Optimisé pour
Espace de téléchargement




















MAE - ARCHIVES DE NANTES - AMBASSADE DE LONDRES - SERIE K - CARTON 11




RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL / HOME PAGE
RETOUR AU CHAPITRE I : BIOGRAPHIE
RETOUR AU CHAPITRE II : ECRITS
RETOUR AU CHAPITRE III : TRAITES
RETOUR AU CHAPITRE IV : TEXTES, MEMOIRES ET OPINIONS
RETOUR AU CHAPITRE V : REPRESENTATIONS
RETOUR AU CHAPITRE VI : COLLECTION COMBALUZIER
RETOUR AU CHAPITRE VII : DOCUMENTS ET CARTES POSTALES
RETOUR AU CHAPITRE VIII : EVENEMENTS CONTEMPORAINS










LETTRE

DU PRINCE DE TALLEYRAND

AU

COMTE SEBASTIANI

MINISTRE DES AFFAIRES ETRANGERES

EN DATE DU

24 DECEMBRE 1831







Londres, le 24 décembre 1831.

Monsieur le comte,

Depuis plusieurs jours j’avais cherché, mais inutilement, à rencontrer M. van de Weyer ; il est venu me voir hier mais je n’ai pas vu M. le général Goblet depuis qu’il a terminé la négociation relative aux forteresses de Belgique.

M. van de Weyer s’est attaché principalement à repousser l’idée que les plénipotentiaires belges et leur gouvernement aient pu mettre de la dissimulation dans cette affaire afin d’en cacher la marche et les résultats au cabinet français ; il a été jusqu’à me dire que le secret qu’on avait gardé vis-à-vis de nous était une réserve que le gouvernement belge s’était imposé afin de ne pas compromettre le gouvernement français dans quelque discussion avec le gouvernement anglais.

J’avoue que cette espèce d’apologie m’a paru d’une faiblesse extrême et qu’elle pouvait même mériter quelque épithète un peu sévère, mais j’ai été fort surpris quand j’ai vu par un mémoire du cabinet de Bruxelles que j’ai reçu hier du général Belliard que ce moyen de justification n’était pas de l’invention de M. de van de Weyer et qu’il formerait l’une des considérations principales dont ce cabinet fait usage dans la justification vis-à-vis du gouvernement du Roi.

Toute cette prétendue justification, dont vous avez eu, M. le comte, une communication immédiate, me parait péniblement conçue et manquer de vraisemblance sur plusieurs points.

On doit remarquer d’abord toute la peine que se donne le cabinet de Bruxelles pour établir que c’est l’Angleterre qui a demandé la démolition de Philippeville et de Marienbourg tandis qu’il est évident que la Belgique, alarmée des anciens droits de la France sur des portions de territoire conservés en 1814 et enlevés par les malheurs de 1815 a voulu que les anciens possesseurs fussent moins tentés de recouvrer cette espèce d’enclave.

Le gouvernement belge prétend que le cabinet anglais a insisté sur la démolition de ces deux places parce qu’il sera alors sur un meilleur terrain vis-à-vis de l’opposition parlementaire que d’ailleurs la Belgique serait à l’abri des reproches de la France par cela même que les quatre Puissances auraient exigé cette démolition mais que la France n’aurait pas à s’en plaindre puisqu’elle demandait originairement la remise de ces places seulement parce qu’elles gênaient les communications entre Maubeuge et Guich et que par conséquent ce désavantage allait disparaitre . Je vais reprendre l’une après l’autre ces trois allégations.

Celle qui se rapporte à l’opposition anglaise ne parait pas plausible car le cabinet anglais n’étant pas dans l’obligation de choisir en Belgique un nombre de places déterminé n’avait pas à s’arrêter à celles qui avaient le moins couté aux alliés . De quoi s’agissait-il ? C’était non pas de détruire 3, 4 ou 5 places mais de supprimer celles qui n’étaient plus en rapport avec la situation actuelle de la Belgique. Ainsi le cabinet anglais n’avait pas à compléter avec les forteresses qui avaient coûté le moins d’argent un nombre quelconque qi eût été promis et il aurait pu se borner à Mons, Ath et Menin. Les 2 places de moins à démolir était plutôt une considération à faire valoir au Parlement.

C’est donc un autre intérêt que l’intérêt parlementaire qui a fait penser à Philippeville et Marienbourg. Cet intérêt est bien plus belge qu’il n’est anglais.

Quant au raisonnement qui a pour but de prouver que les Puissances ont voulu affranchir la Belgique de toute responsabilité envers la France, il est évidemment forcé ; car, si la Belgique était responsable vis-à-vis de nous, elle pouvait refuser de consentir. N’en précisant pas ce refus et se tenant à l’écart de moi sa responsabilité restait toute entière.

Mais, sans contredits, le plus faux de tous les arguments est le dernier : celui qui tend à prouver que la France n’a pas même à se plaindre de la démolition de Marienbourg et Philippeville parce que ces places ne gêneront plus les communications de Maubeuge et de Guich. Ce raisonnement n’a pas pu être fait par les plénipotentiaires des 4 Puissances. Il est évident que si la France a pu témoigner quelque désir de recouvrer un territoire qu’elle n’a cédé que dans de malheureuses circonstances et si elle a fait remarquer que la perte de ce territoire gênait certaines communications, sur sa propre frontière, ce n(est pas la démolition de Marienbourg et de Philippeville qui pourra la dédommager et qui facilitera ses communications ; ce serait le recouvrement du territoire et non pas la démolition des places qui pourrait lui assurer ces facilités.

