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MAE - ARCHIVES DE NANTES - AMBASSADE DE LONDRES - SERIE K - CARTON 11




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LETTRE

DU PRINCE DE TALLEYRAND

A

M. CASIMIR PERIER

PRESIDENT DU CONSEIL DES MINISTRES

EN DATE DU

2 JANVIER 1832







2 janvier 1832

Monsieur,

J’ai reçu les dépêches que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire le 30 décembre.

Je pense que la lecture que vous aurez prise de la convention signée le 14 du mois dernier, signée entre les plénipotentiaires des 4 cours et le général Goblet et les communications que vous avez dû recevoir de lord Granville auront achevé d’effacer les impressions dont la trace se trouve encore dans votre dernière expédition.

En effet, Monsieur, il me parait impossible de croire que par cette convention du 14 on aurait eu pour but de perpétuer, relativement aux forteresses de Belgique, le système de 1815. Je trouve, au contraire, dans ses dispositions, la preuve que ce système est abandonné et que, dorénavant, les Puissances laissent à la Belgique seule le soin de s’occuper de la conservation des places construites dans son territoire ; s’il en était autrement les Puissances se seraient réservées le droit sur l’état d’entretien de ces forteresses, elles auraient stipulé par qui, et à quelles époques cette inspection serait faite et elles auraient prévu les mesures qui seraient prises si l’état des places ne répondait pas à leurs vues.

Aucune disposition semblable ne se fait remarquer dans la convention du 14. Seulement l’article 4 dit que le roi de Belgique s’engage à entretenir en bon état les places qui ne sont pas désignées dans les articles précédents ; mais, Monsieur, les Puissances, en ne faisant plus de sacrifice pécuniaire pour l’entretien de ces places, c’était trop dire qu’il ne se ferait pas ou du moins qu’il se ferait mal. Quand les Puissances ont dépensé plus de 150 millions, il est tout simple qu’elles ne veulent pas que l’on puisse dire, en plein Parlement, qu’elles renoncent à tout ce qui avait été le résultat d’une mise de fonds si considérable ; c’était donner trop davantage à leurs adversaires.

Il est évident que jugeant ce système de places désormais illusoire depuis la séparation de la Hollande et de la Belgique, depuis la destruction du royaume des Pays-Bas qui donnait force et appui à ce système, les Puissances ont cessé de mettre un grand intérêt à ces forteresses et qu’il leur a même été indifférent de s’assurer si elles seraient convenablement entretenues.

Une circonstance qui doit être ici remarquée, c’est que les Puissances ne se sont réservées un droit d’inspection que pour s’assurer de la démolition des places (article 6) et qu’elles n’ont pas dit aux frais de qui se ferait cette démolition. Le gouvernement belge s’est flatté d’obtenir pour cet objet le reliquat des fonds qui pouvait exister dans la caisse affectée à cet emploi ; je ne crois pas que cela lui rapporte grand-chose car lord Palmerston m’a assuré, ainsi que j’ai eu l’honneur de vous le mander, dans une précédente lettre, que ces fonds ont été entièrement épuisés.

Je n’ai certes pas approuvé la convention du 14 décembre ; ma correspondance et toutes mes démarches depuis 15 jours le prouvent assez ; cependant je crois, Monsieur, devoir répondre à quelques remarques que contient l’une de vos dépêches du 30, sur les droits que nous assurerait le protocole du 17 avril.

Il ne faut pas oublier qu’en l’adoptant les Puissances n’ont nullement pensé qu’elles nous concédaient un droit quelconque ; elles ont voulu seulement consacrer un principe et ce principe nous convenait. Vous ne trouverez dans ce protocole aucune stipulation d’où il puisse résulter que la France sera immédiatement ou après la constitution de l’état belge, appelée à délibérer sur la démolition des places qui y avaient été construites. Rappelez-vous bien l’état des choses : les Puissances ont voulu donner au gouvernement français et particulièrement à la nouvelle administration qui venait alors de se former un témoignage de leur confiance et de l’esprit de conciliation qui les animait mais elles n’ont pas entendu qu’il sortirait de là ce qu’on pourrait appeler plus tard un droit et en effet il ne pouvait y avoir de droit, s’il n’était établi sur rien. Le gouvernement du Roi, quand il examinera de nouveau la question, jugera, à ce que je crois, qu’il n’est fondé, ni par la lettre ni par l’esprit du protocole du 17 avril à repousser la convention du 14 décembre et il me sera permis de dire encore ici que c’est depuis que nous avons exprimé cette manière d’envisager la question, par les négociations suivies à Bruxelles au mois de septembre dernier, que les Puissances se sont tenues plus renfermées dans ce qu’elles jugeaient être le véritable sens du protocole du 17 avril, ne voulant dire que ce qu’elles avaient dit et ne pensant pas se prêter à ce qu’on fit prendre à ce protocole plus d’extension qu’on n’avait entendu lui donner.

Je vous remercie beaucoup, Monsieur, d’avoir bien voulu m’informer du résultat d’une conférence que vous avez eue avec les ambassadeurs d’Autriche de Russie et le ministre de Prusse sur la question des ratifications du traité du 15 novembre. Le langage que vous a tenu M. de Werther est parfaitement d’accord avec ce que me dit ici M. de Bulow et je pense que nous sommes fondés à croire que les cours de Prusse et d’Autriche enverront leurs ratifications.

J’ai eu l’honneur de vous mander que le gouvernement anglais venait d’ordonner à ses légations à Berlin et en Autriche de faire les plus instantes démarches pour presser l’envoi de ces ratifications et que, de mon côté, j’avais engagé M. le maréchal Maison et M. Bresson à s’associer à ces démarches. Le cabinet anglais pressé par le retour prochain du Parlement, a le plus vif désir de connaître, sans le moindre retard le parti que l’on aura pris pour préparer à cet égard le langage qu’il aura à tenir le 17. C’est par ce motif que je vous ai prié de vouloir bien permettre que les moyens télégraphiques fussent employés à cette transmission. Je viens encore vous demander, Monsieur, de faire toutes les recommandations convenables pour que l’on apporte la plus grande exactitude et la plus grande célérité dans l’envoi de cette importante nouvelle. Le moyen que vous aurez à mettre en usage et qui ne peut être ignoré des cabinets de Vienne et de Berlin aura l’avantage de montrer l’accord qui existe entre le gouvernement français et le gouvernement anglais.

Soyez assez bon pour ordonner que dans les dépêches que vous voulez bien m’écrire il y ait quelques mots sur la situation de l’Italie.

Je vous remercie, Monsieur, d’avoir eu l’attention de m’annoncer que la santé de M. le général Sébastiani s’améliorait sensiblement.

Agréez, Monsieur, l’assurance de ma haute considération.

Ch. Mau. TALLEYRAND.

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Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
Membre fondateur
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