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MAE - ARCHIVES DE NANTES - AMBASSADE DE LONDRES - SERIE K - CARTON 13




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LETTRE

DU PRINCE DE TALLEYRAND

AU

DUC DE BROGLIE

MINISTRE DES AFFAIRES ETRANGERES

EN DATE DU

17 JANVIER 1833







N° 51

Londres, le 17 janvier 1833

Monsieur le duc,

J’ai reçu les dépêches N° 6 et 7 que vous m’avez fait l’honneur de m’adresser le 10 de ce mois.

Je dois vous informer d’une communication assez importante qui vient d’être faite au ministère anglais par l’ambassade d’Autriche à Londres ; elle est relative à l’état actuel du Portugal et aux moyens de mettre un terme à la guerre civile qui désole le pays.

Le ministre d’Autriche a été chargé par sa Cour d’offrir au gouvernement anglais la médiation du cabinet de Vienne dans les affaires portugaises, et en le déclarant à lord Palmerston, il a ajouté que la première condition de cette médiation serait la reconnaissance comme roi de Portugal de dom Miguel qui s’engagerait alors à donner une amnistie générale et à lever tous les séquestres établis sur les propriétés particulières.

Pour appuyer cette proposition le cabinet de Vienne fait valoir que depuis plus de quatre ans l’infant dom Miguel occupe le trône du Portugal ; qu’en admettant même fondés tous les torts reprochés à son gouvernement, on ne peut s’empêcher de reconnaître qu’il a reçu l’assentiment de la grande majorité de la nation portugaise ; et l’entreprise tentée avec si peu de succès par dom Pedro, est invoqué, comme s’il en était besoin, comme témoignage de ce fait.

Le ministre d’Autriche, en terminant la communication qu’il avait ordre de faire, a dit, que son souverain s’était déterminé à cette démarche, quelque contraire qu’elle fut aux intérêts de sa petite fille, parce qu’il était convaincu que la pacification du Portugal était devenue, par sa liaison avec la tranquillité de la péninsule, une question de la plus haute importance pour la paix de l’Europe, et que cette pacification ne pouvait être réalisée promptement que par la reconnaissance de l’infant dom Miguel ; mais que du reste il entendait que l’amnistie qu’on imposerait à ce prince serait sans aucune restriction et donnée de manière à rassurer toutes les opinions.

Lord Palmerston a répondu sur le champ au baron de Neumann qu’il ne s’expliquait pas trop bien l’opinion exprimée par la Cour de Vienne dans cette circonstance ; qu’il lui paraissait fort étrange, pour ne rien dire de plus, de proposer à dom Pedro, de quitter le Portugal, de livrer les Açores, d’abandonner enfin la cause de sa fille, et de ne lui offrir en échange de toutes ces concessions qu’une amnistie douteuse, pour laquelle on aurait en définitive d’autre garantie que la parole d’un prince, connu pour son peu de fidélité à tenir ses engagements ; lord Palmerston a conclu en déclinant l’acceptation de la médiation de l’Autriche, dans les termes dans lesquels elle était offerte.

Tel a été, Monsieur le duc, le résultat de cette discussion soutenue sur un ton assez vif de la part de lord Palmerston et de celle de M. le baron de Neumann.

Dans une des dernières dépêches que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire, vous m’avez témoigné le désir de connaître le plus ou moins de fondement que pouvaient avoir les bruits répandus à Madrid sur le véritable but de la mission de sir Stratford Canning. En vous répondant le 11 de ce mois, je vous ai indiqué quelles étaient les difficultés qui s’opposaient à ce que je pusse me procurer des informations précises à cet égard ; mais je n’en ai pas moins cherché à vérifier quelques-uns des faits que vous avez bien voulu me mander. Un membre du corps diplomatique, dans lequel je place quelque confiance, m’a communiqué à peu près les mêmes renseignements que ceux contenus dans la dépêche de M. de Rayneval, mais il a appuyé son récit d’une circonstance qui tendrait à fortifier l’opinion qu’on avait à Madrid sur les inquiétudes de M. de Zéa. Je veux parler de l’acte solennel par lequel S. M. le roi d’Espagne, en renouvelant sa première déclaration relative aux droits de l’infante Isabelle à succéder au trône, annule les dispositions, qu’il annonce lui avoir été arrachées pendant sa maladie ; on pense que cet acte est un moyen employé par M. de Zéa pour déjouer les manœuvres de sir Stratford Canning, qui devait, comme vous me l’annonciez essayer de lier les intérêts de l’infante Isabelle à ceux de dona Maria, en promettant à la reine d’Espagne l’appui de son gouvernement, pour faire respecter les droits de sa fille, si elle voulait de son côté protéger la jeune reine de Portugal. M. de Zéa aurait, dit-on, enlevé l’ambassadeur d’Angleterre un de ses plus puissants moyens d’action, en se prononçant, avant son arrivée, d’une manière éclatante pour les droits de l’infante Isabelle.

Comme la relation qui m’a été faite pourrait aussi venir de Madrid, je ne vous la transmets qu’avec une certaine défiance. Vous serez en position d’en vérifier bientôt l’exactitude ; et je vous le répète, Monsieur le duc, on peut se reposer sur l’habileté de M. de Rayneval, pour découvrir toutes les intrigues qui ne tarderont pas à se développer dans la péninsule.

Parmi les différentes explications qu’on cherche à donner au voyage du général Pozzo à Londres, il en est une qui ne m’a pas paru dénuée de vraisemblance. On prétend que le cabinet de Saint-Pétersbourg reçoit depuis quelques mois sur l’état de l’Angleterre des dépêches assez contradictoires, qui lui sont adressées par le prince de Lieven d’une part, et de l’autre par le comte Matuszewic, qu’incertain sur l’opinion qu’il doit se former entre les relations si différentes de ses ministres à Londres, l’empereur Nicolas a désiré envoyer en Angleterre le général Pozzo, qui aurait acquis toute sa confiance, pendant le séjour qu’il vient de faire à Pétersbourg, afin d’avoir par lui des notions positives, d’après lesquelles il put régler ses rapports politiques avec la Grande Bretagne. Ce voyage ne serait donc que le complément de la mission du général Pozzo à Berlin, à Vienne, et dans les différentes Cours d’Allemagne.

Vous jugerez, Monsieur le duc, si cette explication a quelque valeur.

Agréez, Monsieur le duc, l’assurance de ma haute considération.

Ch. Mau. TALLEYRAND.

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Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
Membre fondateur
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