Des moyens aussi faibles ne peuvent pas porter quelque conviction dans les esprits.

Une pièce dont les Belges paraissent se servir avec une sorte de satisfaction, parce qu’elle semble les dédommager de ce qu’a pu leur coûter l’engagement du 8 septembre à M. de Maubourg, c’est un protocole signé à Londres le 29 août 1831, par lequel les plénipotentiaires des 4 Puissances ont décliné la proposition que le ministère français avait faite à l’ambassadeur d’Angleterre à Paris tendant à ce que l’envoyé de S. M. britannique à Bruxelles fût autorisé par les 4 cours à traiter avec le gouvernement belge, et avec un plénipotentiaire français, de la démolition des forteresses.

Ce protocole dont je n’ai jamais eu connaissance confirme ce que j’ai eu l’honneur de vous mander, M. le comte, le 24 août, lorsque vous désiriez que M. Adair fût chargé d’entrer en négociation avec le gouvernement belge et avec M. de Maubourg. Je ne savais pas alors que cette proposition serait adressée par l’intermédiaire de lord Granville et de lord Palmerston aux membres de la Conférence, mais je prévoyais et j’avais l’honneur de vous dire, que l’on verrait avec peine que la suite de cette affaire fût remise entre les mains du seul plénipotentiaire anglais en Belgique et que la susceptibilité des plénipotentiaires des autres Puissances se montrerait sur cette proposition. Je regrette aujourd’hui, je vous avoue, qu’elle ait été faite, car il est évident pour moi, que le cabinet français ayant montré ainsi le désir de porter l’affaire sur un nouveau terrain, et dans d’autres mains, a fait naître des difficultés qui ne s’étaient pas présentées jusques là ; aussi, remarquez, je vous prie, la conclusion de ce protocole du 29 août, que les Belges ne manquent pas de rappeler avec complaisance. Cette conclusion est : « qu’il serait impossible pour les 4 cours d’associer une Puissance tierce aux négociations dont les forteresses seraient l’objet. » L’esprit du protocole du 17 avril était bien moins concentré dans l’intérêt des 4 Puissances.

C’est qu’alors nous nous éloignions moins d’elles et que nous ne témoignions pas d’autre désir que de voir la démolition de certaines places de Belgique être le résultat de la confiance que nous avions su inspirer aux différents cabinets. Si nous avons manqué le but c’est peut-être pour l’avoir dépassé en faisant trop d’effort pour l’atteindre.

Il ne me reste plus à faire sur les pièces communiquées au général Belliard par le ministère belge qu’une remarque un peu minutieuse, peut-être, mais qui n’en a pas moins son importance.

La note du 8 octobre remise à M. de Maubourg était si peu un acte indifférent dans ses conséquences, quoique le ministre des Affaires étrangères y soit seul intervenu, et, au contraire, elle devait tellement engagée le gouvernement belge, qu’elle fût délibérée et approuvée en conseil des ministres. Toutes leurs signatures, au nombre de quatre, se trouvent à ce qu’il parait, au bas de la minute. On avait voulu que M. Belliard ne connût pas cette circonstance et on avait tracé autour de ces signatures un entourage à l’encre, auprès duquel on avait écrit : « Ne pas copier. »

Mais un commis plus fidèle qu’intelligent a tout transcrit et l’entourage et les mots : « Ne pas copier » se trouvent scrupuleusement reproduits et je les ai entre mes mains. Ainsi nous savons, grâce à cette inadvertance, que MM. Baikem, de Brouckere, Eckmann et Coynen s’étaient réunis à M. de Mentenaëre pour l’adoption de l’engagement du 8 septembre.

Si je suis entré dans ces détails, M. le comte, c’est que je tenais à vous faire connaître l’impression qu’a produite sur mon esprit l’apologie du gouvernement belge.

Il en résulte pour moi que si ses ménagements pour la France ont été jusqu’à lui dissimuler l’état de l’affaire des forteresses dans la crainte de l’associer à une défaite il n’en est pas moins certain qu’il a cherché à faire prévaloir les calculs d’une politique étroite, timide, et trop promptement affranchie de la reconnaissance qu’il doit garder à la France.

Ce résultat, il me semble, doit être une leçon pour nous quant à l’avenir, mais ne doit pas, je crois, déterminer le gouvernement du Roi à faire de tout ceci une trop grande affaire.

Agréez, Monsieur le Comte, l’assurance de ma haute considération.

Ch. Mau. TALLEYRAND.

******************************************


MAE - ARCHIVES DE NANTES - AMBASSADE DE LONDRES - SERIE K - CARTON 11










RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL / HOME PAGE
RETOUR AU CHAPITRE I : BIOGRAPHIE
RETOUR AU CHAPITRE II : ECRITS
RETOUR AU CHAPITRE III : TRAITES
RETOUR AU CHAPITRE IV : TEXTES, MEMOIRES ET OPINIONS
RETOUR AU CHAPITRE V : REPRESENTATIONS
RETOUR AU CHAPITRE VI : COLLECTION COMBALUZIER
RETOUR AU CHAPITRE VII : DOCUMENTS ET CARTES POSTALES
RETOUR AU CHAPITRE VIII : EVENEMENTS CONTEMPORAINS





© EX-LIBRIS réalisé pour ma collection par Nicolas COZON - Gravure au Burin sur Cuivre
Tirage réalisé par les Ateliers CAPPELLE à Sannois - Val d'Oise -
Remerciements à Hélène NUE




" Quaero, Colligo, Studeo "









Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
Membre fondateur
de l'Association " Les Amis de TALLEYRAND "




Optimisé pour
Espace de téléchargement