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MAE - ARCHIVES DE NANTES - AMBASSADE DE LONDRES - SERIE K - CARTON 11




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LETTRE

DU PRINCE DE TALLEYRAND

A

M. CASIMIR PERIER

PRESIDENT DU CONSEIL DES MINISTRES

EN DATE DU

7 JANVIER 1832







7 janvier1832

Monsieur,

J’ai reçu la dépêche que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire le 4 de ce mois.

Je vois, avec un profond regret, que depuis la lecture de la convention du 14 décembre que vous avez sous les yeux, et malgré les observations que j’ai eu l’honneur de vous transmettre, vous avez toujours l’opinion que cette convention continue en Belgique le système de 1815 et que, par conséquent, l’orgueil national de la France doit être blessé de cette transaction.

Cependant, Monsieur, vous reconnaissez que les traités et les engagements de 1815 sont modifiés dans leur application matérielle, mais vous pensez que la Belgique n’en est pas moins associée à un système et liée par des obligations d’une origine antérieure à son existence politique, indépendante et neutre.

Puisque vous admettez maintenant, Monsieur, que les traités sont au moins modifiés dans leur application matérielle, ce qui est un grand point, je ne m’attacherai plus qu’à montrer qu’ils sont non pas modifiés mais détruits dans leur principe.

Il me semble, en effet, que tous les doutes qui auraient pu exister à cet égard, non pas dans mon esprit, parce que je suis convaincu que les idées de Sainte Alliance n’existent aujourd’hui nulle part, doivent avoir été levés par la note que les plénipotentiaires des 4 Cours m’ont remise il y a deux jours et que vous avez maintenant sous les yeux. Ce n’est point un palliatif, ce ne sont pas de simples protestations amicales, c’est une déclaration bien franche que la Belgique n’est associée à aucun système ni ancien ni nouveau, car les plénipotentiaires y disent en termes formels que la convention qu’ils ont signée, le 14 décembre, est fondée sur le système de neutralité et d’indépendance de la Belgique, qu’elle est uniquement en rapport avec lui et enfin qu’elle est seulement destinée à alléger les charges auxquelles, dans son état, ce pays ne pourrait subvenir.

Certes, une convention basée sur de pareils motifs et qui détruit, dans son application matérielle, les actes de 1815, ne saurait, il me semble du moins, avoir pour but et pour effet de lier la Belgique à un système qui rendrait sa dépendance certaine, puisqu’il est positivement déclaré, au contraire, que cette convention est fondée sur le système de neutralité et d’indépendance de ce nouvel état.

Quant au reproche qui porte sur ce qu’on fait contracter à la Belgique des obligations dont l’origine remonte à une époque antérieure à son existence politique indépendante et neutre, je ne crois pas que cette observation soit fondée, car si elle l’était, on n’aurait pas pu charger le nouvel état belge d’aucune portion de la dette du royaume des Pays-Bas puisque cette dette est évidemment antérieure à l’existence politique et à l’indépendance de la Belgique.

