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MAE - ARCHIVES DE NANTES - AMBASSADE DE LONDRES - SERIE K - CARTON 11




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LETTRE

DU PRINCE DE TALLEYRAND

A

M. CASIMIR PERIER

PRESIDENT DU CONSEIL DES MINISTRES

EN DATE DU

23 JANVIER 1832







Londres, le 23 janvier 1832

Monsieur,

J’ai l’honneur de vous envoyer la nouvelle déclaration explicative de la convention du 14 décembre, relative aux forteresses de Belgique, qui vient de m’être adressée par les représentants des quatre Cours.

Cette déclaration constate trois faits importants et qui, en répondant à toutes les objections contenues dans vos dernières dépêches, rempliront, je l’espère, les désirs du gouvernent du Roi.

Il résulte de cette pièce :

premièrement : que la Belgique est unie aux Puissances, c’est-à-dire à l’Autriche, la Grande Bretagne, la France, la Prusse et la Russie par des liens identiques ;

secondement : que l’inspection à laquelle étaient assujetties les forteresses, par une conséquence du système militaire de 1815, cessera attendu qu’elle ne serait plus en harmonie avec l’état de neutralité et d’indépendance que les cinq Puissances ont voulu assurer à la Belgique ;

troisièmement : que le reliquat des fonds qui doit être remis à S. M. le roi des Belges, d’après la stipulation contenue dans l’article 5 de la convention du 14 décembre, n’est qu’une indemnité des dépenses qu’entraînera la démolition des places indiquées dans cette même convention et l’on m’assure que ce fonds n’existe plus ou que s’il reste quelque chose c’est de bien peu d’importance.

Mes démarches et celles de M. van de Weyer, qui a bien voulu se laisser diriger par moi et dont je n’ai eu qu’à me louer, ont amené les représentants des quatre Puissances à nous donner cette nouvelle déclaration, quoiqu’ils fussent intimement convaincus que celle du 4 de ce mois aurait pu nous satisfaire. Les ministres qui ont signé la convention se sont prêtés à exprimer dans cette déclaration tout ce qui pourrait bien nous faire connaître l’esprit dans lequel elle a été conçue ; en même temps, ils ont montré une résolution si fortement arrêtée de n’apporter aucun changement ou modification aux stipulations contenues dans la convention. Ils sont si convaincus qu’un acte de cette nature, envoyé aux différents cabinets, probablement ratifié dans plusieurs, ne pouvait plus être réformé, que j’ai été dans l’absolue nécessité d’abandonner, après de longs efforts, l’article relatif à Marienbourg et Philippeville, afin d’obtenir sur les autres points les satisfactions que le gouvernement du Roi désirait avoir. Il m’a été démontré qu’en insistant sur ces deux places, sans consentir, enfin, à les séparer des autres parties de la négociation, c’était tout compromettre sans rien obtenir ; non que les Puissances attachent une importance spéciale à ces deux forteresses, mais parce que, je le répète, leurs représentants à Londres n’ont jamais voulu consentir à détruire une convention qu’ils regardent comme complètement terminée et, en quelque sorte, maintenant hors de leur portée.

L’affaire de Marienbourg et Philippeville tient uniquement à la nécessité dans laquelle on s’est cru placé ici et qui semblait faire une obligation d’assurer la démolition de cinq places puisque le gouvernement belge avait pris, vis-à-vis de la France, l’engagement de se prêter à la démolition de ce nombre de forteresses ; la démolition de Mons, Ath et Menin était déjà arrêtée quand le général Goblet proposa, pour compléter le nombre de cinq, d’y ajouter Marienbourg et Philippeville : cette idée fût alors recueillie.

C’est une circonstance qui a eu une influence fâcheuse sur toute cette affaire, que la nomination du général Goblet, comme négociateur et plénipotentiaire belge. Vous savez, sûrement qu’il avait pris part, comme officier du génie, à une sorte de surveillance des places que l’on construisait ; il était donc difficile qu’il n’apportât pas dans cette affaire quelque préventions. J’ai vu, avec plaisir, qu’il n’avait pas été renvoyé à Londres et que M. van de Weyer devait s’entendre avec moi et restait seul chargé de la négociation.

Les plénipotentiaires des quatre Cours ont pensé que l’acte qu’ils viennent de souscrire parût spontané de leur part, au lieu d’être accordé à la demande du gouvernement belge et j’ai cru qu’il serait sans objet pour nous d’insister sur ce point de forme, auquel ils ont voulu donner la couleur d’une marque d’égards.

Je me félicite, Monsieur, de voir se terminer cette affaire qui, dans l’origine, présentait fort peu de difficultés et qui, ensuite, est venue incidemment, embarrasser l’affaire principale. Je pense que vous trouverez maintenant que le gouvernement du Roi a dans les mains des armes suffisantes pour repousser toute espèce d’attaque, relativement à la convention du 14 décembre, et que vous ne concevez plus aucune inquiétude à cet égard.

J’attends, avec la plus vive impatience, l’autorisation d’échanger les ratifications du traité du 15 novembre et je vous prie, Monsieur, de ne mettre aucun délai à me la faire parvenir. Je ne sais pas si, le 31, les ratifications de la Prusse, de l’Autriche et de la Russie seront à Londres ; mais je ne doute pas qu’elles finissent par arriver surtout quand on verra les ratifications de la France et de l’Angleterre échangées à l’époque fixée. L’accord des deux Puissances sur un acte aussi important fera une grande sensation en Europe.

J’ai reçu, Monsieur, avec la dépêche que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire le 20 de ce mois, l’extrait d’une lettre de la légation du Roi à Berlin.

Cette lettre prouve que les ministres qui dirigent les cabinets du Nord font tous leurs efforts pour séparer la France de l’Angleterre, c’est là leur but, c’est là leur intérêt. Quant aux reproches qui auraient été adressés à M. de Bulow par son gouvernement, j’ai plus que du doute à cet égard car, il m’a communiqué plusieurs de ses dépêches et je n’y ai vu aucune espèce d’improbation donnée à sa conduite ou à son langage ; on s’y plaint seulement de ce qu’on a été trop vite. Je crois qu’il est prudent que notre gouvernement ne fasse pas d’attention aux petites humeurs des cabinets qui se placent dans une trop grande déférence vis-à-vis de la Russie.

Agréez, Monsieur, l’assurance de ma haute considération.

Ch. Mau. TALLEYRAND.

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Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
Membre fondateur
de l'Association " Les Amis de TALLEYRAND "




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