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MAE - ARCHIVES DE NANTES - AMBASSADE DE LONDRES - SERIE K - CARTON 11




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LETTRE

DU PRINCE DE TALLEYRAND

AU

COMTE SEBASTIANI

MINISTRE DES AFFAIRES ETRANGERES

EN DATE DU

22 DECEMBRE 1831







22 décembre 1831

Monsieur le comte,

J’ai reçu les dépêches que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire le 19 et le 20 de ce mois.

Je vois, avec regret, que le gouvernement du Roi cède à la pensée que le résultat de la négociation pour les forteresses de la Belgique peut être une suite de la Sainte Alliance. Ce système, M. le comte n’existe plus et ne saurait plus se réformer. J’en trouve les preuves fréquentes dans toutes les relations que j’entretiens ici mais il en existe une bien frappante dans la note du 14 juillet qui me fût adressée lors de la transmission officielle du protocole du 17 avril et dans laquelle il est dit que les Puissances veulent par cette communication donner un nouveau témoignage de la confiance que leur inspirent les dispositions manifestées par le gouvernement de S. M. le Roi des Français, en faveur du maintien de la paix générale.

En effet, M. le comte, à cette époque l’affaire des forteresses était entendue dans le sens le plus favorable à la France et je peux même dire, qu’alors, elle ne présentait aucune difficulté parce que d’une part les Puissances tenaient à témoigner au gouvernement français toute la satisfaction qu’elles éprouvaient de le voir intimement uni à leur marche politique dans les affaires de Hollande et de Belgique ; et que d’autre part elle n’attachaient plus d’importance à l’existence de places fortes qui, n’étant plus appuyées sur l’ancien royaume des Pays-Bas, ne se liaient plus, par conséquent, et surtout depuis la neutralité de la Belgique au système qui les avait fait construire.

Mais je ne peux pas dissimuler, et je dois même dire, que ces dispositions si conciliantes ont éprouvé une forte altération lorsqu’on a appris l’engagement que notre gouvernement avait fait contracter au roi Léopold. La correspondance de Bruxelles avec les plénipotentiaires qui sont ici, l’a représenté comme ayant été imposé avec les formes les plus impératives. C’est de ce moment qu’on peut marquer sur cette question, mais sur cette question seulement, un changement notable dans les idées des plénipotentiaires. Les intrigues des Belges ont profité de cette modification qui s’était opérée dans les intentions des représentants des Puissances et les inquiétudes exagérées du cabinet anglais sur les attaques de l’opposition ont achevé d’atténuer les résultats que nous pouvions, et que nous devions nous promettre dans le commencement de la négociation.

Je crois, M. le comte, d’après toutes les lettres que je reçois, qu’à Paris on fait de cette question une affaire plus importante qu’elle ne l’est réellement. On ne remarque pas assez que la Belgique actuelle n’est plus la Belgique de 1815 ; que la Hollande n’est plus la Hollande de cette époque et que, depuis que les actes de la Conférence ont proclamé l’indépendance d’un grand peuple, il n’y a plus de Sainte Alliance.

Veuillez aussi observer que dans les résultats qui nous étaient promis par le protocole sont loin d’être perdus car le principe de la démolition des places n’est pas méconnu : il est respecté à Mons, Ath et Menin ; à la vérité Tournay et Charleroi ne sont pas encore nommés mais, d’un côté il peut nous convenir dans l’hypothèse d’une guerre avec l’Allemagne de voir conserver Charleroi et, de l’autre côté il doit être observé qu’il n’a jamais été entendu que toutes les places belges, élevées depuis 1815, seraient démolies. Les convenances de la Belgique ont toujours dû être ménagées. Veuillez revoir le protocole du 17 avril ; vous y trouverez que l’on a seulement voulu établir qu’une partie de ces places pourrait être rasée.

Ainsi le gouvernement du Roi peut soutenir que l’esprit des engagements contractés envers lui n’a souffert aucune atteinte.

J’ai maintenant à répondre aux observations que vous me faites l’honneur de m’adresser, M. le comte, sur la convenance qu’il y aurait d’appeler le plénipotentiaire de la France dans la discussion d’intérêts qui, comme ceux des places fortes, concernent le nouvel état belge.

Je vous prie de remarquer que, dès l’origine de cette affaire, elle s’est concentrée entre les plénipotentiaires des quatre Puissances et que le plénipotentiaire belge y a été appelé ensuite, ensuite, parce qu’aussi, dès l’origine, il avait été dit qu’une négociation s’ouvrirait ultérieurement avec ce pays dès qu’il y serait établi un gouvernement reconnu. Vouloir intervenir, aujourd’hui, dans cette discussion, serait d’autant plus difficile que nous sommes en rapport avec des hommes d’affaires méthodiques qui ne verraient pas par quel motif nous voulons, maintenant, substituer une marche nouvelle à celle que nous avions trouvé bonne aux mois d’avril et de juillet. D’ailleurs, M. le comte, veuillez ne pas perdre de vue que cette démolition des places est, de la part des Puissances une question d’obligeance et de condescendance vis-à-vis de la France, mais qu’il n’a jamais été reconnu qu’elle eût, à cet égard, un droit positif d’où il pût sortir une réclamation.

J’ajouterai, encore, que tous les plénipotentiaires mettraient beaucoup d’obstacle à ce qu’un acte passé entre eux fût changé sur l’observation d’une partie non contractante, cela donnerait à la France un air de supériorité qui est trop réel pour que nous n’ayons souvent besoin d’en adoucir l’effet.

Le droit de demander quelque changement à la convention dernièrement conclue appartient aux Belges et ils sont vis-à-vis des Puissances les plus intéressées naturels tandis que nous sommes conduits par d’autres intérêts. Ces donc par eux seuls, qu’une action utile pourrait être mise en jeu aujourd’hui. Permettez-moi de vous dire qu’il est moins difficile de les faire mouvoir que d’agir sur quatre Puissances dont les représentants sont liés par un acte auquel ils viennent de donner leur approbation. Mais, M. le comte, cette action doit être bien mûrement calculée avant qu’elle ne soit exercée car il ne faut pas perdre de vue qu’il y a une certaine connexion entre la convention sur les places et le traité du 15 novembre et vous me permettez de vous faire observer que l’intérêt qui s’attache à ce traité, soit par lui-même, soit à cause des conséquences qu’il doit avoir est bien supérieur à l’intérêt qui porte sur les forteresses, car, je le répète, le principe de la démolition qui est un hommage rendu à la France placée sur le sceptre du Roi, est maintenu ; l’application en est faite à des places qui ont de l’importance et les intérêts de la Belgique qui ont empêché qu’il ne s’étendit à la démolition de toutes les places construites.

Ne faisons rien qui puisse séparer les cinq grandes Puissances ; laissons à leur union toute sa force, il ne faut pas la laisser s’affaiblir dans la situation actuelle de l’Europe. Vous jugerez mieux que personne, M. le comte, la valeur de ces observations que je ne fais que parce que à toutes les réflexions qui se présentent à mon esprit.

Je dois finir, en vous rappelant, que toutes les affaires ont, suivant les circonstances, un terrain où elles se traitent avec plus d’avantages. L’affaire des forteresses était, à son début, mieux placée ici. Aujourd’hui elle ne peut être reprise, utilement, que par les Belges.

Agréez, Monsieur le Comte, l’assurance de ma haute considération.

Ch. Mau. TALLEYRAND.

P.S. Je joins ici une lettre que je vous prie de remettre au Roi.

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Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
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