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MAE - ARCHIVES DE NANTES - AMBASSADE DE LONDRES - SERIE K - CARTON 11




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LETTRE

DU PRINCE DE TALLEYRAND

AU

COMTE SEBASTIANI

MINISTRE DES AFFAIRES ETRANGERES

EN DATE DU

25 DECEMBRE 1831







Londres, le 25 décembre 1831

Monsieur le Comte,

J’ai reçu par le Foreign Office la dépêche que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire le 21 de ce mois, ainsi que deux extraits de la correspondance de la légation du Roi à Berlin et une copie de la convention préliminaire conclue par M. van de Weyer relativement aux forteresses de a Belgique.

La dernière clause de cette convention parait avoir excité vos inquiétudes parce que vous croyez y voir l’intention de continuer le système de 1815. Je vous avoue que quand à présent je ne partage en aucune manière vos craintes. D’abord je vous prie, M. le comte, de vouloir bien remarquer que l’acte dont il s’agit, n’étant que provisoire, il est naturel qu’on ait stipulé que les 4 Cours et le roi des Belges se réservaient de conclure à cet égard une convention subséquente qui, en effet, a été signée dernièrement avec le général Goblet ; en second lieu je ferai observer que ce n’est pas le premier acte dans lequel on ait pris relativement aux forteresses de Belgique des dispositions, sans que l’intervention de la France ait paru admissible. Le protocole du 17 avril en offre la preuve et la note qui y était jointe n’offre d’autre caractère que celui de grands égards. Le protocole du 29 août que vous avez dû trouver parmi les pièces que le ministère belge vous a fait transmettre dernièrement, vous montre ainsi que les plénipotentiaires n’ont jamais pensé qu’une Puissance tierce puisse intervenir dans l’examen des questions relatives aux places fortes. Ceci n’est donc as un fait nouveau dont nous ayons plus à nous plaindre que de tout ce qui a été fait depuis que les Puissances ont voulu donner une preuve d’amitié et de condescendance à la France en consentant à la démolition d’un certain nombre de places en Belgique.

Mais, M. le comte, que le gouvernement du Roi se garde bien de croire que dans la marche actuelle des affaires, soit pour la ratification un peu retardée du traité du 15 novembre, soit pour la désignation des places à démolir, il y ait quelque retour vers la Sainte Alliance. Je certifie que l’esprit de la Sainte Alliance ne se retrouve aujourd’hui nulle part ; que ce lien est rompu entre les cabinets et qu’il ne pourrait se reformer que par un changement de ministère en France, parce que alors, je dois vous le dire, l’Europe se croirait menacée.

L’Angleterre, gouvernée par lord Castlereagh n’a jamais osé avouer l’intérêt qu’elle prenait à cette confédération et a plusieurs fois déclaré qu’elle n’en faisait pas partie. Comment pourrait-on supposer que le parti Whig qui, par principe, veut toujours être d’accord avec lui-même et qui a combattu pendant des années la Sainte Alliance pût imaginer d’en provoquer le rétablissement ou même d’y consentir.

Voici à mon sens l’explication complète de ce qui se passe.

L’affaire des forteresses tient à trois causes : la première vient de la négociation suivie isolément et à ce qu’on dit ici un peu impérieusement à Bruxelles.

La seconde, comme vous le dites et comme de nouveaux motifs chaque jour me le font croire, vient de l’intrigue belge formée à Bruxelles.

La troisième tient aux craintes qu’inspirent à lord Grey et à lord Palmerston les attaques de l’opposition qu’ils ont commencé à redouter davantage depuis un entretien que lord Grey a eu il y a quelques mois avec le duc de Wellington sur cette même question des forteresses et dans lequel il paraitrait que l’idée de la démolition générale ou de quelques-unes des places qu’à la vérité il avait construites, n’avait pas été approuvée par l’ancien chef des armées.