Je ne pense pas, Monsieur, que ces différentes remarques vous fassent sentir davantage le prix que nous devons attacher aux déclarations contenues dans la note du 4 de ce mois. Vous avez vu, au reste, dans ma précédente expédition qu’il me serait tout à fait impossible d’obtenir et que je crains de ne pas être à portée, aujourd’hui, de faire agréer l’idée d’une convention provisoire que j’avais précédemment présentée. Je ne vois pas comment, dans l’état actuel des choses (je ne puis juger que de loin) le gouvernement du Roi trouverait de graves obstacles à me permettre maintenant, comme j’en faisais instamment la demande dans ma dépêche précédente, d’échanger les ratifications du traité du 15 novembre. Jugez, Monsieur, combien il serait fâcheux de ne pouvoir pas faire cet échange, au terme convenu, en même temps que le gouvernement anglais, et bien probablement en même temps que les gouvernements prussiens et autrichiens, car les démarches qui doivent avoir lieu à Berlin et à Vienne et les informations qui parviennent ici ne permettent guères de douter que toute hésitation sur ce point aura cessé. Le gouvernement du Roi aurait-il fait tant d’efforts pour ne pas mener son ouvrage jusqu’à son terme ; pour compromettre l’existence et livrer l’Europe à toutes les chances périlleuses dont il l’avait préservée jusqu’ici par son accord intime avec les grandes Puissances ? Une telle résolution causerait une vive joie à La Haye surtout au moment où la réponse de la Conférence presse le cabinet hollandais par des arguments auxquels il aura tant de peine à se soustraire s’il veut conserver des apparences de bonne foi et d’esprit de conciliation. Elle ne pourrait que servir la politique de la Russie qui ne renonce au projet de compliquer et d’embarrasser les affaires de l’occident de l’Europe que lorsqu’elle est convaincue que les Puissances sont d’accord entre elles, et surtout lorsqu’elle ne peut pas se faire illusion sur l’union intime de la France et de l’Angleterre, sans contredit, et malgré les dispositions entièrement amicales du ministère anglais, cette union éprouverait une bien fâcheuse altération le jour où il lui serait démontré que nous nous écartons de la ligne si heureusement suivie depuis la révolution de juillet, et surtout depuis la formation du ministère à la tête duquel vous êtes, Monsieur, si heureusement placé pour la France. La politique anglaise nécessairement changerait, et alors quelle sera la politique de la France ? Ici mon esprit se perd. Je voyais, avec une intelligence bien établie avec l’Angleterre, tous les avantages réunis : l’Europe, maintenue dans une paix profonde et notre politique prenant un essor qu’elle n’avait pas eu encore à ce jour. L’Empereur, lorsqu’il rêvât le partage du monde, voulait le faire avec l’Angleterre. Ce n’est qu’après avoir été repoussé par elle qu’il tournât ses vues vers la Russie avec laquelle il n’a pas pu l’effectuer. Sans se livrer à des conceptions aussi gigantesques et aussi dangereuses, le gouvernement du Roi peut néanmoins adopter tout ce qu’il y avait de grande et haute politique dans ce premier plan, en formant avec l’Angleterre une union étroite et imposante ; mais, je le répète, avec un sentiment d’inquiétude que je ne peux pas vaincre, ce résultat auquel nous sommes arrivés me parait gravement compromis si nous nous écartons de cette Puissance dans un moment décisif pour le règlement des affaires de Belgique.

Je vous conjure, Monsieur, de placer ces différentes considérations sous les yeux du Roi et de son conseil. Si les devoirs qui m’attachent à Londres me permettaient de faire un voyage à Paris j’irais les faire valoir avec toute la force de la conviction la plus intime, mais je n’ai aucune autorisation à cet égard et je craindrais d’ailleurs de jeter les plus grandes inquiétudes dans ce pays en le quittant, même momentanément. Je me détermine à vous envoyer le premier secrétaire de l’ambassade bien au courant de cette affaire et que je charge de vous représenter tous les motifs qui, dans mon opinion, nous impose le devoir d’échanger les ratifications du traité du 15 novembre, au terme convenu, et en même temps que l’Angleterre. Je vous prie, Monsieur, d’accueillir M. Tellier avec bonté.

Je désirerais vivement que la résolution définitive du gouvernement me fût d’abord annoncer par le télégraphe car les moments deviennent précieux.

En terminant cette dépêche, je crois devoir vous dire, Monsieur, que ma disposition personnelle est de douter, mais qu’ici je suis positif ; dans notre union avec l’Angleterre je ne vois qu’avantages certains : il n’y aurait de danger que le jour où cette union viendrait à cesser. Prévenons ce malheur.

Agréez, Monsieur, l’assurance de ma haute considération.

Ch. Mau. TALLEYRAND.

P. S. Vos lettres du 5 que je reçois à l’instant me font retarder le départ de M. Tellier, afin qu’il puisse remporter le résultat des entretiens que je vais avoir avec lord Palmerston et lord Grey.

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Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
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