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MAE - ARCHIVES DE NANTES - AMBASSADE DE LONDRES - SERIE K - CARTON 11




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LETTRE

DU PRINCE DE TALLEYRAND

A

M. CASIMIR PERIER

PRESIDENT DU CONSEIL DES MINISTRES

EN DATE DU

5 JANVIER 1832







5 janvier 1832

Monsieur,

J’ai reçu les dépêches que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire le 31 décembre. Elles m’ont été remises par M. Brenier fils.

Quelque regret que j’eusse éprouvé d’avoir à suivre les directions que j’ai reçues, relativement à la suspension de la ratification du traité du 15 novembre et quelle que soit la gravité des conséquences qui, dans mon esprit, peut résulter de cette résolution, je l’aurais exécutée fidèlement. J’ai toujours suivi ponctuellement les directions qui m’ont été transmises, quand elles m’ont été données d’une manière positive et j’ai toujours jugé que c’était un de mes premiers devoirs. Cependant je me reproche, aujourd’hui, de n’avoir pas donné suite immédiatement à l’idée que j’avais communiquée à M. le comte Sébastiani, par ma dépêche du 19 décembre, et de n’avoir pas proposé au gouvernement anglais et aux ministres des autres Puissances de remplacer la convention du 14 par un acte dans lequel il aurait été arrêté que Mons, Ath, Menin seraient démolis et que le sort des autres places serait déterminé plus tard. Je jugeais que cet expédient, pour lequel j’avais déjà fait des démarches auprès de différents ministres était celui qui pouvait être employé le plus utilement dans les circonstances difficiles où se trouvaient à la fois les cabinets français et anglais, mais une dépêche du 23 décembre m’a obligé à renoncer à ce moyen car il m’a été écrit : « qu’il ne résolvait pas assez la question de principe et que je devais employer tous mes efforts pour que cette affaire se terminât une fois pour toutes, de telle sorte que les droits de la Belgique basés sur son indépendance et sa neutralité fussent respectés en même temps que ceux de la France. »

D’après une réponse aussi précise, j’ai dû abandonner cette idée et lorsqu’ensuite, par votre lettre du 26, Monsieur, vous m’avez autorisé à la reprendre je l’ai essayé, mais il s’était écoulé bien des jours pour qu’elle pût être présentée avec succès. Je l’ai cependant reproduite dans les conférences particulières que j’ai demandées à ce sujet, mais j’ai bientôt reconnu qu’il était impossible de faire revenir les plénipotentiaires qui ont signé la convention du 14 décembre sur un acte qu’ils ont déjà envoyé à leurs cours ; il a donc fallu chercher un nouvel expédient : il se trouve dans la note que j’ai l’honneur de vous envoyer et qui vient de m’être adressée par les plénipotentiaires des quatre cours.

Vous verrez, Monsieur, que les plénipotentiaires se sont appliqués à bien établir que la convention du 14 décembre avait été conçue dans le même esprit que le protocole du 17 avril dont le gouvernement du Roi s’était montré satisfait, et que cette convention, par le fait de la démolition des forteresses, qui doivent être rasées, ne saurait laisser aucun doute sur les sentiments et les vues des 4 Cours. C’est déjà dire qu’elles abjurent toutes les pensées dans lesquelles ces places avaient été construites et que le système de 1815 a été entièrement abandonné : cela, du reste, a toujours été mon opinion et je suis heureux que les notes que je vous envoie aujourd’hui vous en donnent la certitude.

Enfin les plénipotentiaires déclarent que leurs cours s’identifient avec le gouvernement français et par là ils veulent montrer qu’elles ont, comme à l’époque du 17 avril, le désir de rester parfaitement unies à la France.

J’ai cru devoir accuser immédiatement réception de cette pièce. J’ai l’honneur de vous envoyer une copie de ma réponse. Elle ne compromet rien ; elle a seulement pour but de montrer dans quel esprit nous pensons que cette note a dû être conçue et dans quel esprit nous la recevons.

Je dois maintenant vous dire, Monsieur, qu’il ne m’a pas été possible de mieux faire ou de faire autrement ; c’est là le seul moyen qui me soit venu à l’esprit pour obtenir l’espèce de déclaration à laquelle le Roi mettait beaucoup d’importance. J’engage donc le gouvernement de S. M. par toutes les considérations qui peuvent avoir plus de gravité à ses yeux, c’est-à-dire par toutes celles qui se rattachent à la paix de l’Europe à ne plus insister sur des modifications à introduire dans l’arrangement relatif aux forteresses. Le cabinet anglais vous tiendra essentiellement compte de cette nouvelle preuve de l’esprit de conciliation et il s’unira plus étroitement que jamais au gouvernement de S. M.

Je l’ai dit dans plusieurs dépêches précédentes. Je le répète encore aujourd’hui, avec toute la force dont je suis capable : plus nous avons de raison de croire que la Russie a des intérêts trop différents des nôtres, plus nous devons nous rapprocher de l’Angleterre. Avec l’Angleterre, la France, offensivement et défensivement, peut tout. Je vous conjure, Monsieur, de ne pas perdre de vue cette vérité que je regarde comme renfermant toute notre politique actuelle et toute notre destinée. A aucune époque de notre histoire, la France n’a eu l’avantage que ce nouveau système peut lui donner. Il fera la gloire et la fierté de notre nouvelle dynastie.

La question principale, la question de la paix ou de la guerre, est toujours celle de Hollande et de Belgique. Aujourd’hui ne croyez-vous pas qu’il soit nécessaire de ratifier le traité du 15 novembre ? Cette ratification donnée en même temps que celle de l’Angleterre, serait toujours imposante, lors même que la Prusse et l’Autriche ne ratifieraient pas ce qui est moins à craindre qu’on avait pu le croire un moment, car la France et l’Angleterre marchant dans un accord intime imposeront toujours à l’Europe et vaincront beaucoup de résistance.

D’après ces différentes considérations, je vous demande instamment, Monsieur, de m’autoriser à échanger les ratifications au temps convenu afin de ne pas nous séparer de l’Angleterre dans cette importante circonstance.

Il est possible qu’on vous dise que la Russie ne serait pas éloignée de chercher dans de nouvelles combinaisons le moyen de rétablir ses anciens rapports avec la France : ne cédez pas, Monsieur, à cette considération. Il faudra bien des années pour que la Russie oublie l’adhésion morale que la France entière a donnée aux événements de Pologne. Ce que veut la Russie, c’est de nous séparer de l’Angleterre, et les autres Puissances qui sont cependant bien avec nous ne seraient pas fâchées de nous voir nous affaiblir en restant seuls, car elles savent bien que pendant tout le temps que les deux gouvernements seront unis, leur influence dans les affaires politiques de l’Europe ne sera plus ce qu’elle a été pendant 15 ans.

Après plusieurs jours employés à des conférences dont quelques-unes se sont terminées à 4 et 5 heures du matin, nous avons arrêté la réponse qui sera faite à la note et au mémoire du gouvernement hollandais. J’ai l’honneur de vous envoyer ces pièces : vous y remarquerez à l’article où on répond à des réclamations de droits du roi de Hollande sur les forteresses que tous les raisonnements employés à ce sujet rentrent dans l’esprit de la note que viennent de m’adresser les plénipotentiaires des quatre cours.

Nous avons fait imprimer pour nous les pièces que j’ai l’honneur de vous envoyer pour éviter les incorrections de copistes.

Agréez, Monsieur, l’assurance de ma haute considération.

Ch. Mau. TALLEYRAND.

P.S. Je vous prie de remettre la lettre ci-jointe au Roi.

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Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
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