Optimisé pour
Espace de téléchargement












MAE - ARCHIVES DE NANTES - AMBASSADE DE LONDRES - SERIE K - CARTON 11




RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL / HOME PAGE
RETOUR AU CHAPITRE I : BIOGRAPHIE
RETOUR AU CHAPITRE II : ECRITS
RETOUR AU CHAPITRE III : TRAITES
RETOUR AU CHAPITRE IV : TEXTES, MEMOIRES ET OPINIONS
RETOUR AU CHAPITRE V : REPRESENTATIONS
RETOUR AU CHAPITRE VI : COLLECTION COMBALUZIER
RETOUR AU CHAPITRE VII : DOCUMENTS ET CARTES POSTALES
RETOUR AU CHAPITRE VIII : EVENEMENTS CONTEMPORAINS










LETTRE

DU PRINCE DE TALLEYRAND

A

M. CASIMIR PERIER

PRESIDENT DU CONSEIL DES MINISTRES

EN DATE DU

8 JANVIER 1832







8 janvier 1832

Monsieur,

J’ai reçu les dépêches que vous m’avez fait l’honneur de mécrire le 5 de ce mois.

Vous m’annoncez que M. le comte Appony vous a fait connaître, officiellement, que sa Cours et celles de Prusse et de Russie avaient pris la résolution d’ajourner la ratification du traité du 15 novembre. Vous me chargez, dans cette circonstance, d’essayer de faire de la ratification de la France une condition des changements que le gouvernement du Roi voudrait apporter sur la convention des places de Belgique.

Je me suis rendu immédiatement chez lord Palmerston et je lui ai exposé, de nouveau, et avec les détails les plus circonstanciés, les motifs qui portaient le gouvernement de S. M. à insister de la manière la plus forte pour que l’affaire des places ne restât pas dans la situation où elle se trouve depuis la convention du 14 décembre, et pour que, au moins, on adoptât l’idée d’une convention provisoire que j’avais présentée.

Nous avons repris, dans un très long entretien, l’affaire depuis son origine et nous l’avons discutée, de nouveau, dans toutes ses parties.

Lorsque lord Palmerston est arrivé à la négociation de Bruxelles, suivie, au mois de septembre, par M. de Latour Maubourg, il m’a été impossible de ne pas voir que cette démarche avait eu d’influence sur toute la suite de cette affaire ; je suis obligé de répéter qu’elle l’a changée entièrement et qu’aux dispositions toutes bienvenues du 17 avril ont succédé une susceptibilité et une réserve qui pouvait aller jusqu’à la méfiance. Au surplus, lord Palmerston ne me l’a pas caché car il m’a dit : « Vous voyez que vous vous joignez à nous quand vous le croyez avantageux à vos intérêts et puis que vous agissez seuls quand vous croyez que cela vous mène plus droit au but que vous vous proposez. »

Je lui ai répondu : « que je ne connaissais rien qui fût plus opposé à une intrigue que ce qui s’était fait à Bruxelles ; que tout s’était passé si ouvertement que M. Adair en avait eu connaissance et que l’on n’avait pas eu d’autre projet que de se mettre dans des termes de confiance avec un gouvernement nouveau que nous avions tout intérêt à soutenir. »

Lord Palmerston m’a dit alors ; « Convenez que dans tout ceci vous avez une arrière-pensée et que si vous ne l’aviez pas, vous ne vous occuperiez pas tant de Marienbourg et de Philippeville. « Pour vous prouver, ai-je vivement répliqué, que nous n’avons pas d’arrière-pensée, faites apporter la convention du 14 décembre, je la signe à l’instant même. »

Lord Palmerston a gardé un moment le silence et a été un peu embarrassé. Ma réponse a arrêté cette espèce de reproche. Immédiatement nous avons passé à autre chose : il aurait eu à me répondre s’il avait vu le National du 5 dans lequel il est dit que Marienbourg et Philippeville appartiennent à la France.

Comme cette idée de Marienbourg et de Philippeville avaient été plusieurs fois présentées avec quelque intention de nous montrer que nous ne pouvions pas suffisamment déguiser des vues d’intérêt personnel. J’ai voulu faire cesser, une fois pour toutes, cette espèce de récrimination en offrant de signer la convention qui détermine la démolition de ces places. Par là je montrais qu’il n’y aurait eu aucun embarras si la France avait été appelée à la transaction. En même temps je n’offrais rien qui pût compromettre le gouvernement, car je savais très bien que le ministère anglais regardait comme un droit acquis que cette convention fût conclue entre les 4 Puissances et la Belgique seulement.

