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MAE - ARCHIVES DE NANTES - AMBASSADE DE LONDRES - SERIE K - CARTON 13




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LETTRE

DU PRINCE DE TALLEYRAND

AU

DUC DE BROGLIE

MINISTRE DES AFFAIRES ETRANGERES

EN DATE DU

20 JANVIER 1833







N° 54

Londres, le 20 janvier 1833

Monsieur le duc,

J’ai déjà eu l’honneur d’attirer votre attention sur une question dont les membres du cabinet anglais m’entretiennent souvent, et qui est pour eux d’un grand intérêt. Il s’agit des changements qu’on voudrait voir ici adopter dans nos lois de douane.

Les pétitions adressées dernièrement à la chambre des Députés à ce sujet par le commerce de Lyon, Bordeaux, Nantes et autres villes industrielles, ont eu un grand retentissement à Londres, où elles ont constaté que l’opinion publique s’était extrêmement modifiée en France à l’égard des lois prohibitives. On pense qu’aujourd’hui il serait facile au gouvernement français d’entrer dans une voie plus large et on le désire pour des raisons assez graves.

Comme je l’indiquais dans ma dépêche du 26 octobre 1832, le cabinet anglais actuel envisage cette question plutôt politiquement que commercialement ; car sous ce dernier point de vue on a trouvé que le système de M. Huskysson avait produit les plus heureux résultats et que la diminution dans les droits d’importation sur les gants, les soieries et autres objets avaient été bien plus que compensée par l’accroissement immense de la consommation. Ainsi en ne considérant que l’intérêt commercial de l’Angleterre, les ministres pourraient peut-être se passer des mesures de réciprocité des autres pays et tirer encore de grands avantages du système libéral pour lequel ils se sont prononcés. Mais un intérêt politique important leur fait un devoir de rechercher des relations commerciales plus étendues avec la France.

Lors des dernières élections, on a prononcé dans plusieurs villes manufacturières d’Angleterre des discours qui ne vous auront certainement pas échappé, Monsieur le duc, et dans lesquels vous aurez pu remarquer de nombreuses allusions à l’alliance qui a récemment unie la France et la Grande Bretagne ; on l’invoque fréquemment comme devant placer sur une ligne plus égale les relations entre les deux pays. Les journaux dont l’action est si puissante en Angleterre, ont vivement secondé cette nouvelle tendance de la classe industrielle. Aujourd’hui le ministère sent que de la manière dont la chambre des Communes est composée, il ne pourrait peut-être pas compter sur une majorité solide, ni sur l’appui de l’opinion publique, s’il ne présentait pas quelques résultats avantageux de son alliance avec le gouvernement français. Ce ne sont pas des privilèges nuisibles à la France qu’il réclame, c’est un échange mieux combiné des produits des deux pays, à l’aide duquel se resserreront tous les jours davantage les liens dont les deux nations sentiront mieux l’utilité et l’importance.

On ne doit pas perdre de vue qu’en affermissant au pouvoir le cabinet anglais actuel, on assure une durée certaine à l’alliance intime qui subsiste depuis quelques mois seulement entre la France et l’Angleterre, et que c’est cette alliance, qui, en créant une force nouvelle en Europe, réprime toutes les intrigues du Nord, et donne un véritable point d’appui à tous les intérêts de la société.

Il me semble que des considérations d’une aussi haute portée politique seront appréciées par le gouvernement du Roi, et je ne doute pas que vous n’en fassiez ressortir toute la valeur.

Comme j’ai déjà eu l’honneur de vous le dire, presque tous les ministres m’ont chargé de vous exprimer leurs vœux dans le sens que je viens de vous indiquer ; je vous serai particulièrement reconnaissant de me mettre incessamment en position de leur faire connaitre l’influence que ces vœux auront eu sur les déterminations du gouvernement français.

Agréez, Monsieur le duc, l’assurance de ma haute considération.

Ch. Mau. TALLEYRAND.

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Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
Membre fondateur
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