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MAE - ARCHIVES DE NANTES - AMBASSADE DE LONDRES - SERIE K - CARTON 11




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LETTRE

DU PRINCE DE TALLEYRAND

A

M. CASIMIR PERIER

PRESIDENT DU CONSEIL DES MINISTRES

EN DATE DU

9 MARS 1832







Londres, le 9 mars 1832

Monsieur,

L’attention générale se porte, dans ce moment-ci, sur notre expédition en Italie ; les ennemis du ministère s’en prévalent pour l’accuser de faiblesse et d’un excès de condescendance pour la France ; ses amis qui, pour la plupart sont les nôtres, regrettent que cet incident soit venu lui créer des embarras qu’on aurait dû, disent-ils, chercher à éviter, surtout quand on avait quelques ménagements à garder vis-à-vis des cabinets qui n’avaient pas encore ratifié le traité du 15 novembre ; mais, en général, cette opinion est, particulièrement, celle du commerce, on pense que le gouvernement du Roi, dont la sagesse et la modération sont bien connues, s’empressera d’enlever à cette expédition le caractère d’hostilité que lui donne la conduite irréfléchie du capitaine Langlois ; et que cherchant à atteindre promptement le but qu’il s’est proposé, c’est-à-dire l’amélioration de l’administration pour les habitants de la Romagne et la cessation des mesures de rigueur qui les menacent, il se regardera comme suffisamment autorisé pour rappeler les forces qu’il a transportées en Italie.

L’article qui a paru dans le Moniteur du 5 ne s’écarte pas de ces idées ; néanmoins il aurait probablement produit ici une impression plus favorable s’il avait été suivi d’une note qui aurait annoncé le désaveu formel de l’officier qu’on dit avoir forcé la quarantaine et qui a effectué l’occupation d’Ancône avec une rudesse pour le moins inutile.

IL a été question de cette affaire, avant-hier, à la chambre des Communes ; mais lord Palmerston a refusé d’entrer dans aucune explication à cet égard en ajoutant cependant qu’il n’avait aucune raison pour craindre qu’elle ne pût pas se terminer sans porter atteinte à la paix générale.

Il y a lieu de croire que lord Aberdeen s’emparera de ce sujet à la première occasion et en fera sortir des motifs de reproches au gouvernement anglais, sa disposition à condescendre aux vues ambitieuses de la France.

J’ai eu l’honneur, Monsieur de vous faire part dans ma dernière dépêche, des démarches conciliantes auxquelles le cabinet anglais s’était arrêté pour adoucir l’effet de notre entrée à Ancône. C’est bien certainement à ces démarches comme à l’esprit de modération du gouvernement français que lord Palmerston pensait quand il disait, hier soir, qu’il n’avait pas de motif pour craindre que la paix générale pût être troublée par les événements d’Italie. En effet, il y a toute raison d’espérer que le langage qui sera tenu à Rome et à Vienne par les légations d’Angleterre contribuera beaucoup à faire arriver cette affaire à un résultat prompt et satisfaisant. Je pense que c’est à ce but que doivent tendre les efforts du gouvernement qui désire, sans doute, écarter par la promptitude de ce résultat les complications que pourrait amener le séjour prolongé d’une force française, quelque peu nombreuse qu’elle soit, dans un pays où se trouvent déjà d’autres troupes étrangères. Au surplus, je m’attache à bien établir, ici, en toute occasion, et auprès des personnes les plus influentes, que notre expédition n’a été conçue que dans une idée d’ordre et que, par conséquent, elle ne saurait inspirer aucune crainte aux amis de la tranquillité et de la paix générale. J’aperçois néanmoins que ceux qui sont le plus disposés à recueillir cette opinion témoignent un vif désir de voir cette grave affaire arriver à une prompte solution.

J’aurais désiré, Monsieur, avoir à ma disposition quelque document qui aurait pu prouver de manière certaine que le gouvernement pontifical ne mettrait aucun obstacle à l’arrivée de nos troupes sur son territoire. Les informations qui sont parvenues au gouvernement anglais ne s’accordent pas entièrement sur cette allégation que je n’ai pas négligé de produire comme elle était présentée dans votre dépêche du 3 de ce mois.

La discussion qui a eu lieu avant-hier aux Communes sur notre expédition en Italie a reporté l’attention sur Alger ; j’en éprouve quelque regret ; nous devons toujours préféré que notre position sur la côte d’Afrique reste pour ainsi dire oubliée ; c’est par ce motif qu’il serait bien à désirer que les nominations d’agents ou les idées sur la colonisation paraissent le moins possible, dans les feuilles publiques.

