Optimisé pour
Espace de téléchargement
















MAE - ARCHIVES DE NANTES - AMBASSADE DE LONDRES - SERIE K - CARTON 11




RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL / HOME PAGE
RETOUR AU CHAPITRE I : BIOGRAPHIE
RETOUR AU CHAPITRE II : ECRITS
RETOUR AU CHAPITRE III : TRAITES
RETOUR AU CHAPITRE IV : TEXTES, MEMOIRES ET OPINIONS
RETOUR AU CHAPITRE V : REPRESENTATIONS
RETOUR AU CHAPITRE VI : COLLECTION COMBALUZIER
RETOUR AU CHAPITRE VII : DOCUMENTS ET CARTES POSTALES
RETOUR AU CHAPITRE VIII : EVENEMENTS CONTEMPORAINS










LETTRE

DU PRINCE DE TALLEYRAND

A

M. CASIMIR PERIER

PRESIDENT DU CONSEIL DES MINISTRES

EN DATE DU

16 FEVRIER 1832







Londres, le 16 février 1832

Monsieur,

En me donnant, dans vos dépêches du 10 et du 14 de ce mois, des informations sur la marche que le gouvernement du Roi a adoptée relativement aux affaires des légations romaines, vous avez bien voulu me dire que vous vous étiez expliqué, sur ce sujet, avec lord Granville et qu’il vous avait paru apprécier parfaitement les motifs de S. M.

Je crois, Monsieur, que de semblables communications faites au cabinet anglais sur tous les points qui peuvent nous intéresser, sur les projets que nous pouvons former, comme sur les désirs que nous pouvons avoir, contribueront bientôt à nous créer les habitudes de confiance qui fortifieront nécessairement nos liens avec lui. C’est affermir nos rapports politiques actuels avec l’Angleterre que nous devons travailler sans cesse. Dans ce système, la France ne sera menacé nulle part ; elle aura le temps de s’établir chez elle, et les intrigues que les divers cabinets ont, depuis 30 ans, l’habitude d’entretenir pour nuire à sa prospérité, se trouveront sans force et sans effet.

La Russie a toujours été en première ligne dans cette lutte mystérieuse ; aux démarches pressantes qu’elle ne cesse de faire ici et auxquelles le comte Orloff donnera, sans doute, encore plus d’activité, car vous savez, qu’après avoir passé 7 ou 8 jours à La Haye, il se rendra à Londres, il n’est pas permis de croire que le cabinet de Petersbourg reste sans action à Londres ; mais, les résolutions du gouvernement anglais qu’il n’a prises qu’après de mûres délibérations, sont aujourd’hui bien arrêtées ; il ne s’écartera pas de la ligne de bons rapports et de confiante amitié qu’il a commencé à suivre à notre égard et que lord Palmerston a voulu rendre publique dans son dernier discours du 9.

Je ne doute pas, Monsieur, que les orateurs et les amis du gouvernement ne trouvent pas dans la riche collection de discussion de lord Palmerston et surtout dans un article de l’Edimbourg Review de décembre 1831, que je vous engage à lire, plusieurs arguments dont ils pourront faire un heureux usage lorsqu’on s’occupera de la partie du budget relative aux Affaires étrangères et lorsqu’il pourra être question du Portugal.

J’ai eu l’honneur de vous mander que le manifeste de l’Empereur don Pedro n’avait pas produit ici beaucoup de sensation mais que lord Palmerston ne l’avait pas désapprouvé. La neutralité est ce que voudrait l’Angleterre et elle l’observera mais elle demande qu’elle soit aussi observée par l’Espagne et que nos démarches vis-à-vis de la Cour de Madrid soient toutes dans ce sens. L’Angleterre fait remarquer avec raison, que 4 600 hommes, réputés déserteurs, qui passent au service du Portugal, n’appartiennent pas à une disposition neutre. Du reste, qui s’est aujourd’hui séparé de l’Europe dans la question portugaise ? C’est l’Espagne toute seule, car, en 1828, elle avait retiré son ambassadeur comme les autres Puissances et, depuis, elle a renoué ses relations, sans avoir consulté les autres cabinets à cet égard. Cependant cette affaire est grave et renferme en elle-même, des germes de discussion et de difficultés que le gouvernement du Roi aura, sans doute, appréciés, depuis longtemps, dans sa prévoyance. Notre union avec l’Angleterre est bien établie, elle est positive, j’espère qu’elle sera durable ; mais, des hasards des circonstances fortuites, détruisent les combinaisons les mieux préparées. Il faut tout prévoir, et vous savez mieux que personne que nous avons des ménagements particuliers à garder avec l’Espagne dont les relations avec nous sont toutes à notre avantage et que, par conséquent, nous devons éviter avec soin que de notre alliée naturelle elle ne devienne notre ennemie.

Vous vous rappelez sûrement, Monsieur, que l’entreprise sur l’Espagne a été l’époque de la décadence de l’Empereur.

