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MAE - ARCHIVES DE NANTES - AMBASSADE DE LONDRES - SERIE K - CARTON 13




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LETTRE

DU PRINCE DE TALLEYRAND

AU

DUC DE BROGLIE

MINISTRE DES AFFAIRES ETRANGERES

EN DATE DU

28 JANVIER 1833







N° 57

Londres, le 28 janvier 1833

Monsieur le duc,

Vous avez connu par ma dépêche N° 56, les obstacles qui s’opposaient à ce que je communiquasse à lord Palmerston aussitôt que je l’aurais désiré l’objet de la dépêche que vous m’avez fait l’honneur de m’adresser le 21 de ce mois. C’est avant-hier soir seulement que j’ai pu le faire, et lord Palmerston me promit alors de soumettre les propositions du gouvernement français à un conseil de cabinet, qu’il a convoqué à cet effet pour le lendemain ; ce conseil a eu lieu hier dimanche. Mais avant de vous faire connaitre le résultat de ses délibérations je dois vous entretenir de quelques circonstances qui l’ont précédé.

Si vous voulez bien vous faire représenter la dépêche N° 48, que j’ai eu l’honneur de vous adresser le 6 de ce mois, vous pourrez y remarquer, Monsieur le duc, que j’étais déjà fortement préoccupé alors des événements qui se passaient en Orient ; j’avoue que les dépêches, que vous avez bien voulu m’écrire le 10 et le 14, ne m’avaient point complètement rassuré, et que j’étais resté dans l’opinion qu’une action quelconque de la part de la France et de l’Angleterre deviendrait bientôt nécessaire de ce côté. Dans mes conversations avec les membres du cabinet anglais, j’avais cherché à attirer leur attention sur les graves conséquences que pouvait avoir la lutte entre le Sultan et le Pacha d’Egypte, si les succès prolongés de ce dernier devaient placer la Porte ottomane dans l’obligation de recourir à la protection de la Russie.

C’est dans ces entrefaites que j’ai eu l’honneur de recevoir votre dépêche N° 13, qui m’a fourni la preuve que mes prévisions s’étaient malheureusement réalisées ; cette dépêche contient un admirable exposé de l’état actuel de l’Orient et des mesures qui doivent être employées pour arrêter les dangers qui menacent l’existence de l’empire ottoman. Elle m’a paru si remarquable que j’ai cru devoir en donner lecture à lord Palmerston dans l’entretien que j’ai eu avec lui samedi au soir ; il a été frappé comme moi des considérations si habilement développées dans cette dépêche, et je l’ai laissé convaincu de la nécessité dans laquelle se trouvaient l’Angleterre et la France, de prendre un parti et de commencer par faire, à Constantinople et à Alexandrie, l’offre d’une médiation armée à laquelle on inviterait l’Autriche à se joindre.

Après avoir quitté lord Palmerston, je me suis encore occupé des moyens qui pourraient assurer le succès le plus prompt de notre médiation, et hier matin je lui ai écrit une lettre, dont vous voudrez bien me permettre d’insérer ici un extrait

« Si le cabinet anglais approuve le projet de médiation, tel que je l’ai proposé hier soir, il faudrait que la marche, qui sera suivie, fut extrêmement prompte, et voici dans mon opinion celle qui pourrait être adoptée.

Des instructions seraient rédigées pour sir Frédéric Lamb, elles seraient transmises à lord Granville qui les communiquerait à M. le duc de Broglie. Celui-ci croirait, sans doute, devoir rédiger à son tour des instructions pour M. Le maréchal Maison analogues à celles de lord Palmerston ; M. le duc de Broglie n’hésiterait probablement pas à les communiquer à lord Granville ; et d’accord avec lui, ils expédieraient chacun un courrier pour Vienne. Ces courriers partiraient ensemble.

Les instructions porteraient aux deux ambassadeurs à Vienne l’ordre de proposer à M. de Metternich de joindre l’offre de médiation de l’Autriche à celles de l’Angleterre et de la France.

Si le cabinet de Vienne accepte la proposition qui lui est faite, les deux ambassadeurs guidés par leurs instructions, dont ils n’auraient pas la faculté de se départir, s’entendraient avec M. de Metternich sur les termes de la médiation à proposer à Constantinople. Les courriers anglais, français et autrichien continueraient ensuite leur route vers cette capitale. Ils y remettraient, aux représentants de l’Autriche, de l’Angleterre et de la France, les instructions de leurs Cours respectives.

Si le cabinet de Vienne refuse la proposition, les courriers anglais et français ne s’en iront pas moins directement de Vienne à Constantinople.

Il est bien entendu que dans les deux cas ces courriers seront porteurs de pouvoirs et d’instructions directs de lord Palmerston et de M. le duc de Broglie pour les représentants d’Angleterre et de France près la Porte ottomane. »

Tel est le plan que je proposais de suivre, Monsieur le duc ; il présentait dans mon opinion l’avantage de se hâter, autant qu’il était possible, l’exécution des mesures qui me sont recommandées par votre dépêche du 21, et de provoquer en même temps le concours de l’Autriche.

Les ministres anglais après avoir discuté pendant plusieurs heures le projet de médiation, tel que je l’avais remis à lord Palmerston, ont fini par s’arrêter à l’idée, un peu étrange, d’étendre l’offre d’entrer dans la médiation, non seulement à l’Autriche, mais encore à la Russie. Ils se sont laissés déterminer par l’importance qu’il y avait, dans cette circonstance à lier la politique de la Russie à celle des trois autres Cours.

Cette résolution m’a été aussitôt communiquée par lord Palmerston et j’ai fait tous mes efforts pour la combattre dans une conférence qui a duré plus de cinq heures. Je vous en rendrai compte demain, mais déjà vous aurez pressenti toutes les raisons que je devais opposer au concours de la Russie. Je n’avais rien obtenu hier quand nous nous sommes séparés. En quittant lord Palmerston je l’avais engagé à réfléchir sur les fâcheuses complications dans lesquelles le système du cabinet anglais nous entrainerait, et nous nous étions donné rendez-vous pour aujourd’hui. Je sors d’une nouvelle conférence et après une très longue discussion j’ai enfin obtenu que la médiation ne serait proposée qu’au nom de la France et de la Grande Bretagne. C’est demain seulement que nous en réglerons les conditions. J’ai à peine le temps de finir cette dépêche, et vous comprendrez, Monsieur le duc, l’impossibilité dans laquelle je me trouve d’entrer dans plus de détails aujourd’hui ; je les réserve pour demain.

Je veux seulement ajouter que lord Ponsonby a reçu l’ordre de partir immédiatement pour Constantinople, et que le consul d’Angleterre à Alexandrie, de la conduite duquel vous vous plaigniez, a été rappelé.

Agréez, Monsieur le duc, l’assurance de ma haute considération.

Ch. Mau. TALLEYRAND.

P. S. Le Parlement se réunit demain, et c’est le 5 que sera prononcé le discours du trône.

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" Quaero, Colligo, Studeo "









Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
Membre fondateur
de l'Association " Les Amis de TALLEYRAND "




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