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MAE - ARCHIVES DE NANTES - AMBASSADE DE LONDRES - SERIE K - CARTON 11




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LETTRE

DU PRINCE DE TALLEYRAND

AU

COMTE SEBASTIANI

MINISTRE DES AFFAIRES ETRANGERES

EN DATE DU

27 DECEMBRE 1831







27 décembre 1831

Monsieur le comte,

J’ai vu, enfin, M. le général Goblet qui m’a annoncé qu’il avait fait, ainsi que le plénipotentiaire belge, des démarches pour que Marienbourg et Philippeville ne fussent plus comprises dans les places à démolir en Belgique. De mon côté, j’avais employé tout ce que vous m’aviez fourni de raisonnements à faire valoir, et je n’avais négligé aucune démarche auprès de toutes les personnes influentes. Depuis mon entrevue avec le général Goblet, j’ai renouvelé tous mes efforts.

Deux conseils de cabinet ont été tenus, l’un hier, l’autre aujourd’hui, et j’ai le regret d’avoir à vous annoncer que le ministère anglais trouve qu’il y aurait des inconvénients réels à faire aucun changement à la convention qui vient d’être conclue avec le gouvernement belge.

Je me hâte de vous assurer, M. le comte, que dans cette détermination il n’y a absolument rien d’hostile contre la France et qu’il ne s’y trouve aucune trace, aucun souvenir de la Sainte Alliance, ni aucune tendance vers un semblable système. L’Angleterre n’a pas, surtout aujourd’hui, une politique qui soit dirigée contre les intérêts de la France mais le cabinet qui la conduit a des difficultés de position qui ne lui permettent pas de transiger avec autant d’abandon, sur des questions où se trouvent mêlées des considérations de plusieurs natures. Il ne lui est pas aisé de dire, aujourd’hui, au Parlement devant le parti qui l’a précédé au pouvoir : « vous avez fait des constructions inutiles, vous avez jeté 80 millions dans l’eau. »

Je l’ai déjà fait observer dans plusieurs de mes lettres, c’est la crainte des attaques de l’opposition qui a rendu le ministère anglais plus circonspect et plus timide dans la conduite de cette affaire. La négociation suivie isolément à Bruxelles a jeté aussi beaucoup de susceptibilités dans les esprits mais il y a loin de ces différentes dispositions aux sentiments haineux et vindicatifs qui avaient inspiré les actes des Puissances alliées dans les années qui ont suivi 1815.

Le gouvernement du Roi peut être bien rassuré à cet égard et je crois que, dans l’état actuel de l’Europe, dans un moment où les événements de Pologne ont resserré les liens des trois Puissances qui y ont des intérêts communs, nous devons considérer l’affaire des forteresses de Belgique comme une affaire du second ordre, et ne pas la laisser dégénérer en discussion plus ou moins personnelle avec l’Angleterre. Plus les Puissances du Nord sont unies entre elles, plus nous avons de motifs pour nous serrer contre l’Angleterre et pour ne faire, en quelque sorte, qu’un corps politique avec elle. Il ne faut pas que dans le moment où les ratifications du traité du 15 novembre sont une chose si importante il se montre quelque dissentiment entre les cabinets de France et d’Angleterre.

Je sens que dans l’état de choses actuel, cette manière de voir doit vous coûter beaucoup, mais quand on a un grand but il ne faut pas se laisser arrêter par des obstacles d’un ordre inférieur.

Du reste, il y a plus d’un moyen de soutenir le résultat de la négociation qui vient d’être terminée. Le gouvernement du Roi saura en tirer parti avec son habileté ordinaire mais la prudence ne commande pas moins de tenir cette affaire dans le plus grand secret afin d’empêcher quelques journaux d’exciter les esprits et de déplacer toutes les questions.

En dernière analyse, la démolition de Mons, Ath, Menin prouve jusqu’à la dernière évidence que les Puissances ont consenti à rompre l’ancien système qui blessait la France, concession qu’elles n’étaient certainement pas disposées à faire au précédent gouvernement.

Depuis ma conférence avec le général Goblet j’ai vu lord Palmerston et j’ai eu avec lui un long entretien. Nous avons repris, dans son ensemble, dans toute la question des forteresses. Je lui ai répété les arguments les plus puissants qui étaient dans vos dernières lettres ; je n’ai point fait d’impression. Ses protestations pour la France ont été les mêmes. Son union avec l’Angleterre lui parait du plus grand intérêt pour la conservation de la paix ; cette opinion est celle de tout ce qui compose le cabinet. Une longue lettre qui a été écrite, hier à lord Granville renferme tous les raisonnements que m’a fait lord Palmerston et dont sûrement il vous sera donné communication.

La Sainte Alliance est si éloignée du système de l’Angleterre que lord Palmerston en a vivement repoussé l’idée.

J’ai reçu, M. le comte, que vous m’avez l’honneur de m’écrire, le 23 de ce mois, ainsi que les pièces qui y étaient jointes.

Je vois, avec plaisir, ces deux ratifications obtenues. Il n’y aurait guère de motif de s’occuper du temps, plus ou moins long, que la Russie mettrait à se décider.

Les ministres de cette Cour à Londres paraissent toujours fort peinés de la dépêche qu’ils ont reçue de Moscou. Cependant cette dépêche qui est du 29 septembre a été suivie, le 7 octobre, d’une dépêche dont le ton est fort différent de la première. Elle ne renferme pas de reproches et elle annonce une autre expédition qui n’est pas encore arrivée. Celle-ci fera connaître la détermination qui aura été prise relativement au traité.

Agréez, Monsieur le Comte, l’assurance de ma haute considération.

Ch. Mau. TALLEYRAND.

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Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
Membre fondateur
de l'Association " Les Amis de TALLEYRAND "




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