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MAE - ARCHIVES DE NANTES - AMBASSADE DE LONDRES - SERIE K - CARTON 13




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LETTRE

DU PRINCE DE TALLEYRAND

AU

DUC DE BROGLIE

MINISTRE DES AFFAIRES ETRANGERES

EN DATE DU

6 JANVIER 1833







N°48

Londres, le 6 janvier 1833

Monsieur le duc,

J’ai reçu la dépêche N° 108 que vous m’avez fait l’honneur de m’adresser sous la date du 31 décembre dernier. Nous attendons avec impatience des nouvelles de La Haye ; on croit qu’un bateau à vapeur de Rotterdam arrivera à Londres dans la nuit d’aujourd’hui à demain.

Lord Palmerston avait invité hier les membres de la Conférence sur les affaires de la Grèce, pour leur donner communication des dernières dépêches écrites par les commissaires démarcateurs des trois Puissances en Morée. Il résulte de ces dépêches que des difficultés se sont élevées par suite de l’inexactitude de la carte sur laquelle les commissaires ont du baser leurs travaux ; cette carte est, dit-on, remplie d’erreurs, mais on espère cependant arriver à une démarcation précise qui n’entraînera aucun inconvénient. Le rapport des commissaires est très bien fait ; je crois qu’il a été rédigé par M. Barthélémy qui vous aura, sans doute, transmis tous les détails de cette affaire.

Après la conférence j’ai eu avec lord Palmerston une conversation dans laquelle je lui ai parlé, comme vous le désiriez, de la négociation suivie ici par Mamick Pacha. Il a commencé par me mettre au courant des circonstances qui ont amené cet envoyé de la Porte en Angleterre. Il parait que la Cour de Russie a dernièrement proposé au Grand Seigneur le secours de 15 000 hommes contre le Pacha d’Egypte ; ce corps aurait été détaché de l’armée russe du Caucase, et serait venu se réunir à l’armée de Syrie commandée par le grand Vizir. Le sultan a décliné l’offre de l’empereur Nicolas, en répondant que c’était sur mer qu’il avait besoin d’être soutenu en ce moment. C’est donc dans le but d’obtenir un secours du gouvernement anglais que Mamick Pacha a été envoyé à Londres. Depuis son arrivée il a fait la demande formelle de l’appui des forces maritimes britanniques dans le Levant pour faire rentrer dans l’obéissance le Pacha d’Egypte.

Cette demande sera soumise au premier conseil de cabinet qui n’aura pas lieu avant la fin de ce mois, les ministres anglais ne devant se retrouver à Londres qu’à cette époque.

Lord Palmerston, tout en me disant que son opinion n’était pas formée à cet égard, m’a cependant laissé entrevoir qu’il trouvait quelques motifs assez plausibles à la demande du Grand Seigneur. Il ne s’agit pas ici, m’a-t-il dit, d’une de ces interventions contre lesquelles l’Angleterre s’est toujours prononcée. Ce serait un appui donné à un ancien allié contre un sujet révolté, dont la révolte, si elle est couronnée de succès, doit avoir les plus dangereuses conséquences pour la tranquillité future de l’Europe, car il est probable que la Russie, qui aujourd’hui fait parade d’une vaine générosité envers le Sultan, ne manquera pas d’entretenir sous-main la révolte du Pacha. L’intérêt de l’Europe est donc de remarquer que la Porte placée entre l’ambition de la Russie et celle du Pacha, ne pourrait pas dans son état d’abaissement actuel soutenir une pareille lutte.

Si on admet la nécessité de l’existence de l’empire ottoman, l’état critique dans lequel il se trouve placé en ce moment, fera également reconnaître la nécessité de lui donner un appui qui seul peut arrêter sa ruine.

La manière de voir de lord Palmerston a du être fortifiée par les observations que nous avons souvent faites dans nos conversations sur la politique envahissante de la Russie, car je n’ai jamais laissé échapper l’occasion, je l’avoue, de la faire remarquer aux ministres anglais.

Du reste, comme je viens d’avoir l’honneur de vous le dire, lord Palmerston soumettra la demande du Sultan au conseil de cabinet qui sera tenu à la fin de ce mois, et j’aurai soin de vous communiquer le résultat des déterminations qui y seront adoptées. En attendant je verrai séparément ceux des membres du ministère qui sont à Londres, pour connaitre l’opinion qui probablement prévaudra dans le cabinet.

L’heureuse influence de la prise de la citadelle d’Anvers se fait sentir d’une manière bien évidente par la hausse de tous les fonds publics ; c’est un symptôme pacifique, qui n’est pas toujours certain, mais qui doit être remarqué, surtout quand il se manifeste au même instant à Londres, à Paris et même à Amsterdam. Personne ne peut nier n’est donné une grande force aux gouvernements actuels de Belgique, de France et de Grande Bretagne. C’est de la reddition de la citadelle d’Anvers que la Belgique peut vraiment compter son existence, comme état indépendant. La France en éprouve les bons effets par la marche des discussions devenue plus facile dans les chambres ; et le ministère anglais, soutenu par les nouvelles élections, prend chaque jour plus de force. Il vient d’obtenir une preuve de l’affermissement de sa puissance dans une circonstance qui ailleurs pourrait paraitre futile, mais qui ici n’est pas sans importance.

S. M. la Reine d’Angleterre avait été obligée, d’après les instances réitérées des ministres, d’éloigner d’elle son premier chambellan, lord Howe, qui votait contre le ministère dans la question de la réforme. Jusqu’à présent Sa Majesté s’était refusée à nommer un successeur à lord Howe ; elle vient enfin de s’y décider et la Reine a fait choix de lord Denbigh, partisan très prononcé du ministère, qui regarde cette nomination comme un premier pas vers un rapprochement avec la Cour.

Quelques heures après son arrivée à Londres, le général Pozzo, accompagné du prince de Lieven, est passé chez moi ; nous avons eu un assez long entretien dans lequel je dois dire que son langage a été parfaitement convenable. Cette conduite de sa part n’a rien que de très simple, et si je vous en parle c’est parce que je crois que nous devons, dans cette circonstance, laisser de côté tous les doutes que nous pouvons avoir sur les dispositions de la Russie. Le général Pozzo s’exprime peut-être avec un peu d’amertume sur le cabinet anglais, et sur la ligne politique qu’il a adoptée ; les ministres anglais ne sont assurément pas sans quelque défiance de la Russie, et cependant ils ont fait au général Pozzo toutes les politesses d’usage ; je me placerais, je pense, dans une fausse position si je ne faisais pas comme eux.

Je n’ai pas besoin de vous dire que je mettrai la plus grande réserve dans mes rapports avec cet ambassadeur ; mais en même temps je veux prendre pour sa véritable opinion tout le bien qu’il se croira obligé de me dire de la France et du gouvernement du Roi.

Agréez, Monsieur le duc, l’assurance de ma haute considération.

Ch. Mau. TALLEYRAND.

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" Quaero, Colligo, Studeo "









Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
Membre fondateur
de l'Association " Les Amis de TALLEYRAND "




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