Je dois maintenant vous engager à ne pas mettre trop d’importance aux retards qu’éprouve la ratification du traité du 15 novembre ; ils ne doivent inspirer au gouvernement du Roi aucune crainte sérieuse. Les souverains qui ont avec le roi de Hollande des liens de parenté trouvent que la Conférence a été un peu vite et, en effet, nos efforts ont conduit au terme plutôt qu’on ne s’y était attendu.

Aujourd’hui les souverains qui reçoivent des reproches du roi de Hollande trouvent dans la lenteur des marques d’égards que, soit par des liens de parenté, soit par d’anciennes relations, ils sont bien aises de conserver avec lui.

Rien n’indique jusqu’à présent que cette lenteur passe les bornes fixées par le traité, du moins nous sommes fondés à croire que la Prusse et l’Autriche enverront leur ratification avant cette époque. Quant à la Russie les actes se font toujours attendre ; elle n’a en général agi avec les autres Puissances que quand son souverain, ce qui lui est arrivé plusieurs fois, se trouvait dans un lieu où se prenaient les déterminations.

J’ai indiqué plus haut les causes fort indépendantes de toute arrière-pensée et de tout système anti français, qui ont influé sur l’affaire de la démolition des places. Qu’il me soit encore permis de dire que dans mon opinion nous ne devons pas attacher une trop grande importance à ses résultats ; nous n’avons jamais dû penser qu’elles seraient toutes démolies, celles qui le sont : Mons, Ath, Menin sont, surtout les deux premières, fort importantes ; ainsi voilà donc une conséquence des négociations qui justifie les paroles qui ont été prononcées du haut du trône. Quant à Marienbourg et Philippeville, il est de notre intérêt d’agir avec précaution, parce que des réclamations prolongées à cet égard donneraient plus de force à l’opinion qui nous attribue sur ce territoire une arrière-pensée. Il est nécessaire d’écarter tout soupçon et de ne pas donner plus de consistance aux arrière-pensées qu’on nous suppose. Enfin, pour ce qui concerne ces deux places, elles ne sont pas dans la catégorie de celles qu’on peut dire avoir été élevées en haine de la France ; ainsi leur destruction ne serait pas en opposition avec l’engagement pris par le discours du trône, qu’il faut mettre à l’abri de toute espèce de reproches.

En dernière analyse je pense, M. le comte, que n’ayant jamais eu de droit de propriété sur les forteresses de la Belgique, nous ne sommes pas autorisés par conséquent à nous plaindre de ne pas avoir été appelés directement à la discussion de cet intérêt. Je pense aussi que les résultats de cette négociation, par suite de circonstances assez peu graves que j’ai indiquées dans le cours de cette lettre ne sont pas satisfaisants mais qu’ils peuvent être acceptés puisque le principe de la démolition est respecté et que des places importantes fort rapprochées de notre frontière, évidemment élevées et dirigées contre nous comme Ath et Mons vont offrir une réparation à nos malheurs de 1815. Dans cette situation des affaires, je crois que le gouvernement du Roi n’a vraiment pas de motifs assez graves pour exprimer quelque résolution qui jetterait peut-être de la froideur dans nos relations avec les autres Puissances dans un moment où, au contraire, il est si important de rester uni avec elles pour arriver à la solution des affaires de Hollande et de Belgique.

Le prince Adam Gartorinski est ici depuis quelques jours ; il est venu me voir dès son arrivée et j’ai repris avec lui des relations qui datent surtout du Congrès de Vienne où nous avons travaillé ensemble aux stipulations qui devaient assurer la nationalité et la liberté des Polonais. Les efforts que je faisais avec lui à cette époque et qu’il m’a rappelées, répondent suffisamment, il me semble, aux sentiments que me prêtait dernièrement le rédacteur d’un article politique, qui a paru dans le Constitutionnel et qui, soit mal ou qui veut savoir mal, ce qui s’est passé au Congrès de 1814 et 1815.

Agréez, Monsieur le Comte, l’assurance de ma haute considération.

Ch. Mau. TALLEYRAND.

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