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MAE - ARCHIVES DE NANTES - AMBASSADE DE LONDRES - SERIE K - CARTON 11




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LETTRE

DU PRINCE DE TALLEYRAND

A

M. CASIMIR PERIER

PRESIDENT DU CONSEIL DES MINISTRES

EN DATE DU

6 MARS 1832







6 mars 1832

Monsieur,

Les informations les plus récentes, que l’on a reçues de La Haye, annoncent que le comte Orloff doit quitter cette ville aujourd’hui 6. Ainsi, à moins que le roi de Hollande ne fasse quelques efforts pour le retenir, que nous ne prévoyons pas, il sera, probablement, à Londres le 9 ou le 10. Son langage ne s’est pas démenti, jusqu’à présent et il parait avoir exercé une certaine influence sur les dispositions du roi qui, au surplus, y était préparé par la réponse qu’il venait de recevoir de Petersbourg aux dernières dépêches qu’il y avait envoyées. La nécessité de terminer de si longues discussions semble se faire sentir à tous les esprits et on sait que c’est l’opinion personnelle du prince d’Orange qui a écrit une lettre, dans ce sens, à son père.

Ce que je mande à cet égard est confirmé par toute la correspondance des ministres des diverses Puissances à La Haye avec les ministres des mêmes cabinets à Londres.

On peut donc fonder d’assez justes espérances sur la mission du comte Orloff ; le langage que nous avons à lui tenir, lord Palmerston et moi, il est déjà parfaitement entendu entre nous, il est bien simple et se réduit à ceci : « Tout est facile si la Russie et les deux autres Puissances commencent par ratifier le traité du 15 novembre ; tout est difficile si elles ne ratifient pas. »

Je dois, à ce sujet, revenir sur une partie du plan que j’ai indiqué dans ma dépêche N° 314 et qui, d’après votre lettre du 2 de ce mois, parait rentrer, lui-même, dans les idées du gouvernement.

Je disais, dans cette dépêche, qu’après que la Hollande et la Belgique auraient établies, de gré à gré, dans une convention particulière, les modifications qu’elles reconnaîtraient utiles d’apporter au traité du 15 novembre, les cinq Puissances se réuniraient, de nouveau, pour approuver cette convention et pour donner leur garantie aux stipulations qu’elle contiendrait.

Cet acte de ratification définitive qui formerait, pour ainsi dire, la clôture des affaires de Belgique, me parait toujours convenable et même nécessaire mais je crois qu’il n’est pas indispensable d’en faire l’objet d’un traité, et qu’une déclaration des cinq Puissances donnerait au résultat une forme solennelle à laquelle se rattacheraient toutes les idées de stabilité. Il m’est revenu que le cabinet autrichien préférerait cette forme et, à cet égard, je suis de son avis.

Des courriers arrivés de toute part, dans la journée d’hier, ont annoncé que le gouvernement autrichien montrait, dans sa correspondance, beaucoup de mécontentement de notre expédition en Italie, et paraissait lui attribuer l’espèce d’agitation qu’il prétend exister aujourd’hui dans la Lombardie ; il est donc possible que les embarras qu’il prévoit plus qu’il ne les éprouve, augmentent sa disposition naturelle à la temporisation et contribuent à retarder les autres affaires qui ne sont pas encore terminées.

Quoique le gouvernement du Roi ait beaucoup d’explications satisfaisantes à donner au cabinet de Vienne, sur notre expédition à Ancône, j’aurais bien préféré que la nouvelle du débarquement de nos troupes n’y fût parvenue qu’après l’envoi des ratifications.

J’ai reçu, hier matin, Monsieur, la dépêche que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire le 3 de ce mois par laquelle vous avez bien voulu m’annoncer l’entrée des forces françaises dans Ancône.

Je me suis empressé de faire part de cette importante nouvelle à lord Palmerston qui l’avait déjà reçue, et chez qui j’ai trouvé tous les ministres étrangers qui en étaient également informés.

J’ai rappelé à lord Palmerston que le gouvernement du Roi était fort éloigné de vouloir, par la présence de ses troupes, favoriser des troubles ; qu’il se bornait à demander qu’on tînt les engagements pris envers lui. J’ai ajouté que le gouvernement de S. M. avait été suffisamment autorisé à croire, par les communications de M. de Saint-Aulaire avec le Saint-Siège qu’il ne rencontrerait aucun obstacle à l’occupation d’Ancône et que les instructions remises au commandant de l’expédition avaient été conçues dans un esprit bien opposé à toute idée de violence ; que si ce commandant s’était écarté de ses instructions, il aurait à en rendre compte ; enfin, conformément à l’ordre que vous m’en donnez, j’ai engagé lord Palmerston à transmettre à M. Seymour des directions d’après lesquelles il aurait à agir auprès du Saint-Siège de manière à lui faire envisager nos demandes, et le but de notre expédition sous un jour plus exact.

Lord Palmerston m’a paru donner à cette affaire toute l’attention que commande l’importance qu’elle a à ses yeux. En même temps, il m’a témoigné le désir le plus sincère de contribuer par de bons offices à la faire arriver le plus promptement possible au point qui doit nous satisfaire et qui peut empêcher des complications avec l’Autriche.

En conséquence, il a expédié hier des courriers à sir Frédéric Lamb, ainsi qu’à M. Seymour. Ils doivent être autorisés à annoncer qu’aussitôt que le gouvernement pontifical aurait exécuté les engagements qu’on était autorisé à croire qu’il avait pris, les troupes françaises qui, par un simple malentendu, avaient pu entrer de vive force, à Ancône, se retireraient immédiatement dans leurs ports.

Tout porte à croire qu’une démarche aussi grave, de la part du gouvernement anglais, sera convenablement appréciée et à Rome et à Vienne, et qu’elle aura une influence marqué sur les résolutions qui pourraient y être adoptées. Nous trouverons, en outre, le très grand avantage de montrer combien les rapports de la France et de l’Angleterre portent, en toute occasion, le cachet de la bienveillance, combien il existe d’accord dans les vues de leurs cabinets et comme ils sont facilement disposés à s’entre aider ; une manifestation, si positive, de leurs relations actuelles, ne peut qu’accroître en Europe la considération et la force de chacun des cabinets.

Lord Granville sera chargé de vous communiquer ces résolutions de son gouvernement.

Il est probable que le ministère sera fortement attaqué par l’opposition qui lui reprochera de s’attacher étroitement à un gouvernement qui, en toute occasion, montre des vues ambitieuses. Le ministère dont il faut, le plus que nous pouvons, rendre la position facile, dans toutes les discussions, désirerait pouvoir dire que le gouvernement du Roi a désavoué le commandant de son escadre pour s’être décidé, à modifier de lui-même, la teneur de ses ordres. Plusieurs membres du cabinet regardant cela comme très important pour eux, m’en ont parlé dans ce sens ; ils pensent, et ils espèrent que vous consentirez à mettre assez de publicité à ce désaveu pour, qu’un seul moment, il ne puisse pas être révoqué en doute par leurs adversaires.

Agréez, Monsieur, l’assurance de ma haute considération.

Ch. Mau. TALLEYRAND.

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Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
Membre fondateur
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