En général j’ai trouvé lord Palmerston dans cette disposition générale qu’éprouve un ministre quand, sans sa direction particulière, une affaire a pris une tournure déterminée ; il est difficile de le faire changer de marche et ici, nous avons d’autant moins de chances favorables qu’il s’agit de modifier une convention déjà envoyée aux autres Cours. Je dois vous dire que le ministre anglais, amical dans toutes les autres questions, ne parle de celle-ci qu’avec une réserve stricte qui montre qu’il a toujours le Parlement devant les yeux, et que, malgré tous mes efforts, malgré toutes les différentes argumentations auxquelles j’ai eu recours, je n’ai rien pu obtenir. Lord Palmerston n’avait, au surplus, aucune connaissance de la résolution que vous a communiquée M. d’Appony et ses informations ne l’avaient même pas disposé à croire à un refus de ratifier le 15 de ce mois ; il ne comprend pas non plus comment il se fait que M. d’Appony ait parlé officiellement au nom des Cours de Prusse et de Russie. Je n’ai pu obtenir aucun éclaircissement, à cet égard, ni de M. le prince d’Esterhazy ni de M. le baron de Bulow qui sont à la campagne.

N’ayant pas réussi auprès de lord Palmerston, je vais m’adresser à lord Grey et j’irai demain matin le chercher à 10 miles d’ici, dans la maison de campagne où il est établi. J’aurai l’honneur de vous rendre compte de mon entretien avec lui dans une lettre séparée.

Au surplus, Monsieur, quel que soit le résultat de cet entretien et la résolution qui sera prise sur la nouvelle demande du gouvernement du Roi. Ne perdons pas de vue que la susceptibilité nationale en France doit être satisfaite par l’adoption du principe de la démolition des places de Belgique ; que si la neutralité de ce pays s’établit et est respectée, ces places tomberont en ruines comme des causes de dépenses sans utilité et que, si cette neutralité était violée, ces mêmes places seraiznt à la France dès que ses troupes entreraient en campagne.

Je vous conjure de ne prendre aucune résolution qui pourrait affaiblir nos relations avec l’Angleterre et de vous rappeler toujours que c’est là le système politique que j’ai cherché à faire goûter ici où j’ai été fortement secondé par le ministère actuel. Maintenant que nos relations sont bien établies, je dois vous dire que je craindrais que la moindre marque de refroidissement n’ébranlât un système si nouveau, qui a pour ennemi tous les ennemis de la France.

Agréez, Monsieur, l’assurance de ma haute considération.

Ch. Mau. TALLEYRAND.

P. S. J’ai oublié de vous mander qu’à la fin de notre conversation, lord Palmerston m’avait dit qu’il y aurait peut-être un moyen de faire de ceci un article secret. Comment faire un article secret d’une pièce qui a été renvoyé à toutes les Cours et dont les dispositions sont déjà dans le National ?

******************************************


MAE - ARCHIVES DE NANTES - AMBASSADE DE LONDRES - SERIE K - CARTON 11










RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL / HOME PAGE
RETOUR AU CHAPITRE I : BIOGRAPHIE
RETOUR AU CHAPITRE II : ECRITS
RETOUR AU CHAPITRE III : TRAITES
RETOUR AU CHAPITRE IV : TEXTES, MEMOIRES ET OPINIONS
RETOUR AU CHAPITRE V : REPRESENTATIONS
RETOUR AU CHAPITRE VI : COLLECTION COMBALUZIER
RETOUR AU CHAPITRE VII : DOCUMENTS ET CARTES POSTALES
RETOUR AU CHAPITRE VIII : EVENEMENTS CONTEMPORAINS





© EX-LIBRIS réalisé pour ma collection par Nicolas COZON - Gravure au Burin sur Cuivre
Tirage réalisé par les Ateliers CAPPELLE à Sannois - Val d'Oise -
Remerciements à Hélène NUE




" Quaero, Colligo, Studeo "









Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
Membre fondateur
de l'Association " Les Amis de TALLEYRAND "




Optimisé pour
Espace de téléchargement