M. le prince de Lieven a reçu hier un courrier de La Haye : voici, d’après une conversation que je viens d’avoir avec lui, quelle était la position des choses le 5 de ce mois : j’ai l’honneur de vous faire part de ces informations afin que vous puissiez les comparer avec celles que vous aurez reçu directement et vous former une opinion exacte à cet égard. Voici les points principaux qu’elle renferme :

Le roi de Hollande consent à ce que la Belgique soit indépendante et entièrement séparée de ses autres états mais il entend en conserver la souveraineté particulière.

Cette séparation s’opérerait en marquant les frontières des deux états conformément aux indications contenues dans le mémoire qui accompagnait la note du 14 décembre 1831 remise à la Conférence de Londres par les plénipotentiaires de S. M. le roi des Pays-Bas.

La dette que devrait supporter la Belgique serait capitalisée, sous la garantie des cinq Puissances, d’après le cours officiel de la dette des Pays-Bas, au mois de juillet 1830, ce qui en raison du taux actuel, l’augmenterait presque d’un cinquième.

On retrancherait des 24 articles toutes les stipulations relatives aux chemins de fer conduisant en Allemagne et toutes les clauses relatives aux communications par eau, de quelque genre qu’elles soient.

Le roi de Hollande garderait pendant deux mois après la conclusion de ces arrangements la possession exclusive de la citadelle d’Anvers.

Ces modifications, qui, d’après le dire du roi de Hollande, ne pourraient être considérées que comme une faible indemnité des colonies que la Hollande avait cédées par les arrangements de 1813 et 1814 seraient insérées, d’après son plan, dans les 24 articles adoptés précédemment par la Conférence.

Le comte Orloff a refusé, avec les formes les plus sèches, de se charger d’une telle série de propositions. Le baron Verstolck a paru étonné et même effrayé de cette détermination et a demandé à en prévenir le roi qu’il devait voir le lendemain 5.

Le même jour, 4, était arrivé à La Haye un courrier parti de Petersbourg le 23 février, les dépêches dont il était porteur avaient été écrites à la réception du projet de traité remis par le roi de Hollande ; elles ont dû lui être communiquées in extenso et lui auront montré que ce projet et le mémoire qui l’accompagnait, avaient excité, au plus haut point, le mécontentement de l’Empereur ; il est évident, pour moi, que le roi de Hollande veut conserver la souveraineté de la Belgique pour la donner au prince d’Orange, son fils et qu’en même temps, il cherche à obtenir les modifications pour lesquelles il avait réclamé l’appui de la Russie.

A ces dépêches, m’a dit M. de Lieven, était joint un mémoire que le comte Orloff était chargé de communiqué au cabinet de La Haye et où est exposé toute la conduite du roi de Hollande, depuis le commencement de la négociation : il montre, par le rapprochement des faits, que jamais le roi n’a été de bonne foi.

Le 5, le comte Orloff a revu le ministre des Affaires étrangères et l’a prévenu qu’il n’attendrait plus que jusqu’au lendemain pour avoir la réponse définitive du roi. S’il persistait dans ses précédentes résolutions. Dans cet état de choses, le comte Orloff se proposait de quitter La Haye le 6 au soir pour se rendre à Rotterdam, dans le cas où rien n’aurait été changé à cet égard il pourrait être ici d’un moment à l’autre.

Il a annoncé à M. de Verstolck qu’en partant il laisserait une déclaration qu’il communiquerait ensuite à la Conférence. Cette déclaration, si elle avait lieu, contiendrait un exposé de la conduite de l’Empereur dans cette affaire et montrerait que tous les torts doivent être imputés au roi de Hollande ; elle se terminerait par ces mots : « Si le roi ne change pas de résolution l’Empereur l’abandonnera à son sort. »

M. de Verstolck a demandé instamment que, du moins, cette déclaration ne fût pas rendu publique. Mais le comte Orloff a répondu qu’il était impossible qu’elle ne le fût pas puisqu’il était obligé de la remettre à la Conférence et que tous ses actes étaient publiés.

Ce langage ferme et positif du comte Orloff a paru faire une impression très pénible sur le baron de Verstolck qui lui a dit qu’il allait en référer immédiatement au roi.

Agréez, Monsieur, l’assurance de ma haute considération.

Ch. Mau. TALLEYRAND.

P. S. Je signais cette lettre quand j’ai reçu la dépêche que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire le 6 de ce mois ; je la crois devoir faire partir telle qu’elle est parce qu’elle vous fera connaître la position où se trouvaient les choses hier et aujourd’hui.

Les lettres de La Haye du 6 annoncent que le comte Orloff avait consenti à retarder son départ de 24 heures.

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" Quaero, Colligo, Studeo "









Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
Membre fondateur
de l'Association " Les Amis de TALLEYRAND "




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