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MAE - ARCHIVES DE NANTES - AMBASSADE DE LONDRES - SERIE K - CARTON 11




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LETTRE

DU PRINCE DE TALLEYRAND

AU

COMTE SEBASTIANI

MINISTRE DES AFFAIRES ETRANGERES

EN DATE DU

21 DECEMBRE 1831







Londres, le 21 décembre 1831

Monsieur le comte,

J’ai eu hier avec lord Palmerston un entretien assez vif et fort long sur l’affaire des forteresses dans lequel j’ai donné avec soin tous les motifs que nous avions pour nous plaindre de l’acte qui venait d’être fait entre la Belgique et les quatre Puissances.

Je n’ai pas pu me méprendre, M. le comte, sur la cause véritable de ce résultat. Il est évidemment la suite de l’humeur que l’on conserve de la convention faite séparément à Bruxelles et lord Palmerston m’a fait remarquer que les Puissances avaient tenu une conduite différente puisque j’ai été prévenu de tout ce qui se faisait et que le protocole du 17 avril fait pour nous donner une marque de condescendance nous avait été communiqué aussitôt qu’il avait été adopté.

Je me suis empressé, M. le comte, de répliquer que le gouvernement du Roi, en envoyant M. de Latour Maubourg à Bruxelles n’avait eu nullement en vue de s’assurer de la démolition des places de Belgique sans la participation et le consentement des Puissances mais seulement de prévenir les difficultés que pourrait opposer le nouveau souverain de ce pays dans la crainte d’éveiller les susceptibilités de la nation.

J’ai fait remarquer, en même temps, à lord Palmerston, que j’avais lieu de m’étonner et même de me plaindre du silence qui avait été gardé vis-à-vis de moi. Lord Palmerston a répondu à cette observation que la trop grande publicité qui avait été donné au protocole du 17 avril avait engagé les autres plénipotentiaires à mettre plus de réserve dans la nouvelle négociation.

Cette remarque, ai-je répliqué, me parait bien peu fondée, car, vous devez vous rappeler que quelques jours, avant l’époque d’ouverture des chambres françaises, il fut entendu que nous pouvions faire usage du consentement donné pour la démolition des places. Ce consentement est assez clairement exprimé dans la note qui me fut adressée le 14 juillet.

Lord Palmerston me dit alors :

« mais, en dernière analyse, de quoi vous plaignez-vous ? N’avez-vous pas la démolition des places qui sont le plus rapprochées de votre frontière ? vos observations relativement à la démolition de Marienbourg et Philippeville ne pourraient-elles pas faire croire que vous avez de ce côté quelque arrière-pensée ? »

« Non, ai-je répliqué, à l’instant, nous n’avons pas d’arrière-pensée mais notre susceptibilité est blessée de ce que l’on semblerait nous en attribuer, et pour quelques cents mille francs que les Puissances ont pu employer, à ce que vous dites, à la réparation de ces places, il n’en résulte pas qu’elles se trouvent dans la catégorie de celles sur lesquelles on a voulu statuer par le protocole du 17 avril. »

Tout ceci ne prouve nullement au surplus qu’il y ait envers nous la moindre altération dans les sentiments et les dispositions du cabinet anglais. Comme j’ai déjà eu l’honneur de vous le mander, M. le comte, le cabinet anglais est spécialement occupé des discussions parlementaires et des attaques que peuvent faire tels et tels membres de l’opposition, et il a laissé se développer l’intrigue belge ; on ne peut pas se défendre de l’idée de cette intrigue quand on se rappelle que M. Goblet s’est rendu à Bruxelles pour y chercher de nouvelles instructions. S’il n’avait pas eu un plan tout tracé, ne serait-il pas venu me faire part des difficultés qu’éprouvait la négociation afin de chercher ensemble, et dans l’esprit de l’engagement du 8 novembre à surmonter ces obstacles.

Dans l’état présent de cette affaire je persiste à croire qu’elle ne peut prendre une tournure nouvelle que par l’action à laquelle vous déterminerez le gouvernement de Bruxelles ; quant à moi, je fais remarquer, tous les jours, et à chacun des membres de la Conférence en particulier combien les 4 Puissances et le plénipotentiaire belge se sont écartés de l’esprit du protocole du 17 avril. Je ne néglige pas une circonstance pour montrer que je suis personnellement blessé de la réserve qu’on a eue avec moi ; mais quelque chose que je fasse, je ne crois pas jusqu’à présent que j’aie réussi à déterminer aucun des contractants à revenir sur la résolution sur laquelle il a mis sa signature.

Je dois vous dire, de plus, que, dans la détermination que vous prendrez, il faut toujours avoir en vue le traité du 15 novembre qui est une base bien importante.

Au commencement de cette lettre, j’avais l’honneur de vous faire remarquer, M. le comte, que la susceptibilité du ministère anglais et des autres plénipotentiaires s’était alarmée de la mission de M. de Latour Maubourg. Permettez-moi de rappeler ici, ici, que j’avais prévu que telle serait l’impression produite sur eux. Mes dépêches des 19, 22 et 24 août, en font foi et si vous voulez bien vous faire représenter la première de ces dépêches, vous verrez que lord Palmerston, après avoir connu par M. Adair, la mission de Maubourg, me disait alors : « en agissant, vous-même, en Belgique, pour la démolition des places vous montreriez que vous n’avez aucune confiance dans nos paroles. » Aussi, M. le comte, je n’ai cessé de répéter que si on faisait quelque convention à Bruxelles, cette convention devait être extrêmement secrète ; car, ajoutai-je, dans ma dépêche du 24 août N° 208 : « Si elle venait à être connue elle nous créerait des difficultés avec les Puissances qui se croient un droit sur les forteresses et sur leur matériel. »

Une lettre que j’ai cru devoir écrire à M. de Maubourg, pendant son séjour à Bruxelles, était pleine de cette idée et je l’invitai à agir avec un secret absolu auprès du roi Léopold de manière à le déterminer à souscrire plutôt un engagement d’honneur que de fait afin que, plus tard, lorsque l’affaire serait mise en mouvement, ce souverain pût dire : « j’avais des engagements particuliers, j’ai été forcé de les respecter. »

Agréez, Monsieur le Comte, l’assurance de ma haute considération.

Ch. Mau. TALLEYRAND.

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Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
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