Je vous soumets, Monsieur, ces observations parce que vous m’y avez autorisé. Je vous les présente aussi parce qu’il est de mon devoir de vous faire part de toutes mes réflexions quand je crois qu’elles peuvent être utiles au service du Roi.

Vous me faites l’honneur de me demander, Monsieur, comment la question de la Hollande et de la Belgique est envisagé aujourd’hui par les membres de la Conférence.

Je m’empresse de vous dire que, sur ce point, l’opinion exprimée dans votre dépêche du 14 est celle de la Conférence : il faut que les Cours d’Autriche, de Prusse et de Russie, ratifient, tel quel, le traité du 15 novembre ; l’Angleterre et la France ne peuvent rien céder à cet égard ; ce n’est qu’après que cela sera fait, que, dans les arrangements qui auront nécessairement lieu entre la Hollande et la Belgique, on pourra se prêter à tout ce qui paraitra convenable et à tout ce qui pourra fournir des moyens de conciliation.

J’ai eu l’honneur de vous mander le 13 de ce mois que la ratification de la Cour de Russie paraissait certaine d’après les dernières dépêches qu’elle a fait adresser à son ambassadeur à Londres ; cette ratification lèverait les difficultés qui ont arrêté jusqu’ici les ratifications de l’Autriche et de la Prusse ; il est donc permis de croire que vers le milieu du mois prochain le traité du 15 novembre aura reçu toutes les sanctions qui lui étaient nécessaires.

Le roi de Hollande devrait alors être complètement désabusé sur les espérances qu’il a nourries depuis que les 5 Puissances ont semblé marcher avec moins d’accord et comme la mission du comte Orloff lui aura montré aussi qu’il ne peut plus compter, en aucune manière, sur l’appui de la Russie, il est difficile de croire qu’il ne sente pas, enfin, la nécessité de se rapprocher de la Conférence et de terminer avec la Belgique. Cependant l’obstination qui forme un trait si prononcé de son caractère rend cette adhésion encore fort douteuse.

Le moment où le Bill de réforme doit être porté à la chambre des Pairs approche. Il se détache quelques personnes qui faisaient partie de l’ancienne majorité. C’est lord Harrowby qui est à leur tête. Leur nombre ne parait être, que de 24 à 26, mais comme elles seraient prises dans l’opposition Tory, elles donneraient 48 à 52 votes, et vous vous rappelez que le dernier Bill n’a été rejeté que par une majorité de 41 voix. Si on est assuré, de manière à ne pouvoir pas en douter, de ces suffrages, cela simplifiera beaucoup de choses, mais afin que le ministère, dans tous les cas, ne puisse pas éprouver d’embarras dans cette grande question le roi lui a donné la faculté de faire la quantité de Pairs nécessaire pour obtenir la majorité, le priant, toutefois, d’en faire le moins possible.

Le Bulletin de Londres annonce, ce soir, que depuis l’invasion de la maladie elle a atteint 30 individus dont 14 ont succombé ; ainsi, depuis hier, il y a 2 nouveaux cas et 2 décès de plus.

Le Bill sur les autorisations à donner au conseil privé sera lu aujourd’hui, pour la troisième fois, à la chambre des Communes.

Je vous prie, Monsieur, de vouloir bien me faire connaître promptement, les mesures de quarantaine et les autres précautions que le gouvernement du Roi aura ordonnées à Calais et dans les différents ports de France, en conséquence de l’apparition du choléra à Londres. Je désire aussi que le département me donne les directions sur la manière dont devra se faire, dans ces circonstances particulières, le service du portefeuille et de la correspondance de l’ambassade, afin que mes communications avec le gouvernement de S. M. éprouvent le moins d’entraves possible

Agréez, Monsieur, l’assurance de ma haute considération.

Ch. Mau. TALLEYRAND.

******************************************


MAE - ARCHIVES DE NANTES - AMBASSADE DE LONDRES - SERIE K - CARTON 11










RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL / HOME PAGE
RETOUR AU CHAPITRE I : BIOGRAPHIE
RETOUR AU CHAPITRE II : ECRITS
RETOUR AU CHAPITRE III : TRAITES
RETOUR AU CHAPITRE IV : TEXTES, MEMOIRES ET OPINIONS
RETOUR AU CHAPITRE V : REPRESENTATIONS
RETOUR AU CHAPITRE VI : COLLECTION COMBALUZIER
RETOUR AU CHAPITRE VII : DOCUMENTS ET CARTES POSTALES
RETOUR AU CHAPITRE VIII : EVENEMENTS CONTEMPORAINS





© EX-LIBRIS réalisé pour ma collection par Nicolas COZON - Gravure au Burin sur Cuivre
Tirage réalisé par les Ateliers CAPPELLE à Sannois - Val d'Oise -
Remerciements à Hélène NUE




" Quaero, Colligo, Studeo "









Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
Membre fondateur
de l'Association " Les Amis de TALLEYRAND "




Optimisé pour
Espace de téléchargement