche qu’on suivra. Depuis trois jours on renvoie ces questions au lendemain, et comme j’avais l’honneur de vous le dire, au commencement de cette dépêche, mes démarches n’ont pu jusqu’à présent amener aucun résultat. Je suis porté à croire que les dernières nouvelles de Constantinople, qui annoncent que le Sultan s’est décidé à traiter avec le Pacha d’Egypte augmentera les hésitations des ministres ; et il se pourrait bien qu’on finît par ne prendre aucune résolution.

Quoi qu’il en soit, Monsieur le duc, il me semble que le gouvernement du Roi s’est très bien placé ; et qu’il a fait tout ce qu’on pouvait attendre de lui dans une circonstance, où la Russie était déjà engagée, et où l’Autriche, en refusant d’entrer dans une médiation, a paru vouloir borner l’emploi de son influence à donner des conseils à la Porte ottomane.

Agréez, Monsieur le duc, l’assurance de ma haute considération.

Ch. Mau. TALLEYRAND.

******************************************


MAE - ARCHIVES DE NANTES - AMBASSADE DE LONDRES - SERIE K - CARTON 13










RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL / HOME PAGE
RETOUR AU CHAPITRE I : BIOGRAPHIE
RETOUR AU CHAPITRE II : ECRITS
RETOUR AU CHAPITRE III : TRAITES
RETOUR AU CHAPITRE IV : TEXTES, MEMOIRES ET OPINIONS
RETOUR AU CHAPITRE V : REPRESENTATIONS
RETOUR AU CHAPITRE VI : COLLECTION COMBALUZIER
RETOUR AU CHAPITRE VII : DOCUMENTS ET CARTES POSTALES
RETOUR AU CHAPITRE VIII : EVENEMENTS CONTEMPORAINS





© EX-LIBRIS réalisé pour ma collection par Nicolas COZON - Gravure au Burin sur Cuivre
Tirage réalisé par les Ateliers CAPPELLE à Sannois - Val d'Oise -
Remerciements à Hélène NUE




" Quaero, Colligo, Studeo "









Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
Membre fondateur
de l'Association " Les Amis de TALLEYRAND "




Optimisé pour
Espace de